Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3234, 18 Fvrier 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3234, 18 Fvrier 1905

Author: Various

Release Date: September 12, 2010 [EBook #33711]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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L'Illustration, No. 3234, 18 Fvrier 1905

AVEC CE NUMRO: L'ILLUSTRATION THTRALE _LA FILLE DE JORIO_

LA REVUE COMIQUE, par Henriot.

_Supplments de ce numro:_
1 L'ILLUSTRATION THTRALE contenant La Fille de Jorio, par Gabriele
d'Annunzio.
2 DEUX GRANDES PHOTOGRAPHIES DU TSARVITCH ET DE LA FAMILLE IMPRIALE
DE RUSSIE.

Illustration: L'ILLUSTRATION
_Prix de ce Numro: Un Franc._ SAMEDI 18 FVRIER 1905 63e Anne.--N
3234.

[LE TSAR ET LE TSAREVITCH Premire photographie officielle prise depuis
la naissance du prince hritier Alexis Nicolaevitch. _Clich Boissonnas
et Eggler.--Dpos, reproduction interdite_]


L'ILLUSTRATION _a fait,  ses anciens comme  ses nouveaux abonns,
beaucoup de promesses. Toutes sont tenues._

_Journal universel d'actualits illustres, chacun de ses numros
contient--outre des dessins ou des photographies de choix sur tous les
vnements notables--au moins un document rare, indit, sensationnel,
qu'aucune autre publication ne saurait se procurer._

_C'est ainsi que nous avons la bonne fortune, aujourd'hui, de pouvoir
reproduire, avec droit exclusif en France, les premires photographies
du prince hritier de Russie: dans les bras du tsar son pre, sur les
genoux de l'impratrice, entour enfin de ses quatre soeurs, les jeunes
grandes-duchesses._

_C'est ainsi encore qu'une dpche, que nous recevions hier de Suez,
nous annonait l'arrive prochaine de notre collaborateur L. Sabattier,
qui rapporte de ses longues journes de voyage en mer, en compagnie du
gnral Stoessel, des photographies et des dessins documentaires du plus
vif intrt._

_Publication artistique,_ L'ILLUSTRATION _prodigue les belles gravures
hors texte. A partir du mois prochain, nous serons en mesure de donner
priodiquement des gravures en couleurs ou en camaeu, remmarges, comme
celles qui ont valu un si grand succs  notre dernier numro de Nol._

_Publication littraire enfin,_ L'ILLUSTRATION _offre  ses abonns la
plus attrayante des lectures: celle des oeuvres dramatiques nouvelles._

_Nous avions annonc pour cette semaine la_ MASSIRE, _de M. Jules
Lemaitre, qui triomphe chaque soir au thtre de la Renaissance. Mais,
entre temps, nous avons obtenu de l'illustre crivain italien, M.
Gabriele d'Annunzio, et de son traducteur, M. G. Hrelle, l'autorisation
de publier la_ FILLE DE JORIO, _que le thtre de l'Oeuvre vient de
rvler au public franais. Nous donnons donc dans ce numro cette pice
curieuse et forte, indite en France, et qui est considre en Italie
comme un nouveau chef-d'oeuvre national._

_Aprs avoir fait connatre  nos lecteurs ce morceau capital de la
littrature dramatique italienne, c'est  la littrature dramatique
allemande contemporaine que nous les initierons la semaine prochaine
avec la_ RETRAITE, _de Beyerlein, traduite par MM. Rmon et Valentin, et
que vient de monter le thtre du Vaudeville. La_ RETRAITE _a eu plus de
mille reprsentations en Allemagne._

_Puis nous reviendrons  la littrature dramatique franaise, d'abord
avec la_ MASSIRE, _de M. Jules Lemaitre; ensuite avec les_ VENTRES
DORS, _de M. mile Fabre; avec le_ Duel, _de M. Henri Lavedan: avec_
MONSIEUR PIGOIS, _de M: Alfred Capus; avec_ L'ARMATURE, _de MM. Paul
Hervieu et Brieux; avec le_ GOT DU VICE, _de M. Henri Lavedan, etc.,
etc._

_Nous devons ajouter que_ L'ILLUSTRATION _va publier toute une srie de
romans signs des noms les plus apprcis du public. Aprs la_ FORCE DU
PASS, _par Mme Daniel Lesueur, que nous commenons aujourd'hui, nous
donnerons des oeuvres importantes de MM. Michel Corday et J.-H. Rosny,
de Mmes Marcelle Tinayre et Claude Lemaitre... et bien des surprises
agrables sont rserves  nos lecteurs._


COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

Aprs dner. C'est la demi-heure, un peu morne, durant laquelle les
hommes se sont rfugis au fumoir, pour empester de tabac les tentures
et se chuchoter  l'oreille des anecdotes grivoises. Nous sommes l sept
ou huit femmes groupes, dans un coin du salon trop vaste, autour de la
matresse de la maison, qui nous sourit d'un air proccup. Cette fuite
subite des maris a comme jet un froid; il faut le temps de se
rinstaller, de reprendre contact, et l'on cherche des sujets de
conversation.

L'actualit les fournit et peu  peu s'tablit un courant de familiarit
gentille. On parle de la guerre et des modes nouvelles, des projets de
M. Dujardin-Beaumetz et du duel pistolaire o se mesurrent ces
jours-ci, avec une si belle vhmence, Mmes Syveton et Lebaudy; on agite
la question de savoir si Mme Madeleine Lemaire, dont l'exposition s'est
ouverte hier, rue de Sze, est en progrs: et l'on se rjouit de voir
se rouvrir tout  l'heure celle des Aquarellistes.

--Et votre dispensaire?

La personne  qui l'on s'adresse est une jolie femme d'aspect grave, qui
coutait nos bavardages sans rien dire. C'est la femme du docteur Y...,
mon mdecin, fondateur, aux environs de Paris, d'un dispensaire dont
l'inauguration a t rcemment signale avec force loges dans les
journaux. Mme V... sourit modestement, soupire, se plaint du surcrot de
peine et des sacrifices d'argent que cette oeuvre impose  son mari;
courses quotidiennes en banlieue... grosses responsabilits assumes...
Il n'avait pas besoin de cela. Etourdiment, une dame dit: Quel
intrt avait-il alors  l'entreprendre?

Mme V... rplique, d'un ton un peu pinc:

--Aucun autre intrt, madame, que celui d'tre utile aux malheureux.
C'est une cration dont la ncessit s'imposait. Le gouvernement ne
voulait rien faire; il fallait bien que quelqu'un se dvout. Mon mari
s'est dvou... Je sais bien que cela tonne, et qu'on est difficilement
cru, quand on dit d'un homme qu'il a fait une chose gnreuse, sans
arrire-pense d'en tirer profit...

Elle a dit cela d'une voix presque mue. Une porte s'est ouverte. Les
hommes ont fini de fumer et se rpandent dans le salon avec des airs
guillerets et des figures un peu rouges. Le docteur V... est venu
s'asseoir prs de moi; je le complimente. Nous parlions de votre
affaire, lui dis-je; c'est trs bien, ce que vous avez fait l. Il
ricane, me conte son histoire et, comme je suis un peu sa confidente, il
conclut tout bas: Et puis... c'est le ruban rouge dans un an.

Lui au moins est plus franc que sa femme. Et pour la premire fois
j'aperois quelle imprudence ce serait de supprimer en France
l'institution de la Lgion d'honneur. Elle est menace, parat-il;
quelques parlementaires se sont aviss de dmontrer l'inutilit de cette
passementerie et d'en demander l'abolition. Psychologues ingnus! Ils
voudraient retirer  l'tat, qui a tant d'argent  dpenser, le moyen
d'tre gratuitement aim, dfendu, enrichi... O trouveront-ils
l'quivalent de cette monnaie-l? Moyennant l'esprance de nouer un jour
un petit bout de moire carlate  la boutonnire de son habit, mon
mdecin donne  son pays, pour rien, une partie de sa fortune et de son
temps. C'est une vanit ridicule, affirment ces messieurs. Et puis
aprs?

Je vois trs bien ce que l'tat risquerait de perdre  ce que cette
vanit-l dispart de nos moeurs; je ne vois pas ce qu'il gagne 
prtendre la corriger.

La municipalit parisienne nous annonce la reprise annuelle de ses bals.
On dansera, dans deux jours,  l'Htel de Ville! Je n'irai pas. J'aime
trop Paris pour me complaire en des spectacles o sa grce m'apparat un
peu diminue, et je trouve que ces ftes sont de celles qu'une ville qui
a le souci de passer pour la plus spirituelle du monde ne devrait pas
donner.

Je me souviens de la soire que je passai l, il y a deux ans, la
premire fois que je revins  Paris. De ma vie je ne fus si bouscule!
Mais ce n'est pas de cela que je me plains. Une fte n'est russie
qu' la condition qu'on s'y crase, et la difficult de s'y mouvoir, la
cohue aux vestiaires, l'insuffisance ou l'incommodit des siges, un peu
d'asphyxie autour des orchestres et la vision de quelques bourrades
changes autour de buffets inaccessibles sont les conditions
essentielles du plaisir qu'on y vient chercher. Mal assise au thtre,
dans une salle bonde de gens, o j'touffe, je me sens d'avance
dispose  trouver excellent un ouvrage autour duquel tant de curiosits
font escorte  la mienne; et il y a bien des chances, au contraire, pour
que j'y bille, si trop de loges et de fauteuils sont vides autour de
moi. Il existe un _panurgisme_ de l'ennui comme de la joie et j'prouve
une dception, comme un froissement de vanit blesse,  m'tre drange
pour un plaisir qu'ont l'air de ddaigner les autres.

