The Project Gutenberg EBook of Voyage d'un jeune grec  Paris (Vol. 1 of 2), by 
Hippolyte Mazier du Heaume

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Title: Voyage d'un jeune grec  Paris (Vol. 1 of 2)

Author: Hippolyte Mazier du Heaume

Release Date: June 19, 2011 [EBook #36468]

Language: French

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VOYAGE D'UN JEUNE GREC  PARIS.

Par M. Hippolyte MAZIER DU HEAUME,

Auteur des Observations d'un Franais sur l'enlvement des chefs-d'oeuvre
du Musum de Paris, en rponse  la lettre du duc de Wellington au lord
Castelreagh, en 1815.

TOME PREMIER.

 PARIS, CHEZ Fr. LOUIS, LIBRAIRE-DITEUR.

1824.

[Illustration: Un matin, Lord Elgin interrompit ses mditations...]

     Les descendants d'Hercule, et la race d'Homre, Aux pieds d'un vil
     aga, tremblent dans la poussire.

     VOLTAIRE.




TABLE DES CHAPITRES.

TOME I.

CHAPITRE PREMIER.

Philomnor, n  Rhodes, fait ses tudes  Athnes.--M. Fauvel.--Le
jeune grec quitte l'Achae.--Il se retire  Parga.--Il abandonne la
Grce.--Il fait voile pour l'Italie.--Il parcourt les tats de cette
presqu'le; il se rend en Hollande et en Angleterre.--Il arrive en
France et s'y fixe.--Son enthousiasme pour ce beau royaume.--Abus
nombreux qui dtruisent son enchantement.--Son indignation.--Ses
reproches trs-fonds.

CHAPITRE II.

Philomnor assiste  une sance publique de l'Institut.--Ses ides sur
les salles intrieures de ce monument.--Ses questions.--Mes
conseils.--Pense de Platon.--Piron.--Faades extrieures.--Rflexions
de Philomnor  ce sujet.--Socit des Amis des arts.

CHAPITRE III.

Sur le bien que la Socit des Amis des arts peut produire en tendant
les premires attributions de sa
destination.--Palais.--Hospices.--Mendicit.--Fondation d'un htel des
Invalides religieux et d'un htel des Invalides civils.--Vers de
Gilbert.

CHAPITRE IV.

Moyens faciles d'embellir Paris et d'en faire disparatre les plus
ignobles quartiers, tout en conservant les monumens les plus
remarquables.--Indication sommaire des principales antiquits de
Paris.--Plaintes fondes sur la destruction des plus beaux difices de
France.--Chteau de Chambord.--Comment on peut prserver les difices
clbres des ravages du vandalisme.--Fontaines de Paris.--Purification
des eaux.--Projet du docteur Do.--Nouvel difice thermal.--Tableau de
Paris, en suivant les plans de l'auteur.

CHAPITRE V.

Il faut tre constant dans l'excution des plans mrement rflchis et
arrts.--Purilit des dcors employs dans les ftes et crmonies
d'apparat.--Moyen d'y remdier.--Rtablir quelques rglemens de
l'ancienne Acadmie.--Combien il est dangereux de laisser sortir de
France des chefs-d'oeuvre introuvables.--Regrets de l'auteur sur leur
disparition et leur sortie de France.--Exemples frappans.--Collection
Fesch.--Magnifique Paul-Potter.--Armure du chevalier La
Hire.--Introduction en France d'une loi romaine
conservatrice.--Non-seulement il faut conserver, mais faire encore de
nouvelles acquisitions.--Anathme lanc sur certains artistes.--Moyens
de se procurer de nouvelles richesses en antiques.--Voyages en Grce, en
Italie, d'un homme clbre.--Esprances trompes des amateurs des
arts.--Facilit de dcouvrir de nouveaux monumens.--Pche monumentale du
Tibre.

CHAPITRE VI.

Corps lgislatif.--Observations de Philomnor sur ce palais.--Fameuse
ptition relative aux migrs.--Vues diverses de l'auteur  ce
sujet.--Lgre rtribution.--Domaines en Corse.--Statues de la salle du
palais.--Anecdote indite sur le buste de Louis XVII.--Voeux de l'auteur.

CHAPITRE VII.

Penchant des dcorateurs pour les colifichets qui se renouvellent
souvent.--Bas-relief de Louis XIV  Versailles.--Bas-relief du mme
monarque au Muse dtruit des Petits-Augustins.--Morceaux intressans
qui s'y dtriorent d'un jour  l'autre.--Ncessit d'un nouveau
rpertoire de ces objets prcieux.--Muse d'architecture.--Critique du
projet d'un architecte.--Recrer l'ancien Muse franais avec les dbris
non replacs.--Ncessit d'un rpertoire nouveau de ces objets
prcieux.--Fondation d'un Muse de sculpture moderne.--tablissement
d'un Muse universel statuaire en modles de pltre.--Muse des copies
des plus excellens tableaux que nous avons perdus ou que nous n'avons
jamais possds.--Rponses premptoires aux objections que l'on ferait 
ce sujet.

CHAPITRE VIII.

De l'usage malheureusement trop commun des compositions
fragiles.--Fronton du Corps lgislatif et des Invalides.--Chapelle
expiatoire de la Conciergerie.--glise
Sainte-lisabeth.--Val-de-Grce.--Tombeau du cardinal Du
Belloy.--Carrires des marbres de France.--Caveaux des deux premires
races  Saint-Denis.

CHAPITRE IX.

Il ne faut se servir dans les monumens publics que de matires
solides.--Passage extrait du voyage de Kamgki, par M. le duc de
Lvis.--Faire moins et faire bien.--Imiter ses anctres.--Mosaques des
Invalides et du Muse.--Nos modes contribuent  leur
destruction.--Peintures  fresque.--La Mosaque doit tre plus
particulirement encourage.--Muse royal.--Mouleurs en pltres ou
rparateurs des statues.--Dissertation historique sur la Vnus de
Milo.--Rapprochemens singuliers entre cette Vnus du Muse franais et
une autre Vnus du British Musum.--Zodiaque de Denderah.--Anecdote sur
l'aiguille de Cloptre.--Lacune presque continuelle dans les tableaux
du grand Muse.--Moyens d'y suppler.--Projet d'un complment
conservateur de ce monument.--Muse du Luxembourg.--Lacunes essentielles
 remplir.

CHAPITRE X.

Manufacture des Gobelins.--Critique des btimens de cet
tablissement.--Plan et moyen de restauration.--Notice
historique.--Ouvriers, tentures, expositions.--Amliorations,
encouragemens.--Muse des arts et mtiers.--Maison des
Jeunes-Aveugles.--Leur admirable industrie.

CHAPITRE XI.

Marchs publics.--Abus.--Rformes possibles.--Bazars, leur
agrment.--Bibliothque royale, son histoire
abrge.--Bibliothcaires.--Cabinet des mdailles.--Anecdotes curieuses
et importantes sur l'enlvement forc de quelques objets de cette
collection.--Cabinet des gravures.--Galeries des manuscrits.--Histoire
du vol d'Aimon.--Htel de ville.--Sa bibliothque.--Rparer ce monument
municipal; indication des moyens.

CHAPITRE XII.

Cathdrale.--Prparatifs pour la fte du baptme du duc de
Bordeaux.--Dcors peu analogues avec la vieille mtropole.--Ornemens
plus en rapport avec l'architecture gothique.--Avantages qui en eussent
rsult.--Note remarquable.--Philomnor assiste  la crmonie du
baptme.--Pice de vers.--Prsages anecdotiques sur le duc de Bordeaux.

CHAPITRE XIII.

Suite du mme sujet.--Description du choeur de Notre-Dame.--tat
dplorable des autres parties de cette basilique.--Continuelles
mutilations qu'elle prouve.--Ornemens mesquins.--Voeux de l'auteur pour
cet difice et les autres glises qui sont  construire et 
rparer.--Obstacles qui doivent contrarier ses plans.--Il est ncessaire
d'agrandir la place de la cathdrale.--loigner l'Htel-Dieu de cette
enceinte.--Motifs de cette mesure.--Emplacement favorable pour cet
tablissement.

CHAPITRE XIV.

Le pays latin.--Lecteurs ambulans.--Les arts ont singulirement gagn
dans la classe des riches bourgeois de Paris, et mme dans celle des
artisans.

CHAPITRE XV.

Montagne Sainte-Genevive.--Bibliothque.--Leon d'un professeur du
collge de France.--tonnement du jeune, Grec sur l'emploi du
local.--Anecdote prussienne.--La Sorbonne et sa restauration.

CHAPITRE XVI.

La Sainte-Chapelle.--Le Palais.--Incohrence de ses diffrentes
parties.--Chemines, tuyaux.--Procd anglais pour absorber et utiliser
la vapeur des poles.--Embellissemens possibles pour le tribunal
suprme.--Terre-plein du Pont-Neuf.--chafaudage monstrueux prs d'un
des plus beaux monumens de Paris.--Chambre de cassation.--Statues de
d'Aguesseau et de l'Hpital.--Monument Malesherbes.--Galeries du Palais
telles qu'elles sont et telles qu'elles devraient tre.

CHAPITRE XVII.

Fte publique.

CHAPITRE XVIII.

Inauguration de la statue de Louis-le-Grand sur la place des
Victoires.--Description de la crmonie.--Pice de vers.

CHAPITRE XIX.

De l'ancienne salle de l'Opra.--Translation des acteurs au thtre
Favart.--Ncessit sentie d'une salle provisoire.--La salle de la rue
Richelieu ne doit pas tre regrette.--Quel emploi convenable on et pu
faire de cet difice.--Quelques mots sur Monseigneur le duc de
Berri.--Anecdotes et rapprochemens singuliers.--De la nouvelle
salle.--Censure piquante et nave d'un homme du peuple.--Mot heureux
d'un littrateur trs-connu.--Pourquoi l'on a choisi et prfr l'htel
Choiseul pour y mettre l'Opra.--Facilit de mieux placer ce thtre.--
quel difice de Paris ressemble la faade de la nouvelle Acadmie de
musique.--Faade latrale de la rue Pinon.--Quelques abus dtruits,
d'autres conservs.--Intrieur de la salle.--Usage accidentel des
cinquimes loges.--Grandes loges.--Parterre trs-commode.--Lustre
magnifique.--Foyer.

CHAPITRE XX.

La salle d'Opra provisoire rend indispensable un thtre solide et
durable.--La France est lasse de colifichets.--Quelles sont les raisons
de ce dgot?--Colyse antique.--Les obstacles  l'rection d'un opra
permanent doivent tre nuls.--Singularit.--Projets.--Panoramas de la
scne perfectionns.--Vaucanson modernes.--Moyen d'assainir la
salle.--Illusions en tout genre.--Thtre de Bologne, de Milan, de
Parme.--Il est  craindre que le provisoire ne soit
incommutable.--Concours, non des lves architectes, mais des artistes
matres pour une salle dfinitive.

CHAPITRE XXI.

Emplacement d'un thtre durable.--Projets du prince de Ligne,
magnifiques, mais impossibles.--Notice sur cet amateur des
arts.--Quartier superbe de Paris, si l'on et suivi ses plans.--Arc de
triomphe de l'toile, l'achever et le consacrer  la
paix.--Champs-lyses.--Comment les embellir.--Planter des jardins
d'hiver, qui manquent  Paris.--Jardins d'hiver de Vienne et de
Ptersbourg.--Description de ceux qui se trouvent dans cette dernire
ville.--Esprances de l'auteur.--Rfutation du plan d'un homme de grand
mrite.--Monument de la Bourse.

CHAPITRE XXII.

Philomnor au spectacle de l'Opra.--Ses nombreuses questions.--Acteurs,
actrices.--MM. Drivis, Bonnel, La Feuillade, Nourrit, Adolphe, Las,
Dabadie, Lecomte.--Anecdote sur Lavigne.--Mmes Branchu, Grassari,
Javareck.--Les doublures jouent plus souvent que les premires
cantatrices.--Admirable talent de Mme Albert, qui, depuis sa rentre,
n'a pas eu de rle dans les pices nouvelles.--Rsultat fcheux du cong
sec donn  Mme Fay.--Trait aussi ridicule que dsavantageux entre la
direction du thtre de Londres et celle de l'Opra de Paris.--Chef
d'orchestre.--Les instrumens couvrent beaucoup trop les
voix.--Rcompense propose pour une ingnieuse
dcouverte.--Pirouettes.--MM. Paul, Albert.--Danse grave.--Singuliers
contrastes.

CHAPITRE XXIII.

Art mimique.--Son origine.--Rhume d'Andronicus.--Systme admirable des
immortels abbs de l'pe et Sicard.--Rflexions d'un
encyclopdiste.--Mmes Heinel, Guimard, Gardel et Clotilde.--On doit la
perfection de la pantomime  Mlle Bigottini.--Portrait de cette actrice
dans le ballet de Clari.--Mmes Courtin, Fanny Bias, Anatole,
Marinette.--MM. Albert, Montjoie, Ferdinand.--Pantomimes de MM. Franconi
dans leurs tournois.

CHAPITRE XXIV.

Promenades nouvelles de Philomnor dans certains quartiers de
Paris.--trange malpropret.--Chantiers de la capitale.--Ponts sans
cesse obstrus.--Abus toujours renaissans malgr les
ordonnances.--Relguer strictement certaines professions dans des
marchs communs.--Raisons de cette mesure.--Fontaine de
Grenelle.--Colonnade du Louvre.--Intrieur et cour du mme
palais.--Guinguettes et magasins de pltres-modles.--Carrousel.--Salle
de runion des trois pouvoirs.--Plan de ce temple des lois.--Faire
disparatre les mnageries de ce quartier, et pourquoi.

CHAPITRE XXV.

Quelques rflexions sur les fondateurs de nos principaux
monumens.--cole Militaire.--Quelle pourrait tre sa destination.--Champ
de Mars.--Y lever des amphithtres.--En entretenir et en planter les
terrasses.--Utilit de ces rparations.--Mot trs-vrai de M. de
Lacretelle sur nos ftes publiques.--On doit conserver les difices
levs pendant la rvolution.--Il faut leur imprimer des formes
royales.--Colonne de la Place Vendme.--Arc de Triomphe du
Carrousel.--Tuileries.--tonnement trs-fond de Philomnor.--Statues
des niches et portiques du Palais, des Jardins et Bosquets.--Raliser un
projet de M. le duc de Lvis.--Surveillance trop peu svre au
Carrousel, et en quoi.--Jours de
revue.--Saint-Cloud.--Versailles.--Dvastations non rprimes dans les
parcs et parterres de ces rsidences.--Bains d'Apollon
viols.--Rocailles et ornemens des bosquets ferms et
publics.--Colonnades du Chteau.--Les vrais moyens de restauration n'ont
point t employs dans les bois dtruits en 1815.--Accidens arrivs aux
monumens de Paris.