Les bals de l'Htel de Ville ne nous exposent point  ce genre de
malaise. On ne rencontre jamais l moins de cinq ou six mille personnes,
curieuses d'y danser, de s'y rafrachir pour rien ou d'y assister, du
haut d'un escalier, au dfil des hommes connus du Parlement... mais
l'trange promiscuit de figures! On a voulu convier galitairement 
ces ftes toutes sortes de mnages et ainsi affirmer une sorte de droit
public au quadrille municipal... D'honntes familles, de conditions fort
mles, y sont donc accourues de partout, et cela compose un spectacle
peu joli, de douteuses lgances, de gaiets un peu triviales, de
pauvrets habilles que rend plus choquantes  l'oeil la somptuosit
mme du dcor o elles s'encadrent. On croit honorer la foule en lui
ouvrant, pendant une nuit, les portes d'un palais; en lui faisant verser
de l'orangeade et distribuer des petits pains au foie gras par des
messieurs cravats de blanc qui, tout bas, se moquent d'elle. Cruelle
politesse! Parmi le luxe de ces architectures, de ces murailles et de
ces plafonds o s'inscrivent les signatures des peintres les plus
cots de ce temps-ci; parmi ces tapisseries, ces lumires, ces fleurs,
un habit mal coup semble comique; une robe pauvre fait de la peine;
certains rires, un peu bruyants, choquent l'oreille comme une
grossiret... Il y a des harmonies ncessaires, et c'est jouer un
mchant tour  Jenny l'ouvrire que de l'inviter  la table du roi.

                                                              Sonia.


LES FEMMES DE NOS MINISTRES

Mme TIENNE CLMENTEL.

A la galerie des femmes de nos ministres, publie dans son prcdent
numro, _l'Illustration_ ajoute aujourd'hui le portrait de Mme Etienne
Clmentel. Elle le prsente sous la forme d'une exquise oeuvre d'art: un
buste d au ciseau de Mathurin Moreau, et dont le nouveau ministre des
colonies a bien voulu autoriser la reproduction ici, consentant, dans
une pense des plus dlicates,  soulever les voiles d'un deuil intime,
afin d'associer publiquement  sa haute fortune politique une mmoire
trs chre.

Le dput du Puy-de-Dme, en effet, est veuf depuis quelques annes. Or,
son mariage se distingua de l'ordinaire par une particularit qu'il
convient de soustraire  l'ombre discrte de la vie prive: car elle
semble avoir exerc une mystrieuse influence sur l'orientation du futur
ministre, et ainsi elle prend actuellement un rel intrt.

[Illustration: Buste de Mme Clmentel, par Mathurin Moreau.]

[Illustration: Les enfants de M. Clmentel et leur grand'mre.]

Etant notaire  Riom, M. Clmentel rencontra chez M. et Mme Roux, deux
excellents artistes, des compatriotes, une jeune fille accomplie, leur
nice, qui, pour sduisante qu'elle ft au physique, n'offrait rien du
type arverne. C'tait une fleur des tropiques transplante sur notre
sol: ne  Saigon, d'un colon franais, M. Fournier, et d'une mre
annamite, elle avait t amene en France par ses parents ds qu'elle
put supporter le voyage--elle avait alors _un an_. Devenue bientt
orpheline, elle avait t adopte par son oncle et sa tante. Elle
s'tait acclimate, dveloppe, panouie  leurs cts, entre le
chevalet du peintre et la selle du sculpteur, devenant elle-mme une
aquarelliste fort adroite. M. Clmentel l'pousa. D'une heureuse union
qui dura quatre ans, trois enfants naquirent; le dernier, hlas! ne
connatrait pas sa mre, brusquement enleve au mme moment o il venait
au monde, et,--le sort a de ces injustices cruelles,--l'homme politique
arriv ne devait pas avoir la joie de partager toute sa destine avec la
compagne, maintenant remplace auprs des trois enfants par Mme Roux et
leur grand'mre, et qui ne survit plus  ses yeux qu'en souvenir et en
effigie.

Devant ce marbre que l'art du statuaire a presque anim par le caractre
et l'expression qu'il y a su mettre, on prouve trs vivement le regret
de ne pas voir Mme Etienne Clmentel au pavillon de Flore, o elle et
t si bien  sa place, o, mieux que nulle autre, elle et personnifi
la coloniale, attestant de son aimable autorit fminine le pacte
dfinitif conclu entre la vieille Gaule et les races lointaines de
l'Orient, alliant le charme subtil de la fleur exotique  la grce
souveraine de la rose franaise.

                                                          EDMOND FRANK.


LA FAMILLE IMPRIALE DE RUSSIE

S'il est une famille souveraine vers qui, en ce moment, se porte tout
parliculirement l'attention universelle, c'est sans contredit la
famille impriale de Russie. Les portraits publis dans ce numro
offrent donc, au premier chef, un caractre d'actualit: de date
rcente, ces photographies ont en outre le mrite de l'indit, et les
difficults au prix desquelles _l'Illustration_ a pu se les procurer, le
soin qu'elle a pris de s'en assurer le droit exclusif de reproduction,
attestent une fois de plus son effort constant pour donner  ses
lecteurs des documents d'une relle valeur, puiss aux meilleures
sources.

Ceux-ci empruntent un surcrot d'intrt aux circonstances prsentes. La
Russie traverse, en effet, une des phases les plus critiques de son
histoire, et la dynastie des Romanov, en la personne de Nicolas II,
subit de rudes preuves. Au cours d'une seule anne, que de graves
vnements! D'abord, cette guerre avec le Japon, dont on n'entrevoit pas
le terme; la persistance de la fortune contraire, malgr la vaillance
des armes de Mandchourie; la perte d'une flotte; la reddition de
Port-Arthur, malgr l'hroque dfense de Stoessel; puis,  l'intrieur,
la situation devenue prcaire: l'agitation politique et sociale, les
grves, la dplorable journe du 22 janvier  Saint-Ptersbourg, les
dsordres, les meutes dans les provinces; enfin, la crainte d'une
rupture du lien moral, jusqu'alors si troit, entre l'empereur et son
peuple.

Les courtes diversions  tant de lourds soucis, le tsar les demande aux
joies paisibles de, l'intimit familiale; il les trouve auprs de
l'impratrice Alexandra, au milieu de leurs cinq enfants: les petites
grandes-duchesses Olga, Tatiana, Marie, Anastasia, comptant
respectivement neuf, sept, cinq et trois printemps (l'ane, on ne l'a
pas oubli, fut du voyage historique  Paris en 1896), le petit
grand-duc Alexis, g de six mois. Certes, Nicolas II prodigue  ses
quatre filles les marques d'une tendre affection; mais, aujourd'hui, sa
sollicitude inquite ne s'attache-t-elle pas surtout au tsarvitch,  ce
fils ardemment dsir, impatiemment attendu, et venu au monde, le 12
aot dernier, dans de telles conjonctures que la salve de trois cent un
coups de canon, tire de la forteresse Pierre-et-Paul, pour annoncer sa
naissance, a tout  la fois fait vibrer les coeurs d'une vive allgresse
en clbrant l'heureux vnement et secou les poitrines d'une
douloureuse motion en voquant, aux grondements de la poudre, l'image
des soldats russes fauchs sur les champs de bataille d'Extrme-Orient
par la canonnade meurtrire?

[Illustration: Le prince hritier de Russie sur les genoux de
l'impratrice. _Phot. Boissonnas et Eggler.--Dpos, reproduction
interdite._]

Depuis cette date insigne, l'horizon, l-bas, ne s'est pas clairci;
dans l'empire mme, le ciel s'est assombri, charg d'orages: il semble
qu'une ombre tragique flotte autour du berceau du futur empereur, espoir
de la dynastie. Puisse cette ombre n'tre que passagre et se dissiper
bientt!

Il faut souhaiter de voir les Russes triompher de la mauvaise fortune et
le tsar Nicolas II, confiant en l'avenir, aprs avoir rtabli la paix,
dot ses nombreux et fidles sujets de rformes dont son rescrit du 25
dcembre a proclam la ncessit, lguer plus tard  son hritier le
trne de Pierre le Grand, consolid par des institutions o les ides de
progrs qui s'imposent aux monarchies modernes se concilieront avec le
maintien de la tradition nationale. E. F.


_LES FAITS DE LA SEMAINE_

FRANCE

10 fvrier.--Dpt sur le bureau de la Chambre, par le ministre de
l'instruction publique et des cultes, du projet de loi tablissant la
sparation des glises et de l'tat.--Confirmation pure et simple,  la
chambre des mises en accusation, de l'ordonnance de non-lieu rendue par
le juge d'instruction dans l'affaire Syveton.

TRANGER

6 fvrier.--En Finlande, assassinat, par un ancien tudiant, de M.
Johansen, procureur imprial auprs du Snat. En Pologne, la situation
est toujours grave.

7.--A Budapest, une assemble des oppositions coalises, prside par
Franois Kossuth, arrte un programme commun dont le premier point est
l'indpendance conomique de la Hongrie.

8.--Visite officielle du prince Ferdinand de Bulgarie  Berlin.--On
annonce officiellement que les ngociations entre les ministres sudois
et norvgien, relatives  la reprsentation consulaire des deux
royaumes, sont rompues. Le roi de Sude et de Norvge, auquel son grand
ge rend plus pnibles les difficults actuelles, confie au prince royal
le gouvernement des Royaumes-Unis.--Dans la Rpublique Argentine,
l'ordre est compltement rtabli.

9.--En Westphalie, la confrence des dlgus mineurs adopte une
rsolution prconisant la reprise du travail.

10.--En Belgique, o la grve gnrale des mineurs a t vote, on
compte 70.000 grvistes.--Subite recrudescence du mouvement ouvrier 
Saint-Ptersbourg; devant le refus de la journe de huit heures et d'une
augmentation de 20% des salaires, 13.000 ouvriers des ateliers Poutilot
quittent de nouveau le travail; 5.000 d'entre eux veulent pntrer dans
Saint-Ptersbourg et en sont empchs par un pais cordon de troupes.
Dans la ville, plusieurs ateliers importants sont de nouveau dserts.

12.--M. Franois Kossuth, chef du parti, hongrois de l'indpendance, le
fils du dictateur rvolutionnaire de 1848, est reu par l'empereur-roi,
 Vienne.


[Illustration: M. F. de Croisset. Mme Marguerite Cur. M. H. Gain. M.
Massenet.]