CHAPITRE XXVI.

Guichets des Tuileries.--Passages infects par des
immondices.--L'invention de M. Dufour, perfectionne par de nouveaux
essais, devrait tre gnralise dans tout Paris.--clairage mesquin du
Palais, les jours de rception.--Projet plus digne de la majest du
lieu.

CHAPITRE XXVII.

Philomnor se rend  Feydeau.--La scne de ce thtre a trop peu de
profondeur.--Les pices anciennes devraient tre remontes 
neuf.--Dcouvertes de M. Paul.--Opra d'_Aline_.--Projet de vritables
illusions.--Foyer.--Actrices.--Mmes Lemonnier, Boulanger, Paul, Leclerc,
Casimir, Pradher, Rigaut, Letellier, Desbrosses, Belmont.--Regrets sur
Mme Duret.--Mme Lemonnier et M. Martin, dans _les Voitures
verses_.--Mme Boulanger dans _Emma_, et Mme Pradher dans _le
Solitaire_.--Tableau trs-difiant de ce thtre.--Note sur les moeurs de
l'poque.--En dpit de Huet, Visentini, Ponchard, Alexis et Darancourt,
on s'aperoit qu'il y manque un Elleviou.--cole mutuelle de chant.--Ses
avantages, ses inconvniens.--De belles voix ne suffisent pas  ce
thtre.--Acteurs propres  remplacer Elleviou.--Anecdote sur
Lecomte.--Notice sur Elleviou.--Gots de nos grands acteurs pour la vie
champtre.--Description de la maison de campagne de Larive.--Quelques
mots sur les jardins de Talma.--Anecdote singulire sur Larive.

CHAPITRE XXVIII.

Palais-Royal.--Passages vitrs.--Muse des rues.--Enseigne.

SUITE DU PALAIS-ROYAL.

Souterrains anciens et modernes.--Maisons de jeu.--Embellissemens,
jardins suspendus.

TOME II.

CHAPITRE XXX.

Premier Thtre-Franais.--Mot du prince de Ligne et de
Voltaire.--Ancienne salle.--Abus.--Salle nouvelle.--Anecdotes.--Examen
critique des dcors.--Acteurs, actrices.--Moyen nouveau de recruter des
sujets.--Foyer.--Rcompense  dcerner.--Rgulus.--Clytemnestre.--Sylla.

CHAPITRE XXXI.

Filles publiques du Palais-Royal, des boulevards de Gand et des
Varits.

CHAPITRE XXXII.

Les Catacombes.--Grotte sacre.--Cimetire du Pre Lachaise.--Abus
rvoltant.--Constructions ncessaires.--Plantations et rparations
convenables.--Fte funbre.--Anecdote.--Pice de vers.

CHAPITRE XXXIII.

Place Royale.--Fosss de la Bastille.--Greniers d'abondance.--Leur
incontestable utilit.

CHAPITRE XXXIV.

Jardin royal des plantes.--Lacune remarquable.--Projet utile  la
botanique.--Serpent  sonnettes.--Anecdote.

CHAPITRE XXXV.

Suite du mme sujet.--Valle suisse.--Rflexions
philosophiques.--Montagnes.--Belvder.--Projet d'hommage aux amateurs de
la nature.--Amliorations possibles.--Un jardin de Kew en France.

CHAPITRE XXXVI.

Htel Bazancourt.--March aux vins.--Quelques rflexions sur les travaux
publics.

CHAPITRE XXXVII.

March aux fleurs.--Fabriques ncessaires.--Plantations
exotiques.--Avantages qui en rsulteraient.

CHAPITRE XXXVIII.

Caf Procope.--Odon.--Boutiques.--choppes.--Anecdote
anglaise.--Artistes usurpateurs.--cole de Mdecine.--talages ambulans.

CHAPITRE XXXIX.

Affiches, placards.--Mot de Mercier.--Plaisans contrastes.--Cration de
compagnies de police, et d'un nouvel inspecteur des monumens.--Fosses
inodores; gaz hydrogne.--Preuves de ses inconvniens.--Avantages et
dangers des nouvelles dcouvertes.

CHAPITRE XL.

Salle de l'Odon.--Mesquinerie des dcors.--Acteurs tragiques.--_Vpres
Siciliennes._--Mlle Georges.--Victor.--Mlle Anas.--Perrier.--Mlle
Millen.--Marivaudage.

CHAPITRE XLI.

Embarras de Philomnor au sortir du spectacle.--Quinquets
rflecteurs.--Nouveaux anathmes contre certaines expriences.--Moyens
de faire disparatre les abus.--De la voierie de Paris.--Nouvelles
attributions de l'inspecteur des monumens et des compagnies  ses
ordres.--Leur formation, leur organisation, leur traitement, leur
occupation journalire.--Extinction de la mendicit en France.

CHAPITRE XLII.

Description d'un des cafs de Paris.--Limonadiers.--Garons
servans.--Les cristaux, la brillante argenterie, les moellons de sucre
ne doivent pas sduire.--Cafs lyriques.--Ce genre a peu de succs 
Paris.--Caf Italien.--Tortoni, sa prosprit.

CHAPITRE XLIII.

Obstacles qui s'opposent aux succs des cafs
chantans.--Socits.--Thtre Italien.--Vaudeville. Salle, dcorations,
actionnaires.--Acteurs.--Raison de la dcadence de ce
thtre.--Gonthier.--M. Dsaugiers.--Gravelures.--Claqueurs solds.

CHAPITRE XLIV.

Thtre des Varits.--Acteurs.--Potier, Vernet, Tiercelin,
Bosquier-Gavaudan, Le Peintre, Mmes Flore, Gonthier, Pauline,
Jenny-Vertpr.--Faade grecque.--Intrieur de la
salle.--Pices.--Rforme.--Claqueurs.

CHAPITRE XLV.

Mlodrames de la Porte Saint-Martin, de la Gat et de
l'Ambigu-Comique.--Franconi.--Gymnase.--Panorama-Dramatique.

CHAPITRE XLVI.

Panorama.--Diorama.--Vie dlicieuse d'un amateur des arts 
Paris.--Ftes champtres.--Maisons de campagne.--Maisons de
sant.--Jardins publics.--Anecdote.--Abus  rformer.

CHAPITRE XLVII.

Fte de la Rosire.

CHAPITRE XLVIII.

Domestiques.--Grands restaurans.--Les gastronomes.--Dner de jeunes
gens.--Cuisines en plein air.--Restaurans de la moyenne
proprit.--Tailleurs  la mode.--Demoiselles de salle.--Leurs
caquets.--Leurs habitudes.

CHAPITRE XLIX.

Socit de Paris.--Philomnor est introduit chez une Mme de
Valmont.--Son attachement pour cette dame.--Caractre du jeune
Grec.--Ses succs dans le monde.--Fte donne chez Mme de
Valmont.--Prsens et pice de vers.--Description d'un htel.--Une sance
royale.--Esprances de Philomnor pour le bonheur de sa patrie.--Note
critique sur des usages de la cour en France.

CHAPITRE L.

Discussion sur la cause des Grecs et des Turcs.--Lgitimit des
Ottomans.--MM. de Bonald, Condorcet.--Bacon.--Les Comnnes.--Droits des
Bourbons au trne de Constantinople.--L'intrt politique et l'intrt
mercantile reconnaissent seuls la lgitimit turque.--Mesures du
gouvernement anglais relatives aux Sept les.--Dfense de
l'Angleterre.--Conqute de l'Inde, facile pour la Russie.--Motifs de
l'insurrection grecque.--Les Grecs ne sont point des
carbonari.--L'quilibre de l'Europe, dtruit, peut tre aisment
rtabli; moyens.--Selon certains Anglais, les Grecs ne sont propres qu'
l'esclavage.--Rclamation de Mme de Valmont  ce sujet.--Peinture du
srail actuel de Constantinople, d'aprs le fidle rcit d'un des
mdecins de Sa Hautesse.

CHAPITRE LI.

Reproches peu fonds faits aux Grecs anciens, et rplique dcisive  ce
sujet.--Comparaison entre les arts de l'gypte et ceux de la Grce.--Les
Grecs modernes ne sont point trangers aux connaissances utiles, aux
sciences et aux lettres.--De leur littrature.--Cause de l'insurrection
de la Grce.--Avantages dont ils jouissaient avant la
rvolution.--Nouvelle accusation relative  leurs privilges.--Leur
dfense.--Ali.

CHAPITRE LII.

La politique chauffe de plus en plus les ttes.--Mme de Valmont
interrompt brusquement la conversation.--Abus dans les
spectacles.--Dclamation.--Costumes, dcorations, jeux de scne.--Le
Kain.--Les rformes qu'il a introduites pour la tragdie doivent avoir
lieu pour la comdie.--Outrage sacrilge fait impunment par les acteurs
aux pices de nos grands matres.--Coutre-sens complet dans certaines
reprsentations.--Concerts spirituels, devenus, avec les courses de
Longchamp, les jeux olympiques de la France.--Obligation  imposer  MM.
les comdiens du Roi.--Invraisemblances notables sur la scne.--Quelques
avis  MM. les acteurs et actrices.--Mlle Mars.--Joanny.--Mlle
Duchesnois.--Mlle Georges.--Absence de la musique aux reprsentations
extraordinaires.--Rpertoire musical.--Abus difficiles  faire
disparatre, et pourquoi.--Moyens d'y remdier.--Organisation nouvelle
des thtres royaux, favorable aux auteurs, aux acteurs, et au
public.--Mot de Francklin.

CHAPITRE LIII.

Bal.--La passion du jeu l'emporte sur celle de la danse.--Peinture
gnrale de la socit des salons.--Certains usages ont disparu et fait
place  d'autres.--L'cart fait fureur.--Les charades en action passes
de mode.--Les comdies et petits opras trs-en vogue sur les thtres
de campagne.--Charme des socits de la capitale.--Des _Album_.

CHAPITRE LIV.

Au milieu de la fte, Philomnor reoit des dpches de la Grce.--Il
veut quitter la France.--Son dvouement  son pays.--Affreux malheurs de
la Grce.--Reproches que mrite l'Europe  ce sujet.--Philomnor rclame
pour sa patrie l'appui de la France.--Avantages qui en rsulteraient
pour elle.--Voeux du jeune Grec.--Ses touchans adieux.




INTRODUCTION.


Encore un tableau de Paris! diront peut-tre quelques censeurs.
S'agit-il des moeurs du temps, d'anecdotes, de monumens, de reformes
utiles, d'embellissemens nouveaux? L'auteur croit-il que nous avons
oubli le Siamois de Dufresny, l'Espion turc, les Caractres de La
Bruyre, les Lettres persannes de Montesquieu, les Essais de Duclos, les
deux Tableaux de Paris de Mercier, le petit Tableau de Mme de Sartory,
et l'Ermite de la chausse d'Antin?

Nous apprendra-t-il quelque chose de plus que le pre Flibien, Andr
de Valois, de Lamarre, Ramond du Pouget, l'abb le Boeuf, le clbre
Sainte-Foix, le prince de Ligne, les Mmoires historiques de Soulavie,
le Tableau historique et pittoresque de Paris, de M. de Saint-Victor, et
l'Histoire civile, physique et morale de Paris, de M. Dulaure?

 toutes ces questions, spcieuses en apparence, la rponse est facile.
Je demanderai,  mon tour, s'il ne reste rien  glaner aprs la riche
moisson faite par ces crivains? Si quelques pis prcieux ne sont point
demeurs inaperus et cachs dans un champ aussi vaste; ou plutt si de
nouvelles cultures n'exigent pas dans ce moment de nouvelles mditations
et un nouveau travail? Si Paris, enfin, n'offre pas, au moins tous les
dix ans, un aspect diffrent, des scnes continuellement varies? Et je
n'en veux pour preuve, que les deux tableaux de cette capitale composs
par le plus grand observateur du sicle dernier, que j'ai dj cit,
tableaux dont les couleurs et les nuances sont si fortement opposes.
Malheureusement la postrit s'indignera en voyant que les deux crits
de cet illustre penseur ont t tracs par une plume originale, il est
vrai, mais trop souvent trempe dans la fange, le fiel et le sang;
lorsque dans le dernier crit surtout, une quitable justice et des
souvenirs rcens devaient inspirer au peintre les sentimens d'une
gnreuse piti, et lui prescrire un saint respect pour d'pouvantables
catastrophes et les plus augustes malheurs.

Plus heureux dans cette esquisse, je vais retracer une poque o les
principes d'un gouvernement rparateur, jaloux de conserver et de
perfectionner ce qui existe, font esprer les rformes les plus
importantes de toutes les espces d'abus. La France peut justement tre
compare  un arbre courb par le plus terrible orage, et qui, en se
redressant, lve une tige plus superbe, et s'affermit de plus en plus
sur le sol natal, en jetant au loin de profondes racines; l'objet le
plus essentiel est maintenant d'en diriger sagement les formes, d'en
retrancher  propos les branches parasites qui en absorberaient
inutilement la sve, en compromettraient la vigueur, et finiraient par
en dtruire la majestueuse beaut.

Mais de quoi cet auteur se mle-t-il? vont s'crier encore certains
tres habitus  ne s'carter jamais d'une routine vulgaire? Quelle
suffisance! Quelle prsomption! Quelle prtention orgueilleuse! diront
ces contempteurs de toute salutaire rforme; gostes pour qui tous les
abus sont sacrs lorsqu'une main prudente veut y porter la cogne;
surtout si ces abus sont embellis par les illusions et les souvenirs de
leur jeunesse! Pourquoi tous ces changemens? ajouteront ces hommes qui
n'estiment le prsent qu'autant qu'il ressemble au pass; ces hommes qui
plutt que d'y rien innover, trouvent tout bien dans le meilleur des
mondes possibles; et qui croient avoir suffisamment rpondu  une utile
censure par ce peu de mots: De mon temps, cela tait ainsi; jadis, cela
s'est toujours vu. Quelle critique enfin ne feront-ils pas de cet
ouvrage o je heurte avec tant de hardiesse leurs opinions
stationnaires. Je crois les entendre me lancer de nouveaux sarcasmes
avec un chagrin mal dissimul. Quel est donc, continueront-ils, ce
tmraire qui prend si hautement le ton de rformateur? A-t-il tudi 
fond le sujet qu'il traite? Connat-il toutes les rgles de l'art? Son
got est-il assez sr, assez exerc?...