[Illustration: Mme Lina Cavalieri.
Auteurs et interprtes de "Chrubin"--_Photographies prises sur la
terrasse de Monte-Carlo._]

[Illustration: Mme Mary Garden. _Phot. Cautin et Berger._]

Chrubin a beaucoup fait parler de lui, depuis Beaumarchais. Il
continue. Ce fut, il y a deux ans,  l'occasion d'une comdie en vers de
M. Francis de Croisset, rpte et non joue  la Comdie-Franaise.
C'est maintenant, grce  la comdie chante que vient de reprsenter le
thtre de Monte-Carlo.

Cette oeuvre nouvelle, de MM. Francis de Croisset et Henri Cain pour les
paroles, et de M. J. Massenet pour la musique, n'a rien de commun que le
titre et le hros principal avec la pice de M. de Croisset qui l'a
inspire.

Mais c'est un pome charmant que le matre musicien a envelopp d'une
musique lgre, vivante, vibrante, d'une force et d'une finesse
incomparables.

Le thtre de Monte-Carlo, pour le reprsenter, a fait excuter par M.
Visconti trois dcors pittoresques, gais, ensoleills, et s'est assur
une interprtation hors ligne aux premiers rangs de laquelle il faut
citer: MMmes Mary Garden (Chrubin), Lina Cavalieri (Ensoleillad).
Marguerite Carr (Nina).

[Illustration: Dcor du premier acte.]

[Illustration: Dcor du deuxime acte.]

[Illustration: Dcor du troisime acte.]

_D'aprs les maquettes dessines par M. A. Visconti._

UNE GRANDE PREMIERE A MONTE-CARLO.--_Chrubin,_ comdie chante en trois
actes, pome de MM. Francis de Croisset et Henri Cain, musique de M. J.
Massenet.


[Illustration: LES "JEUX DU NORD" A STOCKHOLM (4-12 fvrier 1905).
Patinage  voile, yachting  voile sur la glace et championnat du monde
du patin. _Photographies Julius Grape et Berliner
Illustration--Gesellschaft._]


[Illustration: Une sance de modle vivant dans un atelier de l'acadmie
Julian.]

LES ARTISTES FEMMES

Certes, en crivant cette dlicate comdie, la _Massire_, que
l'_Illustration_ va publier dans un de ses plus prochains numros, M.
Jules Lemaitre n'eut pas un seul moment la pense de donner une pice 
clef, et la malignit des spectateurs chercherait en vain  mettre un
autre nom, connu, sur la figure de Marze, bon peintre et brave homme,
en dpit de sa pointe de fatuit. Toutefois, les artistes, tout Parisien
ayant ctoy, si peu que ce soit, le monde des arts, ont reconnu sans
peine le cadre pittoresque et amusant o se droule une partie de la
pice: l'atelier Justinien du premier acte, c'est, bien videmment,
l'un des ateliers Julian.

[Illustration: Les cinq massires des ateliers Julian.--_Photographies
Bouffar._]

Et on l'a si bien vu qu'on a, ds le premier jour, rappel que la
principale interprte de la Massire tait dans des conditions
excellentes pour jouer au naturel toute une partie du rle. Mlle Marthe
Brands, en effet, fut elle-mme lve de l'acadmie Julian.

Elle eut sa place, son tabouret de bois grossier, son chevalet, dans le
demi-cercle des jeunes filles, plus ou moins appliques, groupes autour
de la table  modle. Elle connut, bien avant de jouer leur rle au
thtre, des massires, de vraies massires, qui lui arrangeaient ses
petites natures mortes, au besoin lui corrigeaient ses dessins, la
conseillaient, si elle le demandait, remplissaient, avec zle, en bonnes
camarades, le rle de moniteurs.

Elle passa. Brilla-t-elle?

Je le demandais l'autre jour  M. Rodolphe Julian lui-mme, le fondateur
de cette cole libre qui, autant, plus peut-tre, que l'officielle cole
des beaux-arts, a contribu  faire de Paris un centre unique pour
l'enseignement artistique, a driv, capt les courants qui portaient
jadis les jeunes artistes dsireux d'apprendre leur mtier vers
l'Italie, vers l'Allemagne,  Munich,  Dusseldorf.

Quels souvenirs charmants  feuilleter que ceux de M. Julian! Que de
gracieuses, d'exquises silhouettes il voque, rien qu' prononcer les
noms de quelques-unes de ses lves: de la plus tapageusement clbre de
toutes, Mlle Bashkirtsef,  la princesse Terka Iablonovska, aujourd'hui
Mme Maurice Bernhardt; de Mme Jules Ferry  Mlle Canrobert,
qu'accompagnait souvent le marchal lui-mme; de Mlle Carpeaux, la fille
du gnial sculpteur,  Mlle Ccile Baudry, hritire aussi du nom d'un
grand artiste; et Mme la princesse Murat, et Mme Henri Rochefort,
condisciples  l'atelier de MM. Bouguereau et Gabriel Ferrier, rue de
Berri; la comtesse Demidoff et miss Maud Gonne: Mlles Basponi, nices de
la princesse Mathilde, et Mlle Pauline de Bassano, mles  des femmes
peintres clbres d'aujourd'hui ou de demain,  Mme Jacques Marie,  Mme
Baudry-Saurel, femme aujourd'hui de M. Julian et professeur  l'cole, 
Mlle Louise Breslau,  cette exquise Mlle Dufau.

--Mais Mlle Marthe Brands, insist-je.

--Elle resta, dit M. Julian, peu de temps notre lve. Elle eut pour
matre Cot, l'auteur de la populaire _Mireille_, et je crois, Tony
Robert Fleury. Elle tait doue, en vrit. Peut-tre courait-elle trop
de livres  la fois, travaillant de front le chant, la peinture, la
comdie. Elle eut son prix au Conservatoire. Elle nous quitta. Mais elle
tait dlicieuse. Au milieu mme de cette phalange de jeunes et jolies
Amricaines qui emplissait l'atelier, elle rayonnait. Elle tait la
beaut, le charme, le printemps!

Et, ainsi, l'on pourrait dire, paraphrasant l'pitaphe antique; Elle
dessina et plut. G. B.


L'AMBASSADE FRANAISE AU MAROC

L'ENTRE SOLENNELLE A FEZ

A quelques kilomtres de Fez, dans une _nzala_ (lieu d'arrt), parmi les
alos, les cactus et les carcasses de chameaux, l'ambassade a fait
halte, remettant au lendemain son entre solennelle. Cette entre est
chose trop importante, trop rituelle, pour qu'on l'escamote  la lin de
l'tape et du jour.

Le lendemain, de bonne heure, tout est prt: dans un ordre rigoureux,
soumis  la rgle d'un protocole immuable, la troupe de cavaliers se met
en marche vers les murs. Par la route aux multiples pistes o vont et
viennent depuis des sicles les longues caravanes de chameaux, de mulets
et d'nons, elle avance avec lenteur et lentement montent  ses yeux les
minarets aux faences polychromes, les remparts poussireux de la
nouvelle Fez, se dtachant sur un fond lointain et blanc, les cimes
neigeuses de l'Atlas. Il y a deux ans, presque  la mme poque, j'ai
pass par ce mme chemin; mes yeux qui depuis ont vu tant de choses, les
splendeurs de l'Inde et l'horreur des tueries mandchoues, se sont poss
sur ce mme paysage, et j'voque sans peine la beaut de cette entre
triomphale, une scne du moyen ge, se droulant sous l'clat du ciel
africain, dans une contre, chez un peuple que les sicles n'ont pas
touch, demeurs tels aujourd'hui qu'ils taient il y a cinq cents ans.

A l'appel du sultan, le souverain descendant du Prophte, ils sont venus
de la montagne et de la plaine, les beaux cavaliers, aux armes
tincelantes, aux selles finement brodes. Comme le prince fodal
appelait ses chevaliers et ses barons, le sultan convoque pour les
combats ou pour les ftes ses contingents rests fidles. Et les hommes
des tribus sont l, autour de leurs cads, masss prs des portes de la
ville. Les flanelles transparentes des blancs burnous flottants laissent
voir les couleurs riches des robes: les soies des selles sont de toutes
les nuances, vieilles soies aux teintes fondues, adoucies; et tout cela,
vtements des hommes et parures des chevaux, tout cela s'unit
harmonieusement, compose une _symphonie visuelle_, une exquise fte des
yeux.

[Illustration: Le cortge arrive devant Fez.]

Vers l'hte auguste qui leur arrive, reprsentant de la grande nation,
les hauts fonctionnaires du Maghzen, Ben-Sliman, Sidi El-Guebbas,
s'avancent. Ils ont laiss pour quelques heures leurs dlicieux palais,
les bosquets d'orangers o courent les eaux vives; trs graves et plis,
ils accueillent avec de beaux saints nobles le _bachadour_; ils lui
souhaitent contentement et bonheur dans cette ville dont ils sont si
fiers. Et, les prsentations faites, les souhaits accomplis, le cortge
maintenant grossi se rapproche des murailles crneles enfermant les
jardins du sultan, de la porte monumentale. La foule est devenue norme;
tous les quartiers de Fez, les plus pauvres, les plus lointains, depuis
les Andalous jusqu'au _Mellah_ des juifs, ont dvers l leur population
grouillante. Un peu  l'cart de la cohue, en quelques points des
remparts, sur les premires pentes, des multitudes de paquets tout
blancs, mais des paquets remuant et parlant: ce sont les femmes qui
veulent, elles aussi, leur part du spectacle, soigneusement enroules
dans le grand manteau qui les grossit, plus soigneusement encore
voiles.

[Illustration: Avant le passage du cortge de l'ambassade. Au fond, les
minarets de Fez.]