Eh! messieurs, un peu d'indulgence, et daignez couter un auteur
modeste, qui promet d'avance de souscrire  vos rclamations, pourvu que
le public, qu'il prend pour arbitre, les trouve solides et raisonnables.

Si je m'rige en Aristarque, si j'ai dnonc de nombreux abus[1], je
n'en conserverai pas moins une sage dfiance de mes forces, et cette
svre impartialit dont un auteur qui se respecte ne doit jamais
s'carter. La justice sera toujours mon guide; aucune passion vile
n'aura guid ma plume, je pourrais dire mes pinceaux, si mon ouvrage est
moins l'itinraire sec et aride d'un voyage, qu'une galerie de tableaux
o tout vit et respire.

L'amour du vrai beau, le sentiment des convenances, l'amlioration des
moeurs, le perfectionnement des arts, sont les motifs qui m'ont engag
dans la carrire varie que je vais parcourir. Voir, observer,
rflchir, comparer, raisonner, juger en dernier ressort, classer mille
objets divers, marier par des nuances imperceptibles tant de couleurs
opposes, peindre enfin avec une scrupuleuse fidlit; telle tait la
tche que je m'tais impose: c'est au public  juger si je l'ai
remplie.




VOYAGE D'UN JEUNE GREC  PARIS.




CHAPITRE PREMIER.

Philomnor n  Rhodes, fait ses tudes  Athnes.--M. Fauvel.--Le jeune
grec quitte l'Achae.--Il se retire  Parga.--Il abandonne la Grce.--Il
fait voile pour l'Italie.--Il parcourt les tats de cette presqu'le; il
se rend en Hollande et en Angleterre.--Il arrive en France et s'y
fixe.--Son enthousiasme pour ce beau royaume.--Abus nombreux qui
dtruisent son enchantement.--Son indignation.--Ses reproches
trs-fonds.


En mil huit cent vingt un je fis  Paris la connaissance d'un jeune
Grec, dont la famille tait originaire de l'le de Rhodes. Cette
liaison, fort agrable sous mille rapports, fut en quelque sorte la
cause accidentelle de ce petit Panorama de Paris. N dans l'opulence,
Philomnor employa ses richesses  s'instruire; aprs avoir parcouru les
grands tats du nord de l'Europe, une partie de l'Asie, de l'gypte et
les les de l'Archipel, il s'tait fix dans la ville d'Athnes, o le
clbre M. Fauvel prit plaisir  faire natre dans cette me neuve et
susceptible des plus vives impressions et des plus nobles sentimens, un
got passionn pour les belles-lettres et les arts. Presque toujours le
studieux lve accompagnait l'illustre antiquaire dans ses recherches
savantes; et les momens qu'il ne donnait pas  la littrature grecque,
latine et franaise, taient employs  contempler les monumens que le
temps et la barbarie avaient pargns. Souvent, ds l'aurore, on le
surprenait seul, et comme en extase, devant le Parthnon, les Propyles
et le thtre d'Athnes[2].

Un matin, lord Elgin interrompt ses mditations; tout d'un coup des
chafauds sont dresss, et notre jeune amateur voit briser, en peu de
temps, sous le marteau des Anglais, la corniche du temple de Minerve, et
tomber en mille morceaux les bas-reliefs magnifiques de Phidias, dont
les dbris furent depuis transports  Londres. Triste spectateur de
l'enlvement de ces marbres, nagures si prcieux, maintenant si
horriblement mutils[3], et de ces pompeuses colonnes[4] remplaces par
des maonneries grossires, son coeur est ulcr, sa tte est exalte; en
proie au chagrin le plus violent, il veut quitter ces lieux, qui pour
lui n'avaient plus les mmes attraits, ces lieux o chaque jour
clairait de nouvelles spoliations[5].

En fuyant cette scne de ruines, qu'un faux amour des arts avait
multiplies, Philomnor crut trouver un adoucissement  ses peines, en
se retirant  Parga qui, soustraite par le courage de ses guerriers aux
tyrans de la Grce, avait su conserver, au sein du plus affreux
despotisme, son culte, ses lois et son indpendance. Les malheurs[6]
essuys par cette ville hroque l'obligrent  s'loigner entirement
d'un pays dont le bonheur semblait s'tre envol pour jamais.

D'autres raisons l'y dterminrent. Comme l'immortel Visconti migrant
de sa patrie pour suivre, sous un ciel tranger, les chefs-d'oeuvre des
arts, l'Apollon, le Gladiateur, le Laocoon; Philomnor, tourment par de
doux et touchans souvenirs, voulut revoir encore une fois, en
Angleterre, les objets de ses regrets et de ses admirations; il brlait
aussi de connatre la France, dont son premier instituteur lui avait
fait une si riante peinture.

Je traversai, me dit-il, cette Italie si renomme, o le dieu de
l'harmonie a plus qu'ailleurs ses ministres et ses autels; je fus frapp
de surprise  la vue de ses majestueuses antiquits et de ses lgans
monumens modernes. Je m'embarquai  Gnes, et je fis voile pour la
Hollande et l'Angleterre. J'eus  peine le temps de connatre les moeurs
de ces diffrens pays. Cependant je fus singulirement tonn des
bizarres prcautions inventes par la jalousie italienne, que dans vos
dernires guerres mit si souvent en dfaut la galanterie franaise. Je
le fus davantage de la grave indiffrence des Hollandais, dont plus
d'une fois j'aurais eu l'occasion de profiter. Je ris encore, lorsque
j'y songe, de la _susceptibilit grande_ et de l'honneur intress des
maris Anglais qui, jusques dans les hautes classes de la socit, ont la
bonhommie de croire que quelques pices d'or indemnisent et ddommagent
suffisamment d'un affront indlbile chez la plupart des nations
civilises. Cela ne doit gure surprendre chez un peuple qui tolre
encore l'usage, plus que barbare, de faire des femmes, mme lgitimes,
argent et marchandise. Les exemples en sont rares, disent les dfenseurs
de l'Angleterre; excuse frivole, puisqu'ils ont eu lieu dans le sicle
o nous vivons[7]: aussi ai-je t enchant en apprenant que les auteurs
comiques de vos petits thtres se sont montrs les vengeurs du beau
sexe de cette le. Ils ont fait justice de cette coutume turque ou
algrienne; en traduisant sur la scne ces poux maussades et parjures,
vos gais troubadours les ont livrs  la rise d'un public indign[8].

Dgot bientt de l'Angleterre, je restai peu de temps  Londres. Le
_British Musum_, objet de mon plerinage, m'ayant caus plus de douleur
que de consolation, je htai mon dpart. On sait dans cette le vgter
aussi bien qu'ailleurs; mais on ignore l'art dlicat d'y jouir de la vie
comme  Paris. C'tait donc avec raison que je dsirais ardemment
visiter ce royaume et cette capitale, qui sont devenus pour moi une
nouvelle Grce et une nouvelle Athnes. Avec quel inexprimable plaisir
je considrais autrefois les temples, la tribune, les palais, les
cirques, les thtres de la patrie adoptive dont je me suis
volontairement exil! mais ces lieux taient muets! O sont, m'criai-je
alors, o sont les ftes, les jeux, les danses, les courses, les luttes,
les combats et les prix donns aux vainqueurs?  douleur! tout a
disparu! Que dis-je? un peu de cendre froide dpose dans quelques
urnes de porphyre, c'est, hlas! tout ce qui reste des nombreuses
gnrations de tout un peuple! Un ternel silence, interrompu seulement
par le chant du Turc, le souffle des vents, le mugissement des mers et
le balancement des forts de lauriers, y remplace la voix loquente des
Eschille et des Isocrate, les brillantes dclamations des Sophocle et
des Aristophane, et les applaudissemens de citoyens parvenus au plus
haut degr de la civilisation. En France, mes illusions et mes souvenirs
ont t raliss. Dans la seule France, j'ai retrouv la sagesse du
portique et du lyce, les moeurs, les gots, les usages, les talens, les
chefs-d'oeuvre de l'antiquit la plus vante, et une varit de
jouissances que nos anctres n'avaient pas mme os souponner. L, j'ai
convers avec les plus grands hommes dans tous les genres; les Solon,
les Dmosthne, les Pricls, les Miltiade, les Euripide, les Socrate,
les Alcibiade, les Zeuxis et les Phidias de votre sicle. Une noble
mulation me saisissait en les coutant. J'aurais voulu m'approprier
leurs connaissances diverses, pour mieux sentir toutes les beauts de
ce pays, o le gnie oriental semble avoir transport tous ses trsors.

Tel tait l'enthousiasme de mon jeune Grec; au bout de quelques mois son
enchantement parut s'vanouir comme un songe; dou d'un esprit
extrmement juste, ses voyages avaient form son got et lui avaient
donn sur toute chose un tact aussi sr qu'il tait exquis. Sans cesse,
je le voyais se recueillir, et pour ainsi dire s'enfoncer dans ses
rflexions; sans cesse, il raisonnait, il comparait et finissait souvent
par censurer ce qui d'abord l'avait bloui. Fortement attach aux
principes d'un beau rel et permanent, et d'un beau fictif et idal,
qu'il avait puiss dans l'tude des merveilles antiques, ces principes
taient devenus pour lui la base constante et invariable de tous ses
jugemens et de toutes ses observations; si quelquefois j'osais me moquer
de la futilit de certaines critiques, il fronait le sourcil, et me
disait avec une espce d'indignation: Vous savez, crer, mais vous ne
savez pas conserver; et dans les monumens qui appartiennent  un peuple
moderne, je ne connais point de beau vritable sans la conservation.
Vous tes des barbares, ajoutait-il, en riant; j'aurais pour vous plus
d'indulgence, si vous aviez moins de moyens pour devenir parfaits; et
voil prcisment ce qui vous rend inexcusables  mes yeux.




CHAPITRE II.

Philomnor assiste  une sance publique de l'Institut.--Ses ides sur
les salles intrieures de ce monument.--Ses questions.--Mes
conseils.--Pense de Platon.--Piron.--Faades extrieures.--Rflexions
de Philomnor  ce sujet.--Socit des Amis des arts.


Cependant,  mesure que nous visitions les monumens publics, nos
remarques devinrent plus tendues et plus importantes, et je crus que le
voyage  Paris de ce nouvel Anacharsis pouvait tre utile  mon pays.

Le lendemain de cet entretien, je le conduisis  une brillante sance de
l'Institut. O suis-je? s'cria-t-il, en voyant les Bossuet, les
Fnlon, les Sully, les Descartes et tant d'autres savans revivre en
marbre pentlique dans le sanctuaire des arts et dans ses parvis. Je me
flicite, ajouta-t-il, de retrouver ici les traits de Pascal, de La
Fontaine, de Corneille, de Racine, de Rollin, de Montesquieu; mais
pourquoi ce pidestal vacant n'est-il pas occup par cet lgant
Barthelemy, qui peignit si doctement les rpubliques de la Grce dans
les jours de leur splendeur? Pourquoi n'y puis-je considrer ce brillant
Choiseul-Gouffier, dont la plume lgre retraa si fidlement un peuple
esclave et dgnr au milieu des plus beaux sites et des ruines les
plus historiques?  peine pouvais-je suffire aux questions de mon
curieux tranger. Il voulait devenir un Lavater improvisateur; il
voulait reconnatre dans leur physionomie le genre de talent de chaque
acadmicien. Je lui dsignai MM. Dacier, Quatremere de Quincy, Sicard,
Cuvier, Denon, Lacpde, Raynouard, Villemain, Laya, Sgur, Pastoret,
Boissy d'Anglas, Campenon, Lemontey, Chteaubriand, Picard, Duval,
Raoul-Rochette et Rmusat; je l'engageai  se procurer leurs oeuvres pour
se complter une bibliothque qui runt l'agrable  l'utile.
L'Acadmie et l'assemble taient ce jour-l au complet: le nombre des
jolies femmes tait presque plus considrable que celui des hommes de
lettres. On n'avait lu que des morceaux de choix; et en les coutant,
personne n'avait dormi. Philomnor tait enchant; seulement il
regrettait qu'il n'y et point eu de musique. Quelques mlodieuses
symphonies taient, me disait-il, une galanterie indispensable pour les
dames. L'harmonie, selon le divin Platon, ajoutait-il, doit tre par son
heureuse influence[9] la compagne insparable de toutes les grandes
institutions, et,  plus forte raison, de toutes les runions publiques
et solennelles[10]. Nous avons entendu les discours qui ont t
couronns. Il serait bien qu'on nous ft toujours connatre les fragmens
les plus saillans des pices qui, sans obtenir le prix, auraient mrit
une mention honorable. Les Muses sont indulgentes; elles se plaisent 
consoler leurs favoris au milieu de leurs disgraces.

Lorsque je lui appris que sous le dme de la grande salle de l'Institut
taient autrefois placs les restes et la statue funbre du cardinal
Mazarin, Philomnor ne put s'empcher de s'crier: Qu'et dit votre
Piron s'il vivait encore? Aurait-on voulu faire une mauvaise
plaisanterie, en mettant l'Acadmie dans un tombeau?

Au sortir de la sance, Philomnor fut tonn de l'tat pitoyable des
faades extrieures de l'difice. Si des raisons d'conomie, me dit-il,
s'opposent, dans ce moment,  la cration de nouveaux palais destins
aux lettres, aux sciences et aux beaux-arts, rien au moins ne doit vous
faire ngliger la restauration ncessaire de ceux qui existent.

Votre projet, lui rpondis-je, ne peut tre prsent dans un moment
plus opportun; une association dont le but est d'encourager les
artistes, s'est forme rcemment dans Paris; compose des hommes les
plus illustres par leur naissance, leurs dignits et leurs talens, elle
vient d'obtenir l'insigne faveur d'avoir pour protectrice une auguste
princesse dont les arts font une des plus douces consolations[11].




CHAPITRE III.

Sur le bien que la Socit des Amis des arts peut produire en tendant
les premires attributions de sa
destination.--Palais.--Hospices.--Mendicit.--Fondation d'un htel des
Invalides religieux et d'un htel des Invalides civils.--Vers de
Gilbert.


Jamais socit ne deviendrait plus chre  la patrie, ajoutai-je, si ne
se bornant point  protger par des encouragemens quelques petits
chefs-d'oeuvre sur lesquels glisse lgrement l'oeil du vulgaire, elle
daignait s'intresser au rtablissement,  l'ornement,  la conservation
de ces grandes masses, de ces magnifiques difices, de ces superbes
monumens qui frappent d'tonnement l'amateur le moins exerc, et qui
font vritablement la gloire des monarques et des nations; si, en fixant
son attention sur ces palais enchants, sur ces somptueuses conceptions
du gnie franais, elle s'occupait encore de multiplier les simples et
modestes asiles dj tablis dans la capitale, o la pauvret
laborieuse pt exercer tous les genres d'industrie, o l'indigence
infirme trouvt des secours assurs; et si, par ces institutions
vritablement librales, elle russissait  dtruire le flau de la
mendicit[12], ce flau, la honte d'un peuple destin par la nature 
jouer un des premiers rles en Europe.

L'tablissement d'une autre maison de secours, absolument ncessaire en
France, d'une maison d'invalides religieux, destine  recevoir cette
classe d'hommes indispensables dans toute socit police, devrait tre
provoque par les vrais philanthropes, ne ft-ce que par respect pour la
dignit nationale. Je veux parler de la fondation dans chaque
dpartement, d'une maison d'asile ou de refuge pour les ministres du
culte de l'tat, infirmes ou sans emploi, et dans laquelle ils
trouveraient une existence assure et les premiers besoins de la vie
satisfaits. Une telle perspective pour leurs vieux jours les rendrait
moins rares; la morale y gagnerait, et ils en seraient plus respects.
Je crois connatre assez les Franais, pour tre convaincu qu'il n'est
pas mme un vrai philosophe qui ne me dt  ce sujet avec Trence: Vous
avez raison; _et nihil humanum a me alienum puto_. Mais o sont les
fonds? C'est la plus forte objection. O sont-ils? Je rpondrai: Tous
les Montyon[13] ne sont pas morts dans ce pays renomm par une
bienfaisance si journalire et si active.

Une fois l'tablissement ouvert et prpar par les soins du
gouvernement, la libralit des coeurs gnreux, et un franc seulement
pris chaque anne sur le traitement des prtres en activit[14],
auraient bientt assur les capitaux ncessaires pour l'entretien de ce
pieux hospice.

Peut-tre ne serait-il pas indigne de la patrie des lettres et des
arts, d'tablir dans les cinq grandes villes du royaume, Paris compris,
Lyon, Strasbourg, Nantes et Bordeaux, des htels d'invalides pour les
artistes et les hommes de gnie, rarement conomes, et par suite de ce
dfaut de prvoyance, malheureux dans leurs vieux jours. Il serait
honteux pour un sicle tel que le ntre, de voir un Homre[15], un Le
Camoens[16], un Le Tasse[17], un Cervantes[18], un Malfiltre[19], un
Dorvigny[20], un Dellamaria[21], un Gilbert[22], confondus dans un
hpital avec les derniers des humains. Alors aucun homme de lettres ne
serait plus autoris  rpter avec ce dernier pote, ces lamentables
vers:

     Au banquet de la vie, infortun convive,
     J'apparus un jour, et je meurs!
     Je meurs! et sur ma tombe o lentement j'arrive,
     Nul ne viendra verser des pleurs.




CHAPITRE IV.

Moyens faciles d'embellir Paris et d'en faire disparatre les plus
ignobles quartiers, tout en conservant les monumens les plus
remarquables.--Indication sommaire des principales antiquits de
Paris.--Plaintes fondes sur la destruction des plus beaux difices de
France.--Chteau de Chambord.--Comment on peut prserver les difices
clbres des ravages du vandalisme.--Fontaines de Paris.--Purification
des eaux.--Projets du docteur Do.--Nouvel difice thermal.--Tableau de
Paris, en suivant les plans de l'auteur.


De nouveaux tributs d'hommages seraient encore prodigus  la runion
des Amis des arts, si, autorise par des ordonnances royales, cette
socit proposait successivement, chaque anne, des transactions aussi
utiles, dans leur ensemble, pour le gouvernement, que lucratives, dans
leurs dtails, pour les particuliers.

Si cette socit, dis-je, engageait de riches capitalistes  se rendre
adjudicataires des plus ignobles quartiers de Paris, et  les rebtir 
neuf[23], sous la condition expresse de payer aux propritaires actuels
les indemnits fixes par de justes estimations; si, dans les
constructions nouvelles, on suivait constamment un plan o des rues
symtriquement alignes[25], o des places spacieuses dgageraient avec
une sorte de respect les anciens difices, mme les ruines[26], et
leurs prcieux dbris, qui seraient conservs et restaurs, lorsque de
grands souvenirs historiques et littraires se rattacheraient  leur
existence.

Je puis vous citer entre autres les Thermes de Julien dont un excellent
peintre, M. Bouton, a trs-bien esquiss dans un de ses tableaux le
genre de restauration convenable. On en pourrait faire une succursale du
Muse, et y placer les statues et les sculptures du Bas-Empire. Aucun
difice, mon cher Grec, ne serait plus propre  les recevoir.

Puisse-t-on ne jamais renverser ces tours antiques, restes du palais
des Clovis[27], et de Saint-Louis[28], la maison du chanoine
Fulbert[29], ces htels de la Trmouille[30], de Sens[31], de
Mesme[32], de Sully[33], de La Rochefoucault[34], de Beauvais[35],
Carnavalet[36], de Lamoignon[37], de Soubise[38] et de Lambert[39], o
dprissent des plafonds dcors par les Lebrun et les Mignard, dont les
peintures, si elles taient enleves par les procds connus, seraient
beaucoup mieux dans nos muses.

Puisse-t-on conserver et restaurer les portraits en fresque des
Duguesclin et des Montluc, prcieux par la ressemblance, et qui se
voyent dans l'enceinte extrieure de l'htel de la police! Puisse-t-on
arrter enfin la destruction des chefs-d'oeuvre[40] de nos plus
illustres architectes, des Bulland[41], des Mansard[42], des Le
Ntre[43], que des visigots n'achtent que pour les dpecer et les
abattre! Cela est assez difficile, me dit Philomnor. Cependant,
lorsque la ncessit ou le caprice des propritaires dtruit ces
monumens, on recueillerait avec avantage quelques-uns des plus beaux
dbris, pour les replacer dans les jardins paysagistes des chteaux de
la couronne. Ces ruines vritables vaudraient beaucoup mieux que ces
antiquits factices, nouvelles encore au bout d'un demi-sicle. Et cet
exemple, donn par le gouvernement, serait probablement suivi par les
Lucullus de votre patrie.--Ce serait prcisment adopter, repris-je,
le prcepte du clbre abb Delille:

     Mettez donc  profit ces restes rvrs,
     Augustes ou touchans, profanes ou sacrs;
     Mais loin ces monumens dont la ruine feinte
     Imite mal du Temps l'inimitable empreinte!

     DELILLE.

Hlas! j'ai vu tomber les crneaux et les tourelles du manoir de
Bayard, et la galerie de Richelieu[44]; j'ai vu raser le chteau de
Montmorency[45], et disparatre celui de Saint-Ouen[46]. Dans ce moment
on abat les magnificences de Chanteloup[47].

 Chambord!  sjour du pre des lettres! vos souvenirs antiques ne
s'vanouiront point pour les vrais Franais. Le triste voyageur ne
demandera point o furent vos fondemens, comme autrefois, j'ai cherch
moi-mme, au milieu des ronces et des pines, les vestiges des douze
palais du Soleil qui dcoraient Marly; dj cependant la hache des
vampires tait leve sur vous; dj la sordide avarice avait supput
mathmatiquement la valeur du fer, des plombs, des marbres, des
dcombres de vos tours royales, de vos somptueuses galeries, de vos
magnifiques appartemens. Le patriotisme des villes de France l'emporte
enfin sur les calculs de la plus basse cupidit; et l'hritage de
Franois Ier deviendra le patrimoine du jeune prince, qui, avec plus de
bonheur que le prisonnier de Pavie, fera briller parmi nous son hrosme
et sa grande me.--J'en accepte l'heureux augure, me dit mon Grec, en
attendant cette poque fortune, j'indiquerai un moyen pour conserver et
transmettre  la postrit la mmoire des lieux habits par vos glorieux
anctres. Ce moyen n'est pas nouveau, il a dj t mis en usage dans
plusieurs villes de France[48].

Je placerais le buste ou la statue d'un homme clbre dans l'endroit le
plus apparent de l'htel qu'il occupait, et j'crirais en lettres d'or:
Ici vcut Turenne; ici mourut Villars; l demeurait Mme de Svign; l
Mme de Maintenon; l Boileau crivit l'Art potique et ses belles
satires[49]; ici Racine composa Esther et Athalie[50], etc. Quel
Franais pourrait, sans une espce de sacrilge, effacer ces
inscriptions et dplacer ces vnrables images?--Votre projet,
repris-je, est excellent; il embellirait Paris, qui deviendrait encore
la plus saine ville de l'univers, si, pour complter ce systme de
salubrit, on excutait les plans du docteur Do, ce vritable ami des
hommes, titre si justement acquis par la plupart des mdecins franais,
dont l'hrosme pendant la paix, est aussi grand que celui de nos
soldats pendant la guerre. Il est fcheux, dit-il, dans une lettre
rcemment publie, et il peut devenir funeste que les deux pompes 
vapeur de Chaillot et du Gros-Caillou ayent leur prise d'eau dans la
partie la plus malsaine du fleuve, au-dessous des ports, des gots, et
si prs du foyer d'infection, qu'il est impossible que l'eau dans son
cours ait recouvr sa premire puret[51].

Sans doute dans l'tat actuel de la situation physique de Paris, le
service des fontaines (trop peu abondantes pour les besoins de ses
habitans), ne saurait se faire, ni plus srement, ni plus rgulirement
ou plus abondamment que par une machine  vapeur. Mais la question est
celle de l'emplacement de cette machine; et si, pour quelques bouts de
tuyaux de plus, on n'aurait pas d placer plutt la prise d'eau
au-dessus de Paris,  la hauteur de Bercy, et mme de Conflans, avant la
jonction de la Marne  la Seine, en construisant un chteau d'eau
lgant qui servirait  la dcoration de ces lieux, et qui par l'excs
de son niveau sur tous les difices de Paris, exigerait moins de
dpense, en donnant des rsultats plus avantageux.

Alors, au moyen d'un aqueduc, qui ne serait pas la vingtime partie
d'un des moins considrables de Rome, on donnerait aux habitans de la
capitale le bienfait inapprciable d'une eau vive et limpide que rien
depuis sa source n'altre notablement.

Il me semble, reprit Philomnor, qu'un spculateur aurait une ide fort
heureuse s'il tablissait un difice thermal prs de Bercy, dont les
eaux n'auraient certainement pas cette odeur fade qui vous frappe et
vous saisit en prenant des bains, soit au Pont-Marie, au Pont-Neuf, ou
prs le Pont-Royal.

Si les avantages d'un pareil tablissement, lui dis-je, sentis  la
seule rflexion, taient vants et recommands par nos premiers
docteurs, il serait bientt trs-frquent, surtout dans la belle
saison. Que de biens, mon cher Grec, rsulteraient du dplacement des
pompes  vapeur et des autres mesures que je propose! Paris, cette
mtropole des arts, dj si favoris par la douceur de son climat, par
son heureuse situation, par la varit des plaisirs et des jouissances,
acquirerait en moins d'un demi-sicle l'antique splendeur de Babylone,
de Perspolis, d'Athnes, de Rome et de Palmyre; ou plutt on croirait
retrouver ces villes dans son enceinte. Purifi par les eaux de
fontaines innombrables et salutaires, par la disparition totale de
maisons troites et entasses, de rues petites et immondes, dont les
vapeurs infectaient l'atmosphre, Paris perdrait son nom; ce ne serait
plus la Lutce de Csar[52].

L'air de la capitale, dsormais pur et salubre, ferait pour toujours de
cette admirable cit une nouvelle pidaure, o tous les peuples de la
terre viendraient chercher le bonheur et la sant.




CHAPITRE V.

Il faut tre constant dans l'excution des plans mrement rflchis et
arrts;--Purilit des dcors employs dans les ftes et crmonies
d'apparat.--Moyen d'y remdier.--Rtablir quelques rglemens de
l'ancienne Acadmie.--Combien il est dangereux de laisser sortir de
France des chefs-d'oeuvre introuvables.--Regrets de l'auteur sur leur
disparition et leur sortie de France.--Exemples frappans.--Collection
Fesch.--Magnifique Paul-Potter.--Armure du chevalier La
Hire.--Introduction en France d'une loi romaine
conservatrice.--Non-seulement il faut conserver, mais faire encore de
nouvelles acquisitions.--Anathme lanc sur certains artistes.--Moyens
de se procurer de nouvelles richesses en antiques.--Voyages en Grce, en
Italie, d'un homme clbre.--Esprances trompes des amateurs des
arts.--Facilit de dcouvrir de nouveaux monumens.--Pche monumentale du
Tibre.


Jamais la Socit des Amis des arts n'aurait, selon moi, plus de droits
 la reconnaissance gnrale, si elle faisait sentir que des plans une
fois arrts, d'aprs un mr examen, ne doivent plus recevoir aucune
modification des architectes qui souvent se succdent dans le mme
emploi avec une si grande rapidit, et que tant de passions diverses
portent  critiquer les oprations de leurs confrres.