Ce n'est pas la premire fois, certes, qu'un _bachadour_ entre dans Fez;
la ville, les habitants ont connu des rceptions semblables. Mais
l'entre qu'y vient de faire l'ambassadeur franais comporte un sens,
une gravit uniques, et ce n'est pas sans raison qu'on a entour sa
mission d'un clat tout particulier. Les feries moyengeuses cachent
bien des misres et bien des crimes. Alors qu'autour de lui tout change,
tout se transforme, le mystrieux Mahgreb poursuit, depuis des sicles,
son rve immuable, ddaigneux des modifications ncessaires. Peu  peu,
toute autorit s'croule; le pays s'abme dans une inquitante anarchie
dont nous risquons,  toute heure, nous les voisins africains, de subir
les violents contre-coups. Le commerce, l'industrie moderne, dans leur
recherche fivreuse de dbouchs nouveaux, convoitent de plus en plus
cette proie qui leur a jusqu'ici chapp. Il faut, d'une ncessit
fatale, que le Maroc se transforme; il faut que quelqu'un l'y aide et ce
quelqu'un ne peut-tre que nous. L'heure est venue d'accomplir cette
grande oeuvre, et M. Saint-Ren-Taillandier, l'intelligent ministre qui,
depuis des annes, travaille, prpare et combine, va, dans la capitale
mme de l'empire, en commencer la ralisation. Et voil pourquoi tant
d'intrt s'attache  ses premiers pas dans Fez. Voil pourquoi nous
l'avons suivi, dans les tapes de sa longue route, campant dans les
douars, passant  gu les fleuves, sa gracieuse et charmante compagne
chevauchant  son ct. Cependant le cortge a pass sous les portes
massives. De grands carrs de lumire, des terrains vastes autour du
palais, et tout d'un coup la plonge dans d'obscures ruelles empuanties;
les zigzags, les dtours par des couloirs entnbrs; on longe de hautes
murailles, on franchit un porche et brusquement c'est la joie d'un
merveilleux jardin, o chantent les ruisselets, o fleurissent 
profusion les orangers, les citronniers, les pchers et les jasmins.
Aprs la piste poussireuse, les murs gristres, la puanteur des rues,
voici les doux ombrages et la fracheur. Fez; produit toujours sur le
voyageur arrivant la mme impression de surprise, de bonheur, que le
vieux pote arabe traduisit par ce lyrisme mu: O Fez, paradis
terrestre, qui surpasses en beaut tout ce qu'il y a de plus beau et
dont la vue seule charme et enchante! Demeures sur demeures au pied
desquelles coule une eau plus douce que la plus douce liqueur! Parterres
semblables au velours que les alles, les plates-bandes et les ruisseaux
bordent d'une broderie d'or! Parler de toi me console! Penser  toi fait
mon bonheur!

                                                          RAYMOND RECOULY.

[Illustration: L'ambassade franchit la porte donnant accs dans le
Dar-Maghzen. _Photographies de M. Du Taillis._]

[Illustration: Mme Saint-Ren-Taillandier. M. Saint-Ren-Taillandier.
ENTRE SOLENNELLE DE L'AMBASSADE FRANAISE A FEZ _D'aprs les
photographies de MM. Du Taillis et Veyre._]


[Illustration: L'ENFANT QUI SERA TSAR LE GRAND-DUC HRITIER ALEXIS
NICOLAIEVITCH, N A PTERHOF LE 12 AOUT 1904. ATAMAN DE TOUS LES
COSAQUES, CHEF DU RGIMENT DE LA GARDE DE FINLANDE, DU 51e RGIMENT
D'INFANTERIE DE ZITOVSK, DU 12e RGIMENT DE TIRAILLEURS DE LA SIBRIE
ORIENTALE ET DU CORPS DES CADETS DE TACHKENT, CHEVALIER DE L'ORDRE DE
SAINT-ANDR Photographie Boissonnas et Eggler.--Dpos, reproduction
interdite.]

[Illustration: Grande-duchesse Tatiana, ne le 11 juin 1897.
Grande-duchesse Marie, ne le 27 juin 1899.
Grand-duc hritier Alexis, n le 12 aot 1904.
Grande-duchesse Anastasia, ne le 18 juin 1901.
Grande-duchesse Olga, ne le 16 novembre 1895.
L'impratrice Alexandra
Nicolas II.
LA FAMILLE IMPRIALE DE RUSSIE._Photographie Boissonnas et
Eggler.--Dpos, reproduction interdite._]


[Illustration: Les "zimlianka" construites par les Russes pour s'y
terrer pendant l'hiver.--_Phot. R. Recouly._]

IMPRESSIONS D'UN CORRESPONDANT DE GUERRE

L'ARME RUSSE DANS SES QUARTIERS D'HIVER

Moukden, dcembre 1904.

Un froid vif mais sec, un soleil clatant, le ciel d'une limpidit
parfaite, toute la joie riante d'un matin lumineux m'incitent  la
promenade. Je partirai au sud, vers le front; j'irai le long des lignes
visiter l'arme russe dans ses quartiers d'hiver. L'hiver que
j'attendais avec crainte est ici la saison bnie; moins de vermine; plus
de mouches, ces mouches odieuses, filles des excrments, qui nous
supplicirent, nous affolrent tout l't; plus d'odeurs infectes, de
miasmes dltres apportant les pires pidmies. Le froid, le grand
purificateur, est venu; sur les boues du chemin, sur les ornires
innombrables o s'enfonaient les hommes et les chevaux, une couche
paisse de glace a fait une route merveilleuse, aussi unie qu'une piste.

Je quitte Moukden par la porte du sud et la route de Liao-Yang, le grand
chemin vers l'arme, grouillant d'animation, encombr  toute heure par
la masse des cavaliers, des attelages et des pitons.

 partir de Kouan-Chan, le pays n'est qu'un immense camp: les neuf corps
d'arme russes, sur une ligne de 30 kilomtres et plus, font face aux
troupes japonaises.

[Illustration: L'HIVERNAGE AU CAMP RUSSE.--Heures de loisir.]

Ce n'tait pas une mince affaire que de pourvoir au logement de cette
multitude, durant la rude saison d'hiver. Ds les derniers jours
d'octobre, la temprature tait descendue  15 degrs au-dessous de zro
pendant la nuit. Par un tel froid, les hommes auraient gel sous la
tente. O trouver assez de maisons chinoises pour des centaines de mille
hommes? D'ailleurs les maisons chinoises sont pour la plupart dtruites:
on a commenc par en arracher les portes, puis les fentres, ensuite les
poutres, tout ce qui tait combustible, pour faire bouillir les
chapelets de gamelles suspendues  un long bton. Ne faut-il pas que le
soldat boive son th? A ce difficile problme, l'habitude du froid,
l'exprience sibrienne ont fourni la solution: le Russe, grand
fouisseur, a creus les _zimlianka_.

Pour saisir ce qu'est une _zimlianka_, pensez  une taupinire et vous
en aurez une assez juste ide. C'est une taupinire dont l'homme est la
taupe.

Un renflement de terre, en saillie d'un mtre ou deux au-dessus du sol,
ferm de trois cts; une porte toute petite, cinq ou six marches vous
font descendre dans une chambre souterraine, o vous n'arrivez qu'en
vous baissant. Il faut que la porte soit petite, que le logis soit, le
plus possible, ferm au monde et au froid extrieur: c'est l le
principe, la raison d'tre de l'habitation. Rien ne sera perdu de la
chaleur prcieuse que le feu du charbon ou celui des corps humains
entasss y aura une fois emmagasine. Sans doute, en gardant la chaleur
si douce, la _zimlianka_ garde aussi des odeurs qui le sont moins.
Senteurs des hommes, relents des mets, parfum des bottes, tout cela
forme un ensemble puissant mais cre et fleure moins bon que, le boudoir
d'une lgante. Mais qu'importent des odeurs, mme peu vagues, pourvu
qu'on se protge du froid!

Ce gte spar du monde serait minemment propice aux mditations et aux
rves, car, que faire en un trou,  moins que l'on n'y songe?
Descartes, pour digrer son _Discours de la mthode_, s'enferma tout un
hiver dans un _pole_ de Hollande, o nulle distraction, nul trouble
n'arrivait jusqu' lui. C'est grand dommage que, parmi les
correspondants de guerre, ne se soit pas trouv quelque rejeton
cartsien. Combien mieux que le pole hollandais, la zimlianka mandchoue
aurait abrit ses songeries!

Le soldat russe, lui, n'a gure le loisir de songer. A peine sort-il du
lourd sommeil de la nuit que de multiples soucis, les rudes
proccupations matrielles sollicitent tous ses instants. Il y a le th
 prparer et, pour cela, l'eau qu'il faut souvent aller chercher trs
loin, le bois infiniment prcieux et rare; il y a les vivres  toucher,
l'entretien des effets et des armes, les rparations incessantes que
requiert le logis; par dessus tout les devoirs militaires, car tout a
beau tre calme, l'ennemi est l, trs prs,  deux ou trois kilomtres.
Presque chaque jour, vers le soir, le canon se fait entendre. Pour se
garder contre une surprise, on a partout lev des fortifications et
creus des tranches et tous les jours on perfectionne ces dfenses; on
en fait quelque chose de formidable, d'imprenable.

Les mmes logis souterrains, mieux construits, abritent les officiers de
tous grades. Quelques-unes de ces excavations sont lgamment dcores
de tapis, de boiseries, de tentures et bibelots chinois, aussi coquettes
que des cabines de paquebots. Le Russe a le sens de l'installation
rapide et confortable. Rest plus prs du pass que nous, il a gard de
ses anctres nomades bien des habitudes et des gots. Il s'accommode des
changements frquents et mme quotidiens. Ses besoins sont limits;
demeur primitif et rude, il se trouve bien partout, supporte, sans
presque aucune peine, ce que d'autres Europens ne supporteraient certes
pas.

Au camp japonais l'existence est la mme. Et, ainsi, les deux grandes
armes sont l en prsence, galement terres, galement attentives. En
quelques points, 500 ou 600 mtres  peine sparent les tranches, les
sentinelles ennemies. Chacun des deux adversaires se renforce
incessamment, se prpare pour le choc prochain qui sera, sans aucun
doute, la grande et la plus horrible tuerie des sicles derniers.

                                                      RAYMOND RECOULY.

[Illustration: Quartiers d'hiver des troupes japonaises sur la rive
gauche du Cha-Ho. _Photographies Mare, Copyright by Collier's Weekly._]

[Illustration: Un bain chaud, en plein air. Une grande jarre de terre
enfouie dans le sol sert de baignoire; elle est chauffs par un foyer
souterrain.]