Oui, j'oserai l'affirmer, sans cette constante persvrance  suivre
scrupuleusement des projets dfinitivement adopts, lorsqu'ils ont t
tracs par un homme de gnie, jamais nous n'aurons de beaux monumens,
parce qu'ils ne seront que le compos d'ides incohrentes[53], et non
le produit d'une ide simple et unique dans tous ses rapports. Cette
observation paratra d'autant plus importante, qu'on a propos, dit-on,
de faire subir les plus grandes mtamorphoses  certains embellissemens
de Paris dj fort avancs, tels que la fontaine de l'lphant, dont les
frais normes sont plus qu' moiti faits; monument qui, malgr les
censures, n'en serait pas moins digne de la nation franaise. On blme
les oeuvres de ses prdcesseurs; et les dessins, les travaux phmres
de certains artistes en place paraissent souvent tre le fruit de
conceptions puriles, comme il est ais de s'en convaincre en se
rappelant ces anges de planches dcoupes, ces fleurs en peinture que
l'on a vus si ridiculement figurer, depuis trois ans, aux reposoirs du
Louvre, lorsque la pompe des lieux exigerait exclusivement des statues
de bronze et des corbeilles remplies de tous les trsors de la
nature[54].

Perdons un instant de vue ces riantes crmonies. Dans ces
commmorations funbres qui doivent durer autant que la monarchie, quel
effet produisent ces catafalques, ces urnes, ces patres en bois peint
et argent? Je suis toujours plus surpris de ne pas voir  Saint-Denis
plus de vases d'argent ou d'albtre; un mausole, soit en stuc, soit en
tle moire, soit en pices de marbre, qu'avec quelques soins on
pourrait chaque anne ajuster ou dsunir  volont. Ces riches
accessoires s'accorderaient parfaitement avec les voiles de crpe, le
manteau d'or, de velours et d'hermine qui cachent  demi le sceptre, la
couronne et l'urne spulcrale.

Jamais la Socit des Amis des arts ne deviendrait plus prcieuse  la
patrie, si, en se rapprochant du but principal de son institution
primitive, elle procurait chaque anne de nouveaux modles aux artistes,
en empchant de sortir de France, par des achats bien entendus, tant de
chefs-d'oeuvre antiques et contemporains, que les estimations trop basses
des apprciateurs de nos muses et le plus dangereux cosmopolisme
laissent souvent passer  l'tranger, qui trs-sagement profite de nos
fautes. Rien ne prouve mieux combien il serait important de modifier la
composition de cette espce d'aropage rput presqu'infaillible, que
les faits que je suis  mme de vous conter, faits qui dmontrent que
leurs jugemens ne devraient pas tre sans appel. Un amateur, qui avait
besoin d'argent, mit en dpt un Van Dyk chez un fonctionnaire public.
Ce portrait fut estim valoir  peine huit cents francs par quelques
experts du Muse qui avaient t consults. Nonobstant cette faible
apprciation, le dpositaire, plus vrai connaisseur, prta six mille
francs, pour un temps indfini, au propritaire de ce tableau, qui,
quelques mois aprs, ayant probablement trouv l'occasion de le vendre
plus cher, le retira des mains du prteur, en lui remboursant
entirement la somme de six mille francs qu'il en avait reue. Voici
d'autres anecdotes que je puis garantir. Un magnifique Paul Potter tait
 vendre; et, comme l'on sait, nous n'en avons que deux au Muse du
Louvre et deux autres  l'lyse Bourbon. Au Louvre, un seul est achev;
le plus grand n'est qu'une belle esquisse: l'autorit fut avertie 
temps, elle envoya ses experts. Le Paul Potter fut visit, lorgn,
examin, battu  froid, la chose se devine; ce tableau ne sortait point
des magasins de ces messieurs, pas mme de ceux de leurs confrres; et
pendant qu'ils msoffraient, le possesseur de ce chef-d'oeuvre,
impatient de tant de pourparlers et de dlais, le vendit ou le troqua.
Il est, dit-on, pass en Allemagne. Par suite encore des mmes
temporisations, le Muse d'artillerie n'a pu recouvrer, malgr les
offres les plus sduisantes mais tardives, l'armure du chevalier La
Hire, frre d'armes de Jeanne d'Arc, armure dont l'authenticit
paraissait constate par une tradition[55] respectable. C'est
l'Angleterre qui possde maintenant ce prcieux trophe.

On a laiss acheter par la Russie, pour la somme modique de douze 
quatorze cent mille francs, une grande partie de la prcieuse collection
de la Malmaison, si riche en antiques, en tableaux de toutes les coles,
notamment en Claude Lorrain, en Paul Potter, en Rembrandt, en statues de
Canova, en rarets de toute espce. La Prusse a trait de la galerie
Justiniani, dont nous eussions pu nous rserver les morceaux les plus
remarquables.

 la vente du mobilier du cardinal Fesch, pour quelques mille francs de
plus ou de moins, nous avons perdu des bas-reliefs admirables, des vases
d'albtre fleuri[56], des statues, un buste de Cicron en marbre,
original unique, que lord Wellington a transport, dit-on, dans un de
ses palais en Angleterre. Cette anne, le superbe cabinet de M. Crawfurt
a t dispers peut-tre aux quatre coins de l'Europe[57]. J'ai eu mme
la douleur de voir les portraits des personnages les plus illustres,
peints par les plus grands matres des diffrens sicles et des
diffrentes coles, passer entre les mains de simples particuliers,
lorsqu'ils auraient d complter les collections du Muse, ou du moins
rentrer dans les chteaux royaux, dont la plupart taient sortis. Je
puis vous affirmer qu'un Amour bandant son arc, faisant partie de la
mme galerie, est pass entre les mains de deux artistes, et qu'il fut
peu de temps aprs marchand pour le roi de Prusse. Cet Amour se voyait
autrefois (en 1814) dans l'ancien Muse; la France laissera-t-elle
chapper ce chef-d'oeuvre? Si l'administration ne juge pas  propos
d'augmenter dans sa collection les oeuvres d'artistes dont elle possde
dj beaucoup d'originaux, au moins devrait-elle saisir l'occasion,
lorsqu'elle se prsente, de s'enrichir des productions des peintres ou
des statuaires dont elle n'a pas une seule composition, telles que
certains tableaux que j'ai vus dans les cabinets de M. de St.-Victor et
de M. Miron; je vous parlerai spcialement d'un tableau de genre qui m'a
paru trs-intressant[59]; il est vulgairement connu sous le nom des
Musiciens ambulans, par Ditrick; on croit y voir respirer les
personnages; le son de leurs instrumens semble sortir de la toile et
frapper votre oreille de la plus douce harmonie.

Ignore-t-on que nos marchands d'antiques possdent encore dans ce
moment beaucoup de meubles magnifiques, parfaitement conservs, et que
l'on voyait jadis au Louvre, sous les Valois, Henri IV et ses
successeurs, et qui seraient beaucoup mieux placs dans quelques
appartemens de Fontainebleau ou de Chambord, que ces meubles modernes
qui contrastent si mal avec l'architecture du sicle de Franois Ier,
tels entre autres, on nous a montr dans un seul magasin un magnifique
bureau renfermant une statue de jaspe et de pierres prcieuses; deux
ngres appartenant au genre de sculpture polychrome[60], offerts  Louis
XIV; un buste de Turenne par Coustou; un Voltaire dans sa jeunesse,
sculpt en marbre par Lemoine; enfin, une superbe colonne de granit
oriental, sortie de la galerie de Florence. Oubliera-t-on de conserver 
la France un des plus rares chefs-d'oeuvre de Van Dyk[61], celui du bazar
europen, et quelques-uns des plus marquans du Muse de la rue du
Temple[62]?

Pourquoi votre gouvernement n'introduirait-il pas en France, reprit
Philomnor, quelques dispositions d'un dcret pontifical trs-connu? Il
est rigoureux, j'en conviens, et mme il m'a beaucoup contrari dans mes
projets pendant le sjour que j'ai fait  Rome; en faisant subir  cette
loi conservatrice quelques modifications indispensables, elle devra vous
paratre infiniment sage. Qu'aucun objet d'art antrieur  ce sicle ne
puisse dsormais franchir vos frontires, et consquemment sortir de
France, sans une permission expresse d'une autorit comptente qui,
pralablement, exercerait une salutaire inquisition pour empcher que la
loi ne ft lude; que les directeurs de vos Muses de Paris et des
dpartemens obtiennent encore et conservent pendant un temps fixe, trois
mois, par exemple, aprs l'adjudication, non-seulement le droit de
prfrence, mais le droit de rmr sur les tableaux, statues,
bas-reliefs et autres productions des gnies antiques ou contemporains
et qui auront t lgalement exposs et vendus. Alors vous n'aurez plus
lieu de vous plaindre de ces enlvemens dsastreux, de ces dplacemens
et de ces dislocations si prjudiciables  l'art et au bonheur de la
patrie. Cette ide est bonne, lui dis-je; peut-tre se croira-t-on
autoris  vous faire une objection spcieuse en apparence. Ne
faudrait-il point plutt encourager les talens modernes; et surtout ces
jeunes talens dont l'aurore est si brillante, et dont la marche hardie
semble dpasser certains artistes qui les ont prcds? D'accord; mais
je ne vois pas de raison pour favoriser, au prjudice des grands matres
des sicles passs, le triomphe de ces hommes, qui, dans l'espoir de
vendre plus chrement les produits de leurs ateliers, souriaient, en
1814, au rcit de nos pertes et de nos dsastres, et qui, bien loigns
du patriotisme des Hippocrate et des Callot[63], n'ont pas rougi, (je
l'ai vu) d'avilir leurs palettes et de profaner leurs ciseaux... Oui,
vous-en conviendrez avec moi, quelque parfaites que soient leurs
compositions, jamais elles ne doivent faire ngliger l'acquisition des
chefs-d'oeuvre grecs, romains ou bataves, des Lysippe, des Raphal, des
Paul Potter. Que de monumens nouveaux la France devrait encore  son
gouvernement, si quelques fonds taient employs  explorer les environs
des villes o fleurirent jadis les colonies de la Phoce ou de l'Italie,
tels que les campagnes de Marseille, Nmes, Aix, et surtout Autun et
Avalon[64], o des urnes, des mdailles, des statues, des vases trouvs
chaque jour, font  juste titre souponner l'existence d'antiquits plus
prcieuses. Vous ne l'avez pas ignor, on a fait depuis la paix
quelques voyages lointains[65], on a publi une description brillante
des pays que l'on a parcourus, et comme moi, vous en avez senti tout le
mrite. Cependant, tait-ce bien ce seul avantage que nous dussions
esprer d'une expdition aussi dangereuse et de recherches aussi
pnibles? Parlons vrai; c'tait presque la Toison d'or que nous
attendions de ces nouveaux Argonautes.

Ah! comme notre esprance fut trompe! Nous y avons perdu un de nos
meilleurs peintres[66]; on nous a livr, comme je vous l'ai dit, des
mmoires trs-bien crits, trs-intressans, des panoramas trs-fidles,
lorsque nous comptions sur des monumens nouveaux, sur des monumens rels
qui pussent nous consoler de ceux que nous avions perdus[67]. Oui, des
monumens aussi ncessaires pour les Franais, que l'taient pour Rome
les festins et les cirques populaires. Le clbre voyageur dont je
parle, a rpondu d'avance  nos regrets: Le transport seul d'une tte
colossale de Thbes  Alexandrie, cote cinq cents guines au consul
d'Angleterre. La position de la France ne permettait pas de pareilles
dpenses[68].  ces raisons je n'ai point de rplique; mais dans le
dernier voyage fait en Sicile et excut sous des auspices protecteurs,
cette excuse ne paratra plus solide. N'aurait-il point t facile de
trouver dans les ruines de l'ancienne Syracuse[69] quelques
chefs-d'oeuvre jusqu'alors ignors? Je crois qu'il faudrait profiter
d'une circonstance favorable, pour continuer des explorations sur le
continent de la Grce, de l'Asie mineure, et surtout dans les les de
l'Archipel. Peut-tre qu'en dblayant, qu'en drangeant, en soulevant
ces masses normes de dbris amoncels par les sicles, peut-tre,
dis-je, qu'en creusant plus avant, on trouverait des morceaux capables
de ddommager des sommes consacres  ces utiles travaux: une pareille
entreprise ne donnerait point aux Franais la rputation d'un lord
Elgin; ils auraient march sur les traces d'un Lon X, d'un Sixte-Quint
et d'un Clment XIV. Quel savant[70] serait plus en tat de remplir
cette commission dlicate que le jeune voyageur qui le premier dcouvrit
la Vnus de Milo? Son ardent amour pour la botanique et les arts, que
nous avons t  mme d'apprcier; ses vastes lumires, son discernement
exquis, son zle infatigable pour multiplier en France les produits de
la nature et des gnies antiques; enfin son patriotique
dsintressement, serait le gage de succs trs-assurs et trs-peu
dispendieux.

On serait, je le prsume, plus heureux qu' la pche monumentale et
infructueuse faite dans les eaux du Tibre. Les actionnaires n'ont pas
russi dans cette opration, et cela se devine facilement[71]: on n'a
point trouv de bronze, parce que le bronze se fond, se convertit en
monnaie et ne se jette point ordinairement dans un fleuve,  moins que
vous n'accusiez de cette sottise les factieux du Bas-Empire, chez qui la
passion ne laissait pas mme raisonner l'intrt, ou ces hordes de
barbares stupides qui plusieurs fois ont saccag la ville ternelle. Les
eaux rousses du Tibre, imprgnes de matires corrosives, ont
probablement dtruit, aprs des sicles, les marbres et les porphyres
que cent rvolutions ont pu y prcipiter.

Cette explication me semble assez juste, reprit Philomnor, qui, en
disant ces mots, s'aperut que je l'avais insensiblement conduit au
Corps lgislatif.




CHAPITRE VI.

Corps lgislatif.--Observations de Philomnor sur ce palais.--Fameuse
ptition relative aux migrs.--Vues diverses de l'auteur  ce
sujet.--Lgre rtribution.--Domaines en Corse.--Statues de la salle du
palais.--Anecdote indite sur le buste de Louis XVII.--Voeux de l'auteur.


Aprs avoir considr l'ensemble du temple des lois: Entrons, dis-je 
mon compagnon de voyage; cela n'est pas ordinairement trs-facile. Sous
le frivole prtexte d'une augmentation de dputs[72], on a jug 
propos, depuis peu et sans aucune ncessit, de faire disparatre des
tribunes trs-commodes et qui ne devaient nuire  personne; on en a
conserv d'autres trs-leves d'o l'on voit mal, d'o l'on entend
difficilement nos meilleurs orateurs; il faut croire que l'on
reviendra[73] sur une mesure inutile et dsagrable pour les amateurs
de l'loquence parlementaire. Grce au costume tranger de mon Grec et
 une carte dont je m'tais muni, nous fmes introduits. Ce jour-l on y
lut une importante ptition adresse  l'assemble, et dont le but tait
d'adoucir le sort des victimes de la fidlit, je veux dire des martyrs
de la monarchie. Quelle proposition plus juste devrait tre accueillie?
me dit Philomnor; ce serait le vrai, le seul moyen de rparer toutes
les injustices, de cicatriser toutes les blessures, d'apaiser toutes les
haines et de mnager une rconciliation gnrale, en dissipant une bonne
fois toutes les inquitudes des nouveaux acqureurs, en calmant pour
jamais, par une transaction nationale, des remords que les lois n'ont
pas fait taire dans le secret des coeurs, au moment o la politique et la
ncessit consacraient l'incommutable jouissance des biens confisqus
et vendus.

Une rconciliation gnrale! m'criai-je;  mon cher Philomnor! quel
beau moment! quel heureux jour que celui o descendant de leurs bancs,
ne connaissant plus ni la gauche, ni la droite, ni le centre, oubliant
les rivalits d'opinion, les rixes scandaleuses, les antipathies
insenses, tous les Franais se tendraient des bras amis, des bras
fraternels, et s'embrasseraient,  l'ombre du trne conciliateur qui
aurait combl pour jamais l'abme des rvolutions! Mais quel moyen
serait ouvert pour indemniser convenablement tant d'infortuns, sans
froisser les intrts nouveaux? Ne serait-il point possible de prendre,
pendant une anne ou deux, quelques centimes sur l'impt foncier et
indirect, et de faire une retenue progressive sur les salaris de
l'tat? Une indemnit raisonnable aurait bientt des bases solides et
presqu'imperceptibles. Par l, les classes les plus riches de la
socit, les classes les plus intresses  conserver le bon ordre,
auraient contribu  ce grand acte d'quit, sans que la proprit
territoriale, dj si greve, l'et t beaucoup plus; et ceux qui
reoivent des honoraires du gouvernement, n'auraient pas lieu de se
plaindre, si, par un sacrifice momentan, ils avaient rendu
vritablement leurs places inamovibles, en se mettant pour jamais 
l'abri des commotions politiques qui en branlent souvent la solidit et
la permanence. Enfin l'honnte homme, l'ami sincre de son pays,
prouverait-il quelques regrets? Non, il ne croirait pas payer trop cher
la runion de tous les Franais.

Enfin, si mon plan n'tait pas entirement adopt, la concession des
immenses proprits[74] que possde le gouvernement dans quelques-unes
de nos les telles que la Corse, et qui, faute d'une culture soigne,
sont plus onreuses que lucratives, offrent encore d'autres moyens
d'indemnit. On sent qu'un pareil projet entrane ncessairement de la
part du concessionnaire l'obligation de fournir aux nouveaux colons des
avances pour les dfrichemens, et des encouragemens pour les
agriculteurs que les nouveaux propritaires seraient autoriss  y
conduire. Mais aussi, quels prodigieux avantages pour la France, une
bonne fois affranchie d'une dette sacre! La population de cette le,
augmente par ce surcrot de colonisation, la soustrairait  l'impt
volontaire de cinq  six cents mille francs, qu'elle paye chaque anne
aux Lucquois et autres peuples d'Italie, qui se rendent en Corse pour
aider aux travaux de l'agriculture, somme assez considrable qui en sort
pour n'y rentrer jamais.

Les produits agricoles et industriels de la Corse devenus plus
nombreux, dispenseraient ses habitans d'exporter de l'tranger une
partie des objets de premire ncessit. Et, peut-tre, un jour, dans
des annes o le continent serait frapp de strilit, cette colonie
serait  mme de faire refluer au sein de la mre patrie des
subsistances que la France ne payerait plus si chrement (comme par le
pass)  la Crime,  l'Italie et  l'Afrique. Cette le enfin, enrichie
mme par cette concession nationale faite au malheur, serait attache
par de nouveaux noeuds  la mtropole, et rendrait au centuple un
bienfait accord par la justice, la politique et la sagesse.

Aprs la sance nous visitmes les diffrentes salles qui environnent le
sanctuaire lgislatif.

De bonnes copies du Laocoon et de la mort de Lucrce, en bronze, et
quelques excellens tableaux, tels que le Socrate buvant la cigu, le
Philoctte bless, le Blisaire mendiant, les notables de Calais se
dvouant pour leur patrie, fixrent notre admiration. Cependant
Philomnor me tmoigna sa surprise, lorsqu'il s'aperut que les bustes
de nos augustes princes, et les statues des sages de Rome et d'Athnes
taient uniquement models en pltre[75]. Son indignation fut extrme
lorsque je lui appris que la statue en pied du prisonnier de
Sainte-Hlne y tait en marbre.

Vous y remarquez, lui dis-je, le buste de l'infortun Louis XVII[76];
ceux qui l'ont connu assurent qu'il est parfaitement ressemblant.
L'original excut en marbre par M. Deseine, statuaire, d'aprs les
ordres de Marie-Antoinette, eut une bien trange destine.

Au dix aot 1792, le jeune dauphin avait quitt pour toujours avec sa
famille, le palais de ses pres, lorsqu'une troupe de forcens, rpandue
dans les appartemens du chteau, pntra jusque dans le boudoir de la
reine, o ce buste tait plac.

Reconnue par quelques-uns de ces brigands, l'image du prince reut
quelques coups de sabre; arrache de son pidestal, jete ensuite par
une des croises du chteau[77] sur les cadavres des dfenseurs du trne
qu'on venait d'gorger, elle fut pour ainsi dire toute couverte et tout
imprgne de leur sang.

C'est dans cet tat dplorable que l'aperut un pauvre savetier qui
traversait alors la cour des Tuileries. Cet artisan s'tant imagin que
cette tte mutile et presque informe, dont il ne connaissait ni le
prototype ni la valeur, pourrait lui tre de quelque usage dans sa
profession, la prit et la cacha dans sa loge, qui se trouvait peu
loigne du palais.

Bien long-temps aprs le rgne de la terreur, un gnral venden fit un
voyage  Paris; par le hasard le plus singulier, il se logea dans un
htel dont notre savetier tait devenu le concierge. Un jour, l'officier
suprieur dont je viens de parler, grand partisan d'antiquits et de
rarets en tout genre, chargea son portier de remettre  la diligence
quelques vases trusques qu'il avait achets  Paris, et dont il voulait
orner la galerie du chteau qu'il habitait.

Ces vases trusques firent souvenir le commissionnaire de ce petit
buste dont il s'tait empar au milieu du pillage et du sac des
Tuileries. Il alla le chercher et l'offrit en prsent  l'amateur
royaliste. Quelle fut la surprise, l'indignation, la joie,
l'enthousiasme de celui-ci, lorsque, malgr les dgradations, il
reconnut les traits du jeune roi et le nom du sculpteur! Il accepte le
don, dissimule son bonheur et tous les sentimens divers qu'il avait
prouvs; mais forc de quitter la capitale le lendemain mme, et
dsirant faire restaurer le monument avant de l'emporter dans son pays,
il donne quelques pices d'argent au portier, lui confie, en partant, un
trsor que sa fidlit lui rend inapprciable, et lui enjoint surtout de
le serrer avec soin.

Deux ans s'coulent; cet officier revient  Paris, et s'empresse de se
faire conduire  son ancien htel qui tait devenu pour lui comme une
espce de temple sacr.

 cette poque, Bonaparte gouvernait la France; il avait voulu dgager
les Tuileries. Des rues entires achetes et abattues avaient disparu.
L'htel o demeurait le dpositaire du buste, ayant, comme beaucoup
d'autres, subi le sort commun, avait t ras jusqu'aux fondemens. On
concevra facilement le dsespoir de notre royaliste; il multiplie
toutefois les informations, les recherches, et il parvient  dcouvrir
que le portier, forc de changer de domicile, s'tait retir, disait-on,
du ct du Temple. Dans cet endroit la population est immense; et
l'indication tait bien vague; cependant au moment o le fidle venden
faisait de nouvelles enqutes, une vieille femme, loge prs des
dmolitions, en fut instruite, et le tira subitement d'embarras, en
remettant entre ses mains le prcieux dpt; elle lui apprit de plus,
qu'en s'loignant du quartier, l'honnte portier l'avait prie de le
rendre au propritaire, si elle le rencontrait jamais, et d'acquitter
ainsi, ajoutait-il, un devoir de conscience.

Par une suite de petits vnemens bizarres que, pour diffrentes
raisons, je m'abstiendrai de rapporter, cette effigie de Louis XVII est
maintenant dans les magasins du grand Muse, et malheureusement dans le
plus mauvais tat possible. L'habile sculpteur qui fit ce monument
d'aprs nature, vit encore; il est dans la force de son talent[78]; il
possde dans son atelier un pltre original, modle extrmement
ressemblant de ce malheureux prince; on ne devrait donc pas, ce me
semble, ngliger de faire sculpter un nouveau buste par le ciseau aussi
fidle que savant de cet excellent artiste.

Ah! puissent, ajoutai-je encore, puissent les images de nos monarques
et de nos princes lgitimes, retraces en marbre ou en albtre, n'avoir
plus l'air d'tre provisoires, et devenir immortelles comme notre amour
et leurs vertus!




CHAPITRE VII.


Penchant des dcorateurs pour les colifichets qui se renouvellent
souvent.--Bas-relief de Louis XIV  Versailles.--Bas-relief du mme
monarque au Muse dtruit des Petits-Augustins.--Morceaux intressans
qui s'y dtriorent d'un jour  l'autre.--Ncessit d'un nouveau
rpertoire de ces objets prcieux.--Muse d'architecture.--Critique du
projet d'un architecte.--Recrer l'ancien Muse franais avec les dbris
non replacs.--Ncessit d'un rpertoire nouveau de ces objets
prcieux.--Fondation d'un Muse de sculpture moderne.--tablissement
d'un Muse universel statuaire en modles de pltre.--Muse des copies
des plus excellens tableaux que nous avons perdus ou que nous n'avons
jamais possds[79].--Rponses premptoires aux objections que l'on
ferait  ce sujet.


Mais doit-on esprer cette puration du got? Je l'ignore, mon cher
Grec; nos dcorateurs ont une tendance si naturelle pour les
colifichets qui se renouvellent souvent, que dans un des salons du
palais de Versailles on a refait soigneusement en pltre un bas-relief
dtruit, reprsentant Louis XIV victorieux; et, je le dis avec douleur,
on laisse expos  tous les genres de mutilations[80] et dprir en
plein air, dans la cour de l'ancien Muse franais, un grand et
magnifique mdaillon en marbre blanc,  peu prs de mme grandeur, o
Coustou a sculpt le grand roi passant le Rhin,  la tte de son arme.

L'ancien jardin des Augustins o une partie des tombeaux, des urnes,
des bas-reliefs et des pyramides spulcrales taient disperss sous les
saules et les cyprs que l'on y avait plants, n'existe plus; la
fontaine dont l'eau limpide serpentait  travers les fleurs et les
dbris, m'a sembl tarie; les blocs de pierres destins  lever sur ce
sol funbre le temple des arts, couvrent cet espace o l'on aperoit 
peine les vestiges de la plus faible vgtation. Tel est le sort des
choses de ce monde; les ruines chassent les ruines qui en avaient
remplac d'autres, pour faire place  des monumens nouveaux. On dmolira
mme la faade du chteau de Gaillon, dont l'architecture est si
gracieuse et si lgre; o l'acanthe[81] semble sortir de la pierre, et
y dvelopper en rosaces ses feuilles si lgamment chancres; o des
gnies ariens paraissent s'lancer de la base des pilastres pour en
soutenir la pesanteur. Si l'on suit le plan d'un des architectes, on
transportera cette faade sur la mme ligne que celle du chteau d'Anet.
Une pareille transmutation ne paratra-t-elle pas compltement absurde?
Ne blesse-t-elle pas toutes les lois de pondration et d'ensemble si
indispensables dans les monumens rguliers, et consquemment du bon
got, puisque d'un ct vous auriez d'admirables difices, et de l'autre
l'aspect hideux de gros murs insignifians qu'il faut absolument
renverser, pour ne pas mettre la perfection en regard de la rusticit?
Ne vaudrait-il pas mieux replacer les dbris du palais du cardinal
d'Amboise en face de celui de Diane de Poitiers, qui, tous deux
parallles, accompagneraient la grande entre de l'cole des beaux-arts?
On pourrait relever,  la suite, sur les deux cts, d'autres dbris de
chapelles, de tours, de portiques, de colonnades, entre lesquels on
arriverait au nouveau monument, que l'on apercevrait au fond, et qui
aura, dit-on, tout le mrite d'une belle simplicit.

L'architecture aurait pour lors un petit Muse, me dit mon Grec; o
serait-il plus convenablement plac que dans le lieu mme o se donnent
les leons, o la dmonstration pratique serait ainsi jointe aux
thories? Mais, hlas, repris-je, quand reverrons-nous dans un local
convenable les trsors en tout genre qui nous ont t lgus par l'cole
franaise?

Le gouvernement, par des motifs que nous respectons, ayant supprim le
Muse des monumens franais, pour rendre un grand nombre des objets
qu'il renfermait  leur primitive destination, des regrets fonds
s'lveraient  ce sujet, si, dans leur dispersion, ces augustes
chefs-d'oeuvre taient trop loigns des artistes auxquels ils doivent
servir de modles. Il serait donc utile de rtablir en petit, avec les
monumens qui ne peuvent tre rclams, un Muse qui, par la force
d'vnemens dplorables, tait devenu si grand et si complet. Pour
remplir ce but, il faudrait alors classer les morceaux prcieux dont il
serait compos, d'aprs le plan trac jadis par M. Lenoir, ce savant 
qui la France a tant d'obligations; plan o l'on suivrait l'chelle des
sicles, depuis les temps de barbarie jusqu'aux jours plus heureux qui
leur ont succd. La restauration de ce Muse dtruit doit paratre plus
urgente, s'il est vrai, comme on l'assure, que tous les objets d'art
dissmins dans les galeries, salles, clotres, jardins et souterrains
de l'ancien tablissement, n'aient pas t exactement inventoris,
compts et numrots lors de sa suppression. Ce serait le moyen le plus
efficace d'arrter les mutilations du temps et des vandales, et
peut-tre aussi d'empcher que de curieux dbris ne soient gars ou
perdus. On complterait cette vnrable collection, en runissant
ailleurs les productions les plus marquantes du ciseau moderne.
L'mulation des artistes en ce genre serait plus excite, si les
chefs-d'oeuvre des Canova franais taient acquis et rassembls chaque
anne dans une des salles du Louvre par le gouvernement, et y
partageaient les suffrages que les vrais connaisseurs ne cessent de
prodiguer aux peintures des Lethiers, des David, des Grard et de nos
autres Apelle, qui semblent se disputer la palme dans les galeries du
Luxembourg.