[Illustration: Coupant le bois pour alimenter les feux.]

[Illustration: La cuisine d'un dtachement. Le deuxime soldat  gauche
se sert d'une gamelle prise aux Russes.]

L'HIVERNAGE AU CAMP JAPONAIS


Lorsqu'on entreprit le percement du tunnel du Simplon, qui va bientt
offrir une nouvelle voie directe de passage entre la Suisse et l'Italie,
on avait prvu, videmment, qu'on aurait  lutter contre de graves
difficults. On craignait de se trouver,  certains moments, en prsence
de roches friables, s'croulant en masses sous le pic, ou encore de
poches de sable, non moins gnantes pour le travail. Mais l'obstacle le
plus redoutable dont on ait eu  souffrir, celui qui a le plus retard
les ingnieurs, tait tout  fait inattendu et s'est prsent au dernier
moment.

Alors que le tunnel,--qui, comme on sait (voir _l'Illustration_ du 27
juillet 1901), ne traverse pas la montagne horizontalement, mais est
forme de deux plans inclins, l'un montant de Brigue, l'autre!
redescendant  Iselle,--avait franchi son point culminant, les travaux
tant beaucoup plus avancs du cot suisse, on rencontra tout  coup des
sources d'eau chaude qui, parfois, jaillissaient avec une abondance et
une violence extrmes, et qui inondrent la galerie, formant contre la
paroi du fond un vritable lac.

Si l'invasion de l'eau, en soi, tait gnante, la temprature leve
qu'elle dtermina dans le tunnel tait autrement redoutable pour les
travailleurs. Les eaux sortaient du roc  50-60, et l'atmosphre, dj
trs surchauffe auparavant, devint du coup irrespirable, quelque soin
qu'on prit de ventiler en abondance. Il fallut cder momentanment la
place, laisser la nappe liquide se refroidir avant de songer  dtourner
ou  puiser les sources.

Maintenant on touche au moment o la communication va tre tablie entre
les deux parties du tunnel. On laissera alors les eaux s'couler
d'elles-mmes par le versant italien; mais cela diffrera le moment o,
selon la tradition, les ingnieurs pourront se serrer la main, d'un ct
 l'autre,  travers la brche.

[3 illustrations:]

LES DIFFICULTES DE L'ACHVEMENT DU TUNNEL DU SIMPLON

Photographies montrant l'abondance des sources d'eau chaude qui ont
inond les galeries.


[Illustration: Le croiseur cuirass "Sully" en pleine marche.--_Phot. M.
Bar._]

L'CHOUEMENT DU SULLY

Le 7 fvrier, comme le croiseur cuirass Sully, de notre escadre
d'Extrme-Orient, sortait de la baie d'Along pour aller excuter des
tirs en mer, il toucha,  bbord, sur une roche. Il y demeura chou,
ayant au flanc une dchirure norme. Immdiatement, il s'inclina et
toute sa proue bientt fut submerge. Le lendemain, on constatait que,
retenu par la roche, il commenait une lente descente vers un fond de 17
mtres de profondeur, la coque continuant, probablement,  s'ventrer,
dans cette chute inquitante.

Le _Gueydon_ et le _d'Assas_ taient arrivs en hte au secours du
_Sully_ pour recueillir l'quipage et sauver la plus grande partie
possible du matriel. On n'a donc aucune crainte pour les vies humaines
confies au navire. Lui seul est en perdition, et c'est dj un grand
dsastre.

Si le _Sully_ ne peut tre sauv, c'est une perte formidable pour le
Trsor. Le navire a, en effet, cot 24.778.247 francs, dont 21.530.699
francs pour la coque. Mme si l'on admet que son renflouement soit
possible, les rparations qu'entranera cet accident seront
considrables, et le bateau sera immobilis pour de longs mois. Or,
c'est une des units les plus importantes de la flotte franaise. Le
_Sully_, construit  la Seyne, achev en 1903 seulement, est un croiseur
cuirass de 138 mtres de long et de 10.014 tonnes de dplacement.
Actionn par trois machines dveloppant ensemble une force de 20.500
chevaux, il a donn, aux essais, une vitesse de 21 noeuds. Comme
armement, il comprend 2 canons de 134mm, abrits dans des tourelles,
l'une  l'avant, l'autre  l'arrire; 8 canons de 164mm7; 6 de 100mm, 18
de 47mm et 2 de 65mm. Il est pourvu, de plus, de 5 tubes
lance-torpilles, dont 3 au-dessus de la flottaison et 2 sous-marins. Il
tait mont par un quipage de 25 officiers et de 590 hommes. Le
commandement en tait confi au capitaine de vaisseau Guiberteau.
L'armement, puis le dpart du _Sully_ pour l'Extrme-Orient avaient t
l'occasion d'incidents retentissants dans l'administration de la marine.
Avant d'autoriser le croiseur  prendre la mer, la commission qui en
avait suivi les essais avait demand l'excution de certains travaux,
intressant notamment le gouvernail, car le navire voluait, parat-il,
assez difficilement. Le ministre--c'tait alors M. Camille
Pellelan--s'impatienta, crut deviner chez le prfet maritime, l'amiral
Bienaim, chez le major gnral, amiral Ravel, un mauvais vouloir, une
hostilit personnelle. Le commandant du navire, le capitaine de vaisseau
Farret, fut relev et remplac par le capitaine de vaisseau Guiberteau,
qui occupa son poste le 25 janvier 1904. Quatre jours plus tard le
_Sully_ prenait la mer, sans que les travaux demands par la commission
de recette eussent t faits. On ne peut savoir encore exactement dans
quelles conditions l'accident s'est produit. L'enqute conduite sur
place par le vice-amiral Bayle, commandant l'escadre d'Extrme-Orient,
qui s'est rendu aussitt dans la baie d'Along pourra seule tablir les
responsabilits. Le croiseur est chou dans les parages de l'cueil
Canot, qui figure sur la carte du service hydrographique; mais cette
carte, dite en 1889, ne mentionne pas la roche mme qu'a touche la
coque du navire. Des relevs nouveaux taient depuis quelques annes
poursuivis; ils n'ont pas encore t mis  jour. La baie d'Along, d'un
aspect si caractristique, hrisse de pointes, de pyramides, de rocs
surgissant de l'eau, avec ses longs couloirs entre deux parois abruptes,
apparat, d'ailleurs, comme un point o la navigation, surtout pour des
navires ayant les dimensions du _Sully_, doit tre fort difficile, sinon
prilleuse.

[Illustration: Carte de la baie d'Along. (La croix indique les parages
o s'est chou le _Sully_.)]

[Illustration: Vues de la baie d'Along.--_Photographies communiques par
M. Dedin-Laporte._]



_Documents et Informations._


LE FUSIL JAPONAIS, ARME HUMANITAIRE.

Un mdecin militaire russe, le docteur Wraden, vient d'adresser, de
l'arme de Mandchourie  un journal de mdecine de son pays,
d'intressants documents sur les blessures produites par le fusil
japonais.

Pour cet observateur, ce fusil mrite vraiment, autant qu'une pareille
expression peut tre justifie, la dnomination d'_arme humanitaire_.

L'enveloppe de son projectile, trs paisse, ne se dchire jamais, mme
quand le plomb se dforme.

Bien entendu, de prs, l'action hydrodynamique du projectile est
considrable! et, jusqu' 200 pas, le cerveau, l'estomac, les intestins
clatent sous son choc. Mais cette action explosive n'existe plus 
partir de 400  500 pas, et alors il se produit seulement des
perforations trs nettes, dont l'volution est remarquablement
favorable. Les os et les articulations semblent avoir t traverss par
un corps pointu aseptique, et mme les blessures de l'intestin et du
poumon ne doivent pas tre considres comme graves.

De 800  1.000 pas, l'action de la balle devient de moins en moins
nette, et les tissus sont dilacrs et souills de dbris
vestimentaires. Ces blessures sont alors frquemment infectes.

Enfin, au del de 1.000 pas, les projectiles restent dans les tissus
sans tre dforms et sans briser les os.

La balle japonaise est donc bien une balle humanitaire. Et, en effet,
moins d'un mois aprs leur blessure, 32% des blesss sont dj revenus
dans les rangs.

Le paquet de pansement du soldat japonais donne d'ailleurs d'excellents
rsultats. Imagin par le docteur Kihouchi, mdecin militaire japonais,
il se compose d'une compresse de gaze strilise dans laquelle on
emmagasine une certaine quantit de cendre de paille. Il parat en tout
cas bien suprieur au paquet de pansement du soldat russe, qui se
compose d'une gaze au sublim, qui a des proprits irritantes.


LE COMMERCE EXTRIEUR DE LA FRANCE.

L'anne dernire, nos importations sont restes  464.600.000 francs,
soit, par rapport  l'anne 1903, une diffrence en moins de 35.166.000
francs.

Par contre, nos exportations ont atteint 490.548.000 francs, gagnant
65.878.000, dont 15.354.000 francs pour la catgorie des objets
fabriqus et 10.549.000 francs pour les colis postaux.

D'une manire gnrale, nous avons import peu de matires premires.
Nos exportations de fruits ont t considrables; mais celles de nos
vins ont quelque peu baiss. L'exportation des objets fabriqus a t
plus active qu'on aurait pu le penser d'aprs le ralentissement de
l'importation des matires premires.


EN BALLON DE LONDRES  PARIS.

Deux jeunes aronautes franais, M. Jacques Faure et M. Herbert
Latham--le premier en est d'ailleurs  sa 146e ascension--taient partis
de Londres, en ballon, samedi soir 11 fvrier, dans le but d'effectuer
la traverse de la Manche. Cette traverse se fit dans les meilleures
conditions, grce  un bon vent soufflant du nord-nord-ouest et 
l'emploi, sur la Manche, du stabilisateur Herv. A l'arrive  Dieppe,
leur ballon, _l'Aro-Club_, se comportait mme si bien qu'ils eurent
l'ide de poursuivre leur voyage, et,  une heure du matin ils
atterrissaient heureusement prs de Paris,  Aubervilliers.