L'art statuaire gagnerait beaucoup, selon moi, si l'on mettait  part,
dans un vaste local, les copies en pltre ou en stuc, fidlement
modeles, des statues, bustes, bas-reliefs, vases et candlabres les
plus parfaits, que nous avons perdus en 1815, ou que mme nous n'avons
jamais possds, et qui se trouvent en Italie, en Espagne, en Hollande,
en Angleterre, en Allemagne et en Russie[82].

Un pareil ddommagement dont Rome nous a donn l'exemple aprs le
trait de Tolentino[83], et dont l'utilit et l'agrment seront sentis,
est d'autant plus facile  obtenir, que nous sommes en paix avec les
puissances qui possdent les originaux, et que cette conqute innocente
ne peut nullement en dtriorer les prototypes. Nous avons acquis dj
des sujets bien importans pour commencer un semblable Muse, depuis que
l'on a reu en France les statues-modles du groupe de Niob et de ses
enfans, dont le grand Duc de Toscane vient de faire prsent  Sa
Majest.

On ne veut dans les Muses franais que des tableaux originaux, et
j'applaudis le premier  ce systme; cependant lorsque certains
chefs-d'oeuvre nous sont ravis pour toujours, lorsque le temps les mine,
les ternit et les encrote, le seul moyen, humainement parlant, de
conserver la pense du gnie, (indpendamment de la gravure) est un
calque parfait, tel que la Cne, par Lonard de Vinci, qui se voit 
Paris dans la galerie d'Apollon du Louvre. Le grand principe qui
excluait toute copie de l'enceinte du grand Muse, une fois viol, je
ne vois pas de raison qui empche de le transgresser encore, en prenant
seulement la sage prcaution de relguer dans les autres appartemens du
mme palais les excellentes imitations faites par nos jeunes peintres de
tous les tableaux capitaux qui nous sont chapps, ou qu'une prudente
dfiance avait soustraits aux droits de la victoire, tels que ceux de la
belle galerie de Dusseldorf. Une semblable collection me semblerait
avoir un trs-grand intrt.




CHAPITRE VIII.

De l'usage malheureusement trop commun des compositions
fragiles.--Fronton du Corps lgislatif et des Invalides.--Chapelle
expiatoire de la Conciergerie.--glise
Sainte-lisabeth.--Val-de-Grce.--Tombeau du cardinal Du
Belloy.--Carrires des marbres de France.--Caveaux des deux premires
races  Saint-Denis.


Cette mesure ne doit exciter aucunes rclamations des possesseurs de
ces trsors, reprit le jeune Athnien; mais, pourquoi, s'cria-t-il en
sortant des salles du Corps lgislatif, pourquoi ces compositions
fragiles et ternes sur les frontons de ce palais et de celui des
Invalides? Si j'avais ici quelque autorit, jamais une matire vile ne
serait le dpositaire infidle de vos sculptures modernes. Vos
plaintes seront tout aussi justes, mon cher Grec, lorsque nous irons
visiter ensemble quelques temples de Paris. Vous me demanderez, je le
prvois, pourquoi l'on a plac des peintures si peu durables sur les
murs humides de la chapelle expiatoire ddie  la feue reine dans un
des cachots de la conciergerie? Pourquoi la plus trange parcimonie
a-t-elle prsid  la restauration de l'glise Sainte-lisabeth,
faubourg du Temple? Colonnes, chapiteaux, statues, draperies de l'autel,
tout est l'illusion du pinceau. Que direz-vous en voyant cette couche de
peinture sur les parois de la chapelle du cardinal Du Belloy, lorsque le
granit est prodigu  Paris dans tous les lieux publics, et se vend au
plus bas prix; lorsqu'indpendamment de nos anciennes carrires de l'est
et du midi, un naturaliste a dcouvert prs Beauvais[84] une carrire de
marbre de plus de six lieues de longueur; lorsque dans le nord,
l'exploitation d'autres carrires produit[85] les plus heureux
rsultats?

Comment encore justifier le sculpteur qui, au pied du groupe admirable
du mme monument o le prlat est si parfaitement caractris, accolle
au marbre le plus solide de misrables ornemens en pltre[86]? C'est
entendre bien peu les intrts de son immortalit.

 Saint-Denis vous verrez le caveau consacr  recueillir les cendres
de nos premiers rois, pauvrement barbouill de cent couleurs[87],
lorsque les plus augustes et les plus prcieux dbris des sicles
passs, parfaitement imits, devraient du moins en faire le principal
ornement, si les matriaux manquaient. La critique mme la plus
indulgente y censure le style lapidaire, qui ne s'y trouve pas en
rapport avec les poques et le caractre du temps. J'y vois le mot
_dynastie_; et le mot _race_, le seul propre, le seul jadis employ dans
nos archives, nos vieilles chroniques et les histoires plus rcentes, ne
s'y lit plus.

Que direz-vous encore en apprenant que le Val-de-Grce, si renomm par
ses tableaux, son autel et ses ornemens magnifiques, est transform dans
ce moment mme en un magasin militaire?




CHAPITRE IX.

Il ne faut se servir dans les monumens publics que de matires
solides.--Passage extrait du voyage de Kamgki, par M. le duc de
Lvis.--Faire moins et faire bien.--Imiter ses anctres.--Mosaques des
Invalides et du Muse.--Nos modes contribuent  leur
destruction.--Peintures  fresque.--La Mosaque doit tre plus
particulirement encourage.--Muse royal.--Mouleurs en pltres ou
rparateurs des statues.--Dissertation historique sur la Vnus de
Milo.--Rapprochemens singuliers entre cette Vnus du Muse franais et
une autre Vnus du british Musum.--Zodiaque de Denderah.--Anecdote sur
l'aiguille de Cloptre.--Lacune presque continuelle dans les tableaux
du grand Muse.--Moyens d'y suppler.--Projet d'un complment
conservateur de ce monument.--Muse du Luxembourg.--Lacunes essentielles
 remplir.


Le lendemain, en nous rendant au Muse des Antiques, dont Philomnor
n'avait vu que trs-rapidement les plus belles statues, le jeune Grec
me dit: Plus je rflchis au sujet de notre conversation d'hier, et
plus je me suis convaincu de la solidit de vos censures. Je deviendrai
mme plus exigeant; si l'on m'en croyait, jamais dans les grands
monumens on ne mettrait en usage ces pierres fragiles[88], dont un hiver
un peu rigoureux peut altrer la frle beaut, accident arriv 
plusieurs jolies fontaines de Paris. L'ouvrage du sculpteur est mutil,
et la main d'oeuvre a t paye aussi chrement que si l'artiste et
travaill sur le marbre des Apennins et des Pyrnes. N'employez donc 
l'avenir que le bronze le plus solide, que le marbre le plus ferme, que
le granit le plus dur, et surtout des cimens d'une composition presque
indestructible; certes, vos mines et vos carrires ne sont pas puises;
faites moins, s'il le faut, mais faites bien. Travaillez pour vous, rien
de plus juste; mais n'oubliez ni vos enfans ni la postrit. Eh! que
seriez-vous, si avec le souvenir de leurs vertus, vos pres ne vous
eussent pas lgu les monumens de leur gnie?

Pour vos runions sociales, et religieuses ils avaient lev de
magnifiques difices; pour protger vos hritages, ils avaient couvert
vos montagnes d'immenses forts. Peu reconnaissans de tant de bienfaits
multiplis, vous avez laiss dprir ou peu conserv les uns, et
dtrior ou abattu les autres; et ces difices vous avaient transmis
les lmens de leur civilisation et de leurs arts; ces bois taient
comme les paratonnerres naturels de vos champs et de vos vignobles; vous
avez ddaign l'exprience de vos anctres; aussi, chaque anne, vos
annales l'attesteront, des accidens inattendus, et les flaux
continuels du ciel semblent les venger de votre ingratitude. J'en
gmis comme vous, mon cher Grec, lui rpliquai-je; hlas! nos modes mme
semblent conspirer avec les saisons pour mutiler des ouvrages
admirables. Que deviendront les belles mosaques[89] de certains
difices publics, et principalement celles qui se trouvent sous le grand
dme des Invalides? Que deviendront, ajouta Philomnor, les
magnifiques compartimens des anciennes salles du Muse royal, qui,
dgrades par suite des enlvemens de 1815, n'ont pas t rtablies?
Que deviendront, enfin, les parquets si agrablement varis, si
artistement combins, des nouvelles galeries du mme tablissement que
nous parcourons, si l'on souffre plus long-temps que ces chefs-d'oeuvre
soient continuellement broys par le fer destructeur de vos chaussures
modernes? Mil huit cent quinze! m'criai-je aussitt, vous me rappelez
des souvenirs bien douloureux; ce fut dans cette anne de fatale
mmoire, que l'Apollon, la Vnus, le Mlagre, le Gladiateur, le Torse
et le Laocoon ont t perdus pour la France; mais oublions des malheurs
irrparables.

Comme vous le voyez, on a dispos avec beaucoup de got les morceaux
prcieux qui nous sont rests; ils ont t placs dans une espce de
temple o le luxe des marbres les plus rares fait ressortir davantage la
merveilleuse beaut de ces antiques. Les premires salles, disposes
pour les recevoir et qui renferment les plus clbres monumens, semblent
rclamer aussi cette parure indispensable. Le pinceau ne peut rendre
assez fidlement la brche et le granit sur les murs et les pidestaux,
pour ddommager de la ralit. L'imitation de ces substances si polies
et si brillantes n'est tout au plus tolrable qu' des distances
trs-loignes, d'o l'oeil le plus perant est lui-mme induit en
erreur. J'admire l'agencement et la pondration de nos vases, de nos
colonnes, de nos candlabres, de nos urnes, de nos statues et cette
profusion de bas-reliefs sauvs des insultes du temps. Mais je voudrais
qu' l'avenir nos artistes ne se reposassent plus sur le mouleur en
pltre[90], lorsqu'il s'agit de les rparer; et que nos plus habiles
sculpteurs eussent le noble orgueil d'oser se montrer les mules des
Phidias ou des Athnodore, et de marcher en cela sur les traces des
Angelo[91] de Montorsole.

Il me parat que l'on commence  prendre ce systme, puisque les
directeurs du Muse viennent, dit-on, de proposer un prix de quinze
cents francs  celui qui donnerait aux deux bras tronqus de la belle
Vnus de l'le de Milo, la position la plus gracieuse et surtout la
plus analogue  l'intention premire du sculpteur qui cra ce
chef-d'oeuvre. tait-ce une Vnus genitrix, ou victorieuse, ou pudique?
M. Durville,  qui nous devons sa dcouverte, et qui l'a vue presque
sans mutilation, a fix irrvocablement toute incertitude  cet gard,
dans son intressante relation hydrographique de la gabare du roi, _la
Chevrette_.

Trois semaines, dit-il, environ, avant notre arrive  Milo, un paysan
grec, bchant dans son champ renferm dans l'enceinte probablement de
l'antique Melos, rencontra quelques pierres de taille; comme ces
pierres, employes par les habitans dans la construction de leurs
maisons, ont une certaine valeur, cette considration l'engagea 
creuser plus avant, et il parvint ainsi  dblayer une espce de niche
dans laquelle il trouva une statue en marbre, deux Herms, et quelques
autres morceaux de la mme matire[92].

Lors de notre passage  Constantinople, M. de Rivire m'ayant beaucoup
questionn sur cette statue, je lui dis ce que j'en pensais; et je
remisa M. de Marcellus, secrtaire d'ambassade, la copie de cette
notice.

 mon retour, M. de Rivire m'apprit qu'il en avait fait
l'acquisition, et qu'elle tait embarque sur un des btimens de la
station.

J'ajouterai d'autres faits qui m'ont paru trs-authentiques.

M. l'ambassadeur la fit acheter de moines grecs, qui en avaient compt
trois cents francs au propritaire. Mais au moment o M. de Marcellus
arrivait pour se la faire livrer, les Anglais[94] l'avaient dj fait
transporter sur un de leurs vaisseaux, sans doute avec le projet de
l'expdier  Londres. Afin de mieux cacher ce dessein, et de faire plus
srement et sous un prtexte plausible, rompre le march contract au
nom de l'envoy de France, il est  prsumer qu'on mt en avant les
Papas, qui, disaient-ils, ne pouvaient tenir  leur engagement, ni se
dispenser d'envoyer ce beau morceau d'antiquit  un prince de leur
nation, grand amateur des arts, et dont ils craignaient de perdre la
protection  Constantinople, s'ils oubliaient de lui en faire hommage.

Les rclamations de justice tant employes sans succs, on fut oblig,
pour la faire restituer, d'employer la force... On se battit; la Vnus
de Milo fut le prix de la victoire; et c'est uniquement au zle, 
l'intrpidit et au courage du jeune secrtaire que nous devons la
proprit de cet inestimable chef-d'oeuvre, ainsi que de plusieurs lampes
et candlabres, qui ne sont pas encore exposs  la curiosit du public.
On assure que le nouvel ambassadeur prs la Porte, M. de La
Tour-Maubourg, a reu des ordres du gouvernement pour faire de nouvelles
fouilles  Milo.

Ces dtails sont trs-intressans, me dit Philomnor; mais je vous en
donnerai d'autres qui vous tonneront sans doute.

Les Anglais ne doivent pas regretter la perte de ce monument,
puisqu'ils ont  Londres, dans leur British Musum, une statue
absolument pareille, galement compose de deux morceaux de marbre ayant
 peu prs, je crois, la mme hauteur, la mme pose, la mme attitude,
les mmes ornemens, et qui a presque prouv les mmes dgradations.