Ils avaient, accompli le trajet total en six heures, c'est--dire en une
heure de moins que les meilleurs rapides, et tabli un record de la
navigation arienne.

[Illustration: _M. Jacques Faure et M. Herbert Latham, photographis
dans leur nacelle avant leur voyage arien de Londres  Paris._]


LE PEUPLE LE PLUS RICHE DU MONDE.

Le peuple le plus riche du monde est uni; peuplade fort peu connue, qui
ne possde ni liberts ni gouvernement politiques, mais qui, en
revanche, a de l'argent et des terres. Elle les a sans les avoir
d'ailleurs, et, sans les avoir, elle ne pourrait les perdre! Ces
richesses lui sont garanties par le gouvernement amricain, et il ne
saurait les aliner. La peuplade en question est celle des Osages, une
tribu qui occupe un coin du territoire de l'Oklahoma, et qui est un des
vestiges de la population qui possdait les Etats-Unis avant que les
blancs se fussent empars du continent amricain. Les Osages sont au
nombre de 1.833 et ce qu'ils possdent, ils l'ont comme indemnit
d'expropriation alloue par les Etats-Unis. Mais ils n'ont que
l'usufruit; du jour o la tribu aura disparu le gouvernement amricain
rentrera dans ses fonds. Chacun des 1.833 Osages possde un capital de
quelque 24.000 francs, dpos dans les caveaux de la Banque nationale 
Washington qui lui sert les intrts  5%. En outre chaque Osage possde
quelque 350 ou 400 hectares de terre, dont un cinquime est en culture;
le reste est lou comme pturages  des leveurs du Texas. Cette terre
gagnera certainement en valeur: elle renferme du ptrole et du charbon;
des lignes de chemin de fer vont la traverser; et au total, on estime
que la valeur de la terre possde par chaque Osage est de prs de
35.000 francs. Au total, chaque Osage--pour parler la langue des
affaires--vaudrait environ 60.000 francs. Il ne faudrait pas conclure
de ceci que le sort de l'Osage est particulirement enviable, car,
l'argent qui lui revient, il ne le voit qu'en partie. Le gouvernement
amricain commence par prlever sur la rente des Osages de quoi payer
les dpenses d'ordre public, d'coles, de routes, etc. Il ne remet 
l'Osage que le surplus. Ce surplus, actuellement, est de 1.500 francs
par tte, environ. Chaque Osage a, toutefois, en surplus, ce qu'il peut
gagner par son travail sur sa ferme: il peut donc vivre de faon trs
suffisante. La tutelle dans laquelle on le tient, au point de vue de
l'argent, a quelque chose de choquant; mais c'est sans doute le meilleur
procd  adopter dans son intrt mme. Mis en possession de son
capital, il le gaspillerait, ou bien il se laisserait voler par des
blancs peu scrupuleux et finirait par retomber  la charge de l'tat. En
faisant de l'Osage un capitaliste et un propritaire qui ne peut
disposer ni de son capital ni de sa terre, on lui conserve sa fortune et
l'tat s'en assure l'hritage pour plus tard.


LE PREMIER CONCOURS D'AVIATION.

Le concours d'appareils volants plus lourds que l'air, organis les
11, 12 et 13 fvrier  la galerie des Machines par la sous-commission
d'aviation de l'Aro-Club, a trouv auprs du public un accueil empress
et sympathique.

Nombre de concurrents, 28 ou 30 environ, avaient rpondu  l'appel des
organisateurs et, si les expriences n'ont apport rien de bien nouveau,
elles n'en ont pas moins montr qu'on peut faire des aroplanes non
monts d'une stabilit convenable.

Du haut du pylne de 38 mtres d'o se lanaient les appareils, on a vu
successivement sortir des aroplanes varis--oiseaux-mouches faits
d'clats de bois et de papier de soie et pesant bien 2 grammes--cerfs-volants
genre Hargrave  surfaces superposes--aroplanes  deux surfaces
successives, lests d'paisses lames de plomb et propulss soit par
fuses, soit par hlices et ressorts de caoutchouc tordu, enfin un
aviateur de prs de dix mtres d'envergure, mais que ses vastes
dimensions gnaient fort, car il s'est jet, ds son dpart, dans un
trophe de drapeaux, au grand dsappointement des spectateurs. Plusieurs
de ces appareils ont fourni des planements prolongs de vingt  quarante
secondes, accompagns des murmures approbateurs ou mme des
applaudissements chaleureux du public. Un certain nombre, hlas!
pirouettant sur eux-mmes comme des oiseaux blesss, ou suivant
impitoyablement une pente presque verticale, ont heurt le sol avec une
violence suffisante pour briser leur frle carcasse. Leur chute
provoquait des rires, d'ailleurs dnus d'ironie, le public connaissant
fort bien la grande difficult que l'on prouve  lester convenablement
ces capricieux appareils. S'ils sont, en effet, trop chargs de l'avant,
ils fondent droit vers le sol comme un faucon sur sa proie, mais sans
relever  temps leur trajectoire; trop chargs de l'arrire, ils piquent
d'abord, se relvent ensuite et parfois tournent sur eux-mmes, comme
des pigeons culbutants, accomplissant ainsi des sauts prilleux
ariens  rendre jaloux les plus fameux gymnasiarques.

Les concurrents dont le lest tait judicieusement plac et qui ont
fourni des planements rguliers ont t rcompenss de mdailles
d'argent. Parmi les laurats, nous devons citer MM. Burdin, Dargent,
Hanrion, Peyret, Wriss et Mouren, dont les appareils ont l'ait preuve
d'une grande stabilit.

Nos gravures reprsentent quelques types des plus curieux ou des plus
intressants. M. Deltour exposait une nacelle  hlices latrales, 
pdales, pesant 50 kilos et mesurant 5 mtres carrs de surface.
_Gellitas_, de M. Gellit, est un extraordinaire volatile participant de
l'aigle, du vautour et du canard et portant une poupe--aronaute.
L'aroplane de M. Paulhan, suspendu  la vote par une longue corde et
propuls par deux hlices mues par un moteur  ptrole de 1 cheval 3/4,
a fourni quelques vols qui sembleraient lui permettre de se soutenir
seul dans l'espace.

Nous avons cont la msaventure survenue au grand aroplane de M. Seux,
dont le poids tait d'environ 60 kilos pour 30 mtres de surface.

Citons enfin le curieux appareil de M. Dumoulin, muni d'une hlice 
trois branches et d'une surface suprieure susceptible de faire
parachute.

[Illustration: Aroplane de M. Gellit, en forme de volatile,]

[Illustration: Aroplane de M. Paulhan,  moteur,  hlices et 
gouvernails.]

[Illustration: Aroplane de M. Dumoulin, sans moteur,  hlice et 
parachute.]

[Illustration: Aroplane de M. Deltour,  pdales actionnant des hlices
latrales.]

[Illustration: Aroplane de M. Seux,  grandes ailes latrales, sans
moteur et sans hlices.]

TYPES D'AROPLANES ayant particip au concours d'aviation de l'Aro-Club
 la galerie des Machines.



_Mouvement littraire._


DANIEL LESUEUR

_En mme temps que la premire partie du roman nouveau de Daniel
Lesueur_, la Force du Pass[1], _nos lecteurs nous sauront gr de leur
donner une, courte, tude sur l'oeuvre et la personnalit, d'une, des
plus clbres femmes de lettres le notre poque. C'est M. Adolphe
Brisson, l'auteur de tant de, brillants portraits littraires, qui a
bien voulu tracer ici celui de Daniel Lesueur._

Un sourire, des yeux clairs, une intelligence ouverte aux ides, une
sensibilit prte  s'mouvoir, accouple  une raison solide, beaucoup
de gaiet, de vivacit et, sous la caresse du regard, sous la grce des
paroles, une humeur trs combative et des instincts de guerrire. Telle
apparat, dans la vie, Daniel Lesueur et telle elle est dans ses livres.
De toutes les femmes qui sont en train de conqurir la grande gloire
littraire, c'est une des mieux doues et des plus originales.

[Illustration: Daniel Lesueur. _Phot. Reutlinger._]

Et d'abord elle a pass par la posie pour arriver  la prose. Lorsqu'on
proposa, il y a quelques annes, sa candidature au comit des Gens de
lettres, M. Sully-Prudhomme l'appuya en ces termes:

Daniel Lesueur est un de nos plus exquis potes. Il faut qu'elle soit
un bien dlicieux prosateur pour que nous ne lui en voulions pas trop de
ne plus rimer. Je le reconnais, et cependant je ne puis m'empcher de
lui dire: Faites-nous encore de ces vers d'une si belle facture et si
pleins de penses auxquels vous nous avez habitus.

Il n'est pas indiffrent de les relire, si l'on veut juger l'ensemble de
son oeuvre et l'volution de son talent. Ils sont harmonieux, sonores,
vigoureusement forgs et, comme ceux de Mme Ackermann, imprgns de
philosophie. Ils se rattachent un peu par l'inspiration, et assurment
par la forme,  l'cole de Leconte de Lisle. Ainsi que son matre,
Daniel Lesueur a dsert les sentiers adorables de la foi pour la route
plus rude et plus pre de la science. Je crois bien qu'elle a t
darwinienne: cela semble ressortir de ses pomes, empreints du sentiment
de la vanit des choses et de leur perptuelle volution. Ce _moi_ dont
nous sommes orgueilleux, qu'est-ce au juste? Un vain souvenir dans une
frle image. Nous sommes plongs au sein d'un songe. Notre personnalit
est chimrique comme les phnomnes o elle est mle. Elle est
constitue par le reflet d'hrdits vagues et lointaines.

      Dans mon coeur frmissant, dans ma chair douloureuse,
      Ce qui le mieux chappe  l'incessante mort,
      A l'volution puissante et tnbreuse
      Qui partout en secret active son effort,

      C'est ce qui n'est pas moi: l'ineffaable trace
      Qu'a grave en mon sein la foule des aeux.
      Ma joie et mes douleurs sont celles de ma race,
      Et le feu de son me clate dans mes yeux.

[Note 1: Par suite d'une erreur d'impression, le faux titre de la _Force
du Pass_ porte la mention Illustrations de Simont. au lieu de
Illustrations de Marchetti. Nous faisons rimprimer un faux titre
correct que nous adresserons, sur leur demande,  ceux de nos abonns
qui font relier nos romans.]

Retenez ces vers; ils contiennent en germe plusieurs des livres futurs
de la romancire. En rsum Daniel Lesueur se rend compte que l'humanit
repousse avec horreur le pessimisme et le nihilisme scientifique et
qu'elle a soif d'illusions. Ce besoin se satisfait pas l'esprit
religieux, et c'est pourquoi, depuis tant de sicles, les hommes se
prosternent devant Dieu. Elle vnre ce sentiment, encore qu'elle ne le
partage point; elle le proclame auguste et sacr; elle en exalte la
grandeur. Mais l'irrsistible impulsion qui entrane la crature vers
l'infini s'affirme par un autre mouvement: l'amour. Et  ce culte-l,
Daniel Lesueur se rallie. Elle sacrifie sur cet autel. L'homme est un
tre fragile, mais la nature lui a donn le pouvoir de communiquer  des
tres, comme lui fugitifs, un bonheur absolu--en les aimant. Que cette
flicit passe comme l'clair ou qu'elle persiste, c'est assez qu'elle
ait dur un instant pour nous lever au-dessus de nous-mmes. Ainsi
l'idalisme que Daniel Lesueur ne trouve pas au fond de sa raison, elle
y atteint par la sensibilit. Elle s'accroche  cette branche pour ne
pas tomber dans le nant, dans l'abme.

Et ceci nous explique que les romans de Daniel Lesueur soient si
passionns.

Ce n'est pas aux abonns de _l'Illustration_ qu'il est ncessaire de
vanter leur mrite. Ils n'ont pas oubli les belles oeuvres: _Passion
slave, Haine d'amour, Justice de femme, A force d'aimer_, qu'elle a
publies ici mme; ils y gotrent la sduction d'une langue souple,
dnue de prciosit, non de dlicatesse, parfois un peu abondante, mais
de veine et de saveur bien franaises; les caprices d'une imagination
toujours en veil et qui s'amuse  ses propres jeux; beaucoup de finesse
dans l'observation des moeurs et de sret dans l'analyse des
caractres; enfin, par dessus tout, le don essentiel du romancier; le
don de la vie, qui fait que le rcit ne s'immobilise pas en de froides
abstractions, mais va de l'avant, captive le lecteur, parle  son coeur
et, l'entrane.

Ces qualits, vous les retrouverez dans la _Force du Pass_. Je n'ai pas
lu tous les chapitres de ce livre, mais j'en connais le thme qui rpond
 quelques unes des inquitudes de l'heure actuelle... Qui de nous n'est
partag entre ses traditions et ses rves, le dsir de marcher vers
l'avenir et l'amertume de briser des liens demeurs chers!... Hier...
Demain... Quels ravages, quand le problme se pose, quand le conflit
clate dans une me sincre, ingnument amoureuse et pleine d'illusions!
L'hrone du nouvel ouvrage de Daniel Lesueur s'ajoutera aux jolis
portraits de jeunes femmes et de jeunes filles qu'elle a dj tracs,
aux Marcienne, aux Rene,  ces figures modeles d'une main si ferme et
qui ont toutes un trait commun: la fiert dans la tendresse.

Daniel Lesueur est  son quinzime ou seizime volume. C'est vous dire
qu'elle possde sur le bout du doigt les grands et petits secrets du
mtier. Elle s'est essaye dans des voies diverses: elle a pouss une
pointe vers le feuilleton, et l'on sait la faveur qui a accueilli son
fabuleux _Marquis de Valcor_. Je crois cependant que sa vraie note,
celle qui lui a valu et lui vaudra ses plus durables succs, est dans un
genre d'ouvrages un peu plus raffins, dans des romans o elle puisse
exercer ses facults d'analyste observateur, dvelopper son got pour la
vrit psychologique et verser la profonde connaissance qu'elle a de la
vie et de l'amour. A l'encontre de beaucoup de femmes de lettres, elle
n'a pas abdiqu son sexe; la vigueur de la pense, en elle, n'exclut pas
les grces fminines de l'excution. Et sur tout ce qu'elle crit--
travers l'motion et les larmes--voltige un sourire, ce gentil sourire
spirituel et bienveillant qui claire son visage. Vous l'apercevrez au
coin des pages de la _Force du Pass_. Et ce sera le charme de ce roman
o tant d'ides graves sont par ailleurs remues.

[Illustration: Mme Daniel Lesueur en excursion sur le lac de Cme. C'est
sur les bords du lac de Cme qu'a t crit le roman dont
_l'Illustration_ commence aujourd'hui la publication.]

                                                         ADOLPHE BRISSON.


ADOLF MENZEL

Le peintre Adolf Menzel, qui vient de mourir,  Berlin,  l'ge de
quatre-vingt-dix ans, n'tait gure connu en France, encore qu'il et
particip  toutes nos expositions universelles: en Allemagne, il tait
clbre, national, et l'une des gloires de l'cole. En 1899, l'empereur
Guillaume II avait consacr son renom en lui accordant, par une faveur
exceptionnelle, le grand cordon de l'Aigle rouge, C'tait un trange
petit vieillard, au front saillant, tout blanc de poils, aux allures de
gnome, une manire de marmouset de la Fort-Noire, d'humeur, dit-on,
assez atrabilaire. Ces particularits mmes de son caractre et de son
physique avaient contribu, peut tre aidant que son talent,  rendre sa
figure populaire.

[Illustration: Le grand peintre allemand Adolf Menzel. D'aprs un
instantan.]

Il avait dbut dans la lithographie, au moment o l'art de Senefelder,
tout nouvellement cr, tait dans le plein de sa vogue. Il tait
demeur, jusqu'au bout et par-dessus tout, un illustrateur au crayon
alerte et prcis. Comme peintre, son oeuvre se peut diviser en deux
parties: l'une,  laquelle il se donna avec passion, avec ferveur, fut
consacre  glorifier les actions du grand Frdric, celles qu'a
recueillies l'histoire et celles de la lgende; l'autre o il semblait
se dlasser en reproduisant des scnes de la vie relle. Le premier
cycle surtout devait enthousiasmer l'empereur Guillaume II, qui donna un
jour au peintre cette joie de faire reproduire en tableau vivant,  la
cour, par des personnages fort haut placs, l'une de ses toiles les plus
fameuses, la _Sance de, musique_, o Frdric tient en personne son
instrument favori, cette flte dont si allgrement son pre, le Gros
Guillaume, lui cassa parfois sur les reins quelque exemplaire. Sans
doute la postrit cotera-t-elle plus haut la _Forge, la Ptisserie 
Kissingen, En chemin de fer_ et autres oeuvres o Menzel s'est montr
observateur amusant, naturaliste au meilleur sens du mot.


LES THTRES

Nous donnerons, dans notre prochain numro, la _Retraite_, comdie
dramatique en quatre actes, de M. Franz-Adam Beyerlein, traduite de
l'allemand par MM. Maurice Rmon et n. Valentin, que vient de
reprsenter le thtre du Vaudeville. Cette pice a produit une norme
sensation en Allemagne; elle est, en effet, trs captivante; ce n'est
pas assez dire pour le troisime acte--une scne de conseil de
guerre--un des plus mouvants que depuis longtemps nous ayons vus au
thtre. MM. Lrand, Dubosc, L. Gauthier, Roger Vincent et Mlle Marthe
Mollet tiennent les principaux rles avec beaucoup de talent: une bonne
part du succs revient aux excellents comdiens du Vaudeville.

[Illustration: LES "DRAGONS DE L'IMPERATRICE" AU THTRE DES
VARITS.--Finale du 3e acte.
_Aprs une srie d'intressantes reprises des oprettes qui triomphrent
sous le second Empire, le thtre des Varits vient de jouer, avec un
brillant succs, un opra-comique en trois actes de MM. Georges Duval et
Albert Vanloo pour le texte et Andr Messager pour la musique, dont le
sujet est d'ailleurs emprunt  cette mme priode de notre histoire. Un
livret amusant, une parution dlicieuse, des interprtes et des dcors 
souhait assurent aux_ Dragons de l'Impratrice _une longue suite de
victoires quotidiennes sur la scne des Varits._]


LES JEUX DU NORD

Les jeux Olympiques rassemblaient tous les quatre ans, aux bords de
l'Alphe, la Grce entire. Los trois nations Scandinaves, Sude,
Norvge, Danemark, ont song peut tre  ce souvenir de l'antiquit
quand elles ont cr leurs Jeux du Nord, qui doivent tre clbrs, de
deux en deux ans, dans l'une des capitales des trois royaumes. La srie
avait commenc  Stockholm, en 1901; en 1903, ce furent les Norvgiens
qui reurent,  Christiania, leurs frres Scandinaves. Cette anne,
c'est Stockholm, de nouveau, qui, du 4 au 12 fvrier, a donn
l'hospitalit aux sportsmen danois, norvgiens et sudois, Copenhague,
en raison de la douceur relative, de son climat, ayant d dcliner
l'honneur.

Ce sont, bien entendu, des sports d'hiver, exclusivement, qui composent
le programme de cette runion: courses  voile sur patins, courses de
yachts sur glace, patinage en vitesse, concours de patinage  figures,
courses de skis, alternent avec des excursions en traneaux, des parties
de pche dans l'archipel de la Baltique et avec des ftes populaires du
plus pittoresque effet du plus vif intrt.


[Illustration: Une orchide de 125.000 francs.]

UNE ORCHIDE DE 125.000 FRANCS

Une orchide dont on parle beaucoup dans le monde horticole est celle
qui est ici reprsente. Elle a nom _J. Gurney Fowle_, ainsi baptise en
l'honneur du prsident de la section orchidologique de la _Royal
Horticultural Society_. C'est un hybride, qui a t obtenu par les
grands horticulteurs Sander, de Saint-Albans; un hybride de
_Cypripedium_, des _Cyp. insigne et spicerianum_. Il n'est point encore
dans le commerce: le prix qui en est demand est fort lev: 5.000
livres (125.000 fr.). On ne craint pas la dpense parmi les amateurs
d'orchides; on raconte qu'un _odontoqlossum_ ayant la fleur fortement
tache en brun rouge ou en chocolat a t achet par un collectionneur
germano-anglais, pour la somme de 62.500 francs et, jusqu'ici, c'tait
le prix le plus lev qu'et atteint une orchide. Mais si le
_Cypripedium_ anglais se vend 125.000 francs, c'est  lui, videmment,
que reviendra l'honneur de dtenir le record d'avoir le plus, dans sa
sphre, excit la folie humaine. Car tout cela est affaire de mode et,
dans ce domaine plus encore que dans beaucoup d'autres, la valeur est
fictive et, ds lors, sujette  de trs considrables et rapides
variations.


LA NEIGE EN TUNISIE

Un phnomne trs rare et qui mrite d'tre signal s'est produit
rcemment dans l'extrme Sud tunisien. Le 29 janvier, Mdenine, localit
situe  33 20' de latitude et 8 10' de longitude, a essuy trois
heures durant, de sept heures  dix heures du matin, une forte
bourrasque accompagne d'une abondante chute de neige. A la vue de ce
prodige dont ils ne connaissaient pas d'exemple sous leur climat, les
Arabes se calfeutrrent hermtiquement dans leurs _rhorfas_ et se,
rpandirent en lamentations, persuads que c'tait l'annonce de la fin
du monde ou tout au moins la ruine de leurs rcoltes. Ils purent bientt
constater combien leurs craintes taient exagres; mais cette journe
n'en marquera pas moins une date mmorable sur leur calendrier; on en
parlera longtemps encore  Mdenine et, plus tard, les enfants, pour
compter leur ge, se reporteront  l'anne de la neige.

Si quelque chose, d'ailleurs, a d laisser un souvenir ineffaable aux
tmoins de l'vnement extraordinaire, c'est l'aspect insolite du
paysage qu'ils sont accoutums  voir illumin de la vive clart du
soleil africain; sous leur blanc revtement glac, pais de 4
centimtres, les habitations basses ressemblaient  des huttes
d'Esquimaux: on se serait cru plus prs du ple que du tropique.


LE PRSIDENT MAZEAU

M. Charles Mazeau, grand-officier de la Lgion d'honneur, ancien
snateur de la Cte-d'Or et premier prsident honoraire de la Cour de
cassation, s'est teint, la semaine dernire, dans sa quatre-vingtime
anne.

N  Dijon, il y avait fait ses tudes de droit, puis tait venu  Paris
o longtemps il fut avocat  la Cour de cassation, avant d'y siger
comme conseiller. Il tait snateur de la Cte-d'Or, qu'il avait
reprsente  l'Assemble nationale, lorsqu'en 1887 il devint ministre
de la justice dans le cabinet Rouvier.

Le 2 mars 1890, il avait t appel  la premire prsidence de la Cour
suprme, qu'il occupa jusqu'en 1900, poque  laquelle il prit sa
retraite avec l'honorariat.

Peu de temps auparavant, on s'en souvient, M, Mazeau avait prsid les
dbats du procs en rvision de l'affaire Dreyfus.

[Illustration: M. Mazeau. _Phot. Sartony, rue Dupkol._]

[Illustration: La neige dans le Sud tunisien.]


L'HOPITAL MODLE, par Henriot.


_NOUVELLES INVENTIONS_

_(Tous les articles publis sous cette rubrique sont entirement
gratuits.)_

GILETS EN PAPIER

On sait que le papier, corps isolant pour l'lectricit et la chaleur,
peut tenir lieu de tissu trs chaud. L'application en a t souvent
signale et plus d'un pauvre diable s'est confectionn de rudimentaires
vtements avec des journaux de grand format. Il y a un revers  cette
mdaille: la fragilit du papier, et les vtements ainsi btis sont
d'une bien phmre dure. M. Grabbe, graveur-imprimeur, a choisi un
papier spcial, identique  celui qui fait partie de l'quipement des
soldats japonais en campagne, et s'en est servi pour confectionner toute
une srie de vtements trs chauds et susceptibles de rendre de rels
services aux personnes frileuses et en gnral  tous les sportsmen,
sujets aux refroidissements occasionns par la transpiration.

Le papier en question est indchirable, au moins autant qu'un bon tissu,
et impermable; l'eau ne modifie pas sa solidit.

Le vtement le plus intressant  signaler est le gilet, dont l'adoption
par le Touring-Club de France est une preuve de ses remarquables
qualits calorifuges.

Grce  sa disposition, ce systme de gilet peut se placer
instantanment sur le maillot ou sur les effets, et il ne gne en aucune
faon les mouvements de la personne qui le porte.

Ce gilet est enferm dans une enveloppe de trs petit volume, le tout ne
pse pas 45 grammes, se met dans la poche et remplace avantageusement
tout vtement encombrant et volumineux.

Il est galement indispensable aux touristes se rendant aux bords de la
mer ou dans les montagnes, aux pcheurs qui stationnent longuement au
bord de l'eau.

A un autre point de vue, il peut tre utilis avantageusement en hiver
par le malheureux qu'il garantira du froid, autant que tout vtement
plus chaud et plus coteux.

[Illustration:]

Ce gilet (figure) est compos d'un plastron et d'un dos qui se croisent
sur les paules et sont runis  cet endroit au moyen d'oeillets
mtalliques. Le gilet se place comme une chape en passant la tte dans
l'chancrure qui se trouve entre le plastron et le dos. Ceci fait, il ne
suffit plus que de l'attacher  la ceinture au moyen d'un ruban fix 
la partie postrieure du gilet et venant s'attacher par devant. Il se
met sous la jaquette ou vareuse, il peut aussi se porter sous le gilet
ordinaire pour les personnes qui dsirent l'utiliser comme moyen
prventif contre les refroidissements.

Son prix, simple, est de 2 fr. 05; double, 2 fr. 60; triple, 3 fr. 60,
franco-poste pour la France.

S'adresser  _M. Grabbe, 36, rue de Lancry, Paris._

LE TABAC DNICOTINIS

Un ingnieux inventeur, le docteur Parant, vient d'imaginer un nouveau
procd de dnicotinisation du tabac.

Le tabac dnicotinis, partant inoffensif, conserverait son arme et
serait trs agrable  fumer.

La question d'empoisonnement par le tabac tant  l'ordre du jour dans
le monde mdical o l'on impute  la nicotine un grand nombre de
mfaits, ce procd de dnicotinisation, scientifique et pratique, vient
bien  son heure, et nous croyons qu'il intressera les amateurs de la
plante importe par Nicot.

Le problme  rsoudre tait le suivant: Trouver un procd simple,  la
porte de tous, qui permette d'enlever au tabac son poison, c'est--dire
la nicotine, et seulement la nicotine, tout en lui conservant son
arme.

Ce procd repose sur une action physique, la compression, et sur deux
actions chimiques:

Action de la potasse et de la soude sur les sels de nicotine; action du
tannin sur la nicotine.

La compression s'exerce au moyen d'une presse spciale que l'on trouve
chez l'inventeur.

La nicotine tant trs soluble dans l'eau, pour extraire la nicotine du
tabac, il faut le laver, mais le laver avec peu de liquide, sans cela le
tabac serait dsagrg, et le schage ultrieur deviendrait impossible.
Le but de cette presse est donc, en premier lieu, de comprimer au
maximum le tabac sec, de faon  ce qu'une petite quantit d'eau soit
suffisante pour le laver, c'est--dire pour dissoudre la nicotine.

Le tabac tant lav, pour extraire cette eau de lavage, il faut aussi le
comprimer fortement.

La presse a donc encore pour but d'enlever au tabac lav la plus grande
partie de l'eau de lavage, qui contient en dissolution la nicotine.
Viennent ensuite les actions chimiques, en premier lieu celle de l'eau
alcaline. La nicotine pure, avons-nous dit, est trs soluble dans l'eau,
mais, si le tabac est lav avec de l'eau ordinaire, on enlve seulement
une trs petite quantit de nicotine, parce que la majeure partie
existe, dans le tabac,  l'tat de sels de nicotine, insolubles dans
l'eau.

Mais, si l'on alcalinise l'eau qui va servir au lavage avec une quantit
dtermine de _potasse_ ou de _soude_, les sels de nicotine sont
dplacs de leurs combinaisons et la nicotine, mise en libert, devient
trs soluble.

Il faut donc arroser le tabac pralablement comprim avec de l'eau
alcaline et, quelques instants aprs, extraire, au moyen de la presse,
la majeure partie de cette eau.

Cette eau de lavage a entran non seulement la nicotine, mais encore
tous les principes solubles dans l'eau, principes ncessaires  la bonne
combustion et  la conservation de l'arme du tabac.

Aussi est-il ncessaire de restituer ces principes au tabac en
l'arrosant avec l'eau de lavage, aprs en avoir toutefois extrait la
nicotine. La nicotine s'extrait  l'aide du tannin. Le tannin a la
proprit de former, avec la nicotine, un sel insoluble, le _tannate de
nicotine_.

Dans l'eau de lavage qui vient d'tre recueillie, il suffit de verser
une quantit dtermine d'une solution de tannin et d'agiter quelques
instants: immdiatement un trouble se produit, un dpt abondant se
forme au fond du vase, c'est le tannate de nicotine, insoluble; que l'on
filtre cette eau, le tannate de nicotine restera sur le filtre et, en
arrosant le tabac avec cette eau filtre, on lui restituera tous ses
principes, except son poison, la nicotine. On fait ensuite scher le
tabac. Tel est, rsum en quelques lignes, le procd du docteur Parant.

Les personnes que la question intressera particulirement pourront
s'adresser pour plus amples dtails au _docteur Parant, rue Regard, 
Lons-le-Saunier (Jura)._


[Supplments:]







End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3234, 18 Fvrier
1905, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3234, 18 FVRIER 1905 ***

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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

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work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


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