Pour moi, je puis vous assurer que pendant mon sjour  Londres, j'ai
vu de mes propres yeux cette statue, en tout semblable  celle dont M.
Durville communiqua  M. de Rivire la description crite et si
parfaitement dtaille, lorsqu'il l'eut aperue pour la premire fois en
herborisant  Milo.

     A statue of Venus, naked to the waist, and covered with drapery
     from thence downwards. The drapery, though bold, is light and
     finished, and is supported, being thrown over the right arm. The
     attitude of the statue is easy and graceful, and the inclination of
     the head perfectly corresponds with the character and expression of
     the whole figure. The sculpture is of the highest order; and the
     original polish of the marble is admirably preserved; but the left
     arm, the right hand, and the tip of the nose have been restored.
     Upon the whole this figure may rang as one of the finest female
     statues which have been yet discovered.

     It consists of two pieces of marble imperceptibly joined at the
     lower part of the body within the drapery. The marble of which the
     body is composed is of a lighter colour than that of which the
     drapery is formed; and the beautiful effect produced by this
     contrast, proves that it was not an accidental circumstance, but
     was the result of previous knowledge and skill in the artist. It
     was in consequence of the two parts being detached, that they were
     allowed to be exported from Italy as fragments of two different
     statues.

     This exquisite pice of sculpture was found in the ruins of the
     maritime baths of the emperor Claudius[96], at Ostia, by M. Gavin
     Hamilton, in the year 1776. A figure of Venus very nearly
     resembling the present, but with the position of the arm reversed,
     occurs on a medallion in bronze of Lucilla[97], where the goddess
     is represented standing at the edge of the sea or at the head of a
     bath, surrounded by Cupids, one of which is leaping into the
     water[98]; and it is not improbable that the present statue might
     have been placed, as an appropriate ornament, in the baths which
     were constructed on the spot where the statue was discovered. It is
     6 feet 11 inches 1/2 high; the latter measures 4 5/9 inches.

     TRADUCTION.

     Cette statue,  demi-nue, est couverte d'une draperie qui
     l'enveloppe depuis la ceinture jusqu' terre. Cette draperie
     lgre, d'un fini exquis, est releve et jete au-dessus du bras
     droit. L'attitude de la statue est naturelle et pleine de grce; et
     la tte, un peu penche, correspond parfaitement avec le caractre
     et l'expression des autres parties du corps. C'est un morceau de
     sculpture du premier ordre. Ce marbre admirablement conserv n'a
     presque rien perdu du poli que le ciseau de l'artiste lui avait
     donn; mais le bras gauche, la main droite et le bout du nez ont
     t restaurs. En tout, cette figure peut tre mise au nombre des
     plus belles statues de femmes qui aient encore t dcouvertes.

     Cette statue est faite _de deux pices de marbre_ dont la jointure
     imperceptible est  la partie la plus basse du corps, dans la
     draperie. Le marbre dont le sculpteur a compos le corps de la
     statue est d'une couleur plus claire que celui employ  le draper;
     et le bel effet que produit ce contraste prouve que cette
     disposition est due au talent et  l'habilet de l'artiste, et non
     au hasard. La sparation de la statue en deux parties fut le motif
     qui fit obtenir la permission d'emporter ce chef-d'oeuvre d'Italie,
     parce qu'on regarda ces deux morceaux comme les fragmens de deux
     statues diffrentes.

     Cet excellent morceau de sculpture a t trouv dans les ruines
     des bains maritimes de l'empereur Claudius  Ostia, par M. Gavin
     Hamilton, dans l'anne 1776. Une figure de Vnus ressemblant
     beaucoup  celle-ci, mais ayant le bras renvers, est grave sur
     une mdaille de bronze de Lucilla, o la desse est reprsente
     debout sur le bord de la mer ou prs d'un bain, entoure d'Amours,
     dont l'un s'lance dans l'eau. Il est probable que dans le principe
     la Vnus d'Ostia fut faite exprs pour orner les bains de Claudius,
     qui taient construits dans le lieu o elle a t dcouverte. La
     premire statue a 6 pieds 11 pouces 1/2 anglais de hauteur; la
     seconde 4 pouces 5/9

Je finirai par vous faire observer que l'Iconographie, dont j'ai pris
cet extrait, o se voit grave et si clairement dpeinte la soeur de la
Vnus de Milo, fut publie en 1812, et achete la mme anne par la
Bibliothque royale; c'est--dire, huit ans avant la dcouverte de la
statue que vous avez acquise en 1820. On doit donc ncessairement
ajouter foi aux dtails donns par le livret anglais. Reste  savoir
laquelle des deux Vnus est l'original? ne sont-elles point l'une et
l'autre sorties du mme ciseau? C'est un problme que je laisse 
rsoudre aux savans plus verss que moi dans la connaissance des
antiques. Au surplus, pour la restauration de la divinit que la France
possde, il ne serait pas sans doute indiffrent de faire consulter 
l'artiste rparateur la _Vnus victrix_ de Londres. Cette mesure est
indispensable.

Si la Vnus de Milo, ajouta le jeune Grec, trouve  Londres une rivale
mieux conserve, que de morceaux d'un style svre ou gracieux doivent
vous consoler  Paris de quelques faibles mutilations! Le local de votre
Muse est unique au monde; il est vraiment dispos pour tre le Panthon
des dieux de Memphis, de Rome et d'Athnes. Vous me permettrez
cependant une critique trs-fonde; presque toujours vos galeries de
peinture offrent des lacunes que ncessitent quelques restaurations ou
l'intrt de vos manufactures. Ne serait-il pas ais de remplir ces
vides par des tableaux tirs de vos riches magasins o, soit  Paris,
soit  Versailles, sont entasss, en prodigieuse quantit, tant
d'objets, dit-on, trs-prcieux: je puis dsigner surtout ceux qui
sortent de l'cole flamande. Ce serait accorder un tour de faveur  des
peintres ngligs, et mnager de nouvelles jouissances pour le public.

D'ailleurs, ces tableaux ne se conserveraient-ils pas beaucoup mieux,
si, au lieu de rester en pile, tous taient restaurs et placs dans les
autres salles du Louvre et des palais de la couronne?

Nous avions examin ce bel tablissement dans toutes ses parties. Les
galeries d'Italie, d'Allemagne, de Flandre, d'Hollande et de France,
nous avaient ravis d'admiration; et nous nous tions convaincus que
malgr des pertes immenses, le Muse royal possdait encore des morceaux
inapprciables que pouvait multiplier d'un jour  l'autre le zle
clair des administrateurs. Notre attention s'tait fixe sur quelques
dispositions rcemment faites dans le grand salon, o l'on a plac
plusieurs tableaux[99] magnifiques dans les genres les plus varis.

En considrant le chef-d'oeuvre du seul peintre vivant[100] admis dans la
collection du Louvre, nous flicitmes notre sicle; il n'avait pas
dgnr de ceux qui l'avaient si glorieusement prcd. Loin de plir
devant les immortelles compositions des Lebrun et des Paul Veronse, le
tableau du clbre Grard, l'entre de Henri IV dans Paris, semblait
rivaliser d'clat et de perfection avec les batailles d'Alexandre et les
Noces de Cana.

Aucun sujet remarquable ne s'tait soustrait aux plus scrupuleuses
investigations. Ni les dessins, ni les gouaches, ni les pastels, ni les
maux, ni les mosaques de la galerie d'Apollon, ne nous avaient chapp
dans leurs moindres dtails. Nous croyions avoir tout vu, lorsque nous
apermes une grille du meilleur got, aussi belle que la porte en
bronze de la salle des Cariatides. De l nous tions pass dans une
salle orne de vases, de compartimens en marbre, de peintures modernes
et de statues antiques. Quelle fut notre surprise! En pntrant dans une
dernire pice nous fmes enchants d'une innovation qui nous rappela
les Muses de Parme et de Florence. Dans plusieurs armoires d'acajou, on
admire d'abord  travers des glaces un nombre trs-considrable de vases
antiques dits trusques et d'autres provenant des ruines de Pompea et
d'Herculanum. Il est impossible de voir des formes plus singulires,
plus varies et plus originales; d'autres cases renferment des
armures[101], des bijoux, des meubles rares, des curiosits de toute
espce; en un mot, tout ce que l'art et le gnie des artistes a compos
de plus fini en employant les prcieux trsors de la nature.

Peu de jours aprs nous nous rendmes au Muse du Luxembourg, o nous
regrettmes que le petit nombre d'antiques placs dans les salles ou
dans les jardins, fussent en partie briss; et nous vmes avec chagrin
qu'on songe  peine  les rparer[102]. Saisis d'admiration  la vue
des sublimes productions de l'cole franaise, nous eussions dsir que
les tableaux fussent disposs comme ceux du Muse du Louvre, o de
petits sujets de genre sont au-dessous des grandes compositions, quand
l'espace le permet, et remplissent de temps  autre les vides forms par
l'ingalit des grandeurs.

Quelques sculptures modernes des Delatre, des Pajou, et surtout la
Baigneuse de Julien, enlevrent notre suffrage. Nous eussions dsir que
toutes les salles, et notamment celles embellies par les Marines du
clbre Vernet, dont les talens passent du pre aux enfans comme un
patrimoine hrditaire, fussent toutes entirement regarnies. Nous
voulions surtout qu'on se montrt plus svre dans le choix des
tableaux, et qu'on mt plus de got dans leur placement et leur
distribution.

Si dans un Muse, me dit Philomnor, on doit trouver tous les genres
runis, je m'aperois d'un oubli trs-important, et prcisment dans la
partie o vos artistes ont acquis incontestablement une supriorit
marque. En vain, nous chercherions ici quelques ouvrages des Petitot de
ce sicle. Cela est infiniment regrettable, lui rpondis-je; tout le
monde en convient; la miniature a atteint de nos jours l'apoge de la
perfection; et c'est au pinceau dlicat des Saint, des Augustin, des
Jacquotot et des Lyzinka que nous devons cet avantage. Je n'ai pas dit
trop; la vraie route est trace; et si l'on s'en carte, cet art ne peut
que dcliner. On y voit encore peu de portraits; je n'y en connais que
deux[103]; ce genre intressant ne devrait pas tre plus nglig que les
autres, surtout, lorsque les David, les Grard, les Prudon, les Robert
Lefebvre et les Kinson y ont presque gal les plus parfaits modles. Ce
dernier possde dans son atelier plusieurs tableaux-portraits dont il
peut disposer, et qui sont aussi remarquables par le charme et
l'expression de la figure, que par le naturel des attitudes, le piquant
du costume, la vrit des draperies et l'lgance des accessoires.




CHAPITRE X.

Manufacture des Gobelins.--Critique des btimens de cet
tablissement.--Plan et moyen de restauration.--Notice
historique.--Ouvriers, tentures, expositions.--Amliorations,
encouragemens.--Muse des arts et mtiers.--Maison des
Jeunes-Aveugles.--Leur admirable industrie.


Nous n'tions pas loin des Gobelins; Philomnor nous y fit conduire. Il
fut tonn de l'insignifiante entre de cette royale manufacture, de ses
constructions presque conventuelles, de ses troites galeries et de ses
ignobles ateliers. Il comptait y acheter des tapis; mais on lui assura
qu'on n'y en vendait point, et que le Roi se les rservait tous, soit
pour meubler ses chteaux ou pour en faire des prsens. Si votre
gouvernement, me dit mon Grec, ne voulait rien dbourser pour donner 
cette manufacture des btimens tels que son titre et l'importance de ses
travaux l'exigent, ne serait-il pas facile de vendre chaque anne pour
quelques centaines de mille francs des tissus que l'on reproduit
toujours au double? Ce qui se fait  Svres peut se faire aux Gobelins;
et les sommes runies qui proviendraient de ces ventes auraient bientt
donn un capital assez fort pour btir un monument digne de cette
manufacture, et qui rpondt  la magnificence des ouvrages que l'on y
fabrique.  cet effet, on devrait augmenter encore le nombre des
ouvriers[104], qui me parat dans ce moment beaucoup trop faible; et si
je fonde une opinion sur les immenses collections excutes sous Louis
XIV, j'ai lieu de conjecturer qu'il tait beaucoup plus considrable
sous le rgne de ce grand roi qu'il ne l'est aujourd'hui. D'aprs un
tmoignage irrcusable, les chefs de l'tablissement seraient fort
embarrasss s'ils avaient le malheur de perdre quelques habiles
sous-directeurs qui me semblent fort gs. Enfin, si j'en excepte les
deux grandes expositions d'hiver et d't, o les salons du Louvre, les
cours, les galeries des Gobelins, et quelques rues de Paris, sont
garnies des nouvelles et des anciennes tapisseries de cet tablissement,
qu'y voient les trangers le reste de l'anne? Un trs-petit nombre de
morceaux, quelques statues de pltre et quelques tableaux-modles.
Enfin, les conducteurs vous apprennent que dans de longues armoires sont
entasss et serrs avec soin les ouvrages confectionns dans cette
manufacture.

Je pense, moi, que pour la gloire de l'industrie franaise, pour faire
mieux apprcier les progrs successifs que cet art a faits et le haut
degr de perfection o il est port, je pense qu'on devrait ouvrir dans
cet tablissement deux longues salles, uniquement consacres 
satisfaire pleinement la curiosit des trangers. Dans l'une seraient
suspendues quelques tapisseries excutes sous les diffrens rgnes qui
ont prcd ou suivi sa fondation jusqu' nos jours; dans l'autre, les
plus beaux tissus de notre poque. Au moins, une fois par mois, on
verrait graduellement quel tait le talent des ouvriers sous les
Valois[105], Henri IV[106], Louis XIII, la Rgence, Louis XV, Louis XVI,
la Rpublique, l'Empire, et ce qu'il est devenu depuis notre heureuse
restauration.

Qu'on ne m'objecte point un obstacle que j'ai prvu! Mon projet, me
direz-vous, serait contraire  la conservation de ces chefs-d'oeuvre. On
sera dsabus de cette chimre, en rflchissant qu'il serait ais de
rouler sur elles-mmes ces tentures, sans les dpendre pendant les
intervalles des diverses expositions; et, par un moyen aussi
vulgairement connu, on serait certain de soustraire leurs brillantes
couleurs  l'altration qu'elles prouvent par l'action trs-relle,
quoiqu'imperceptible, de l'air et du soleil.

Enfin, chaque anne, pour exciter davantage l'mulation des ouvriers,
peut-tre serait-il convenable de fonder des prix, qui seraient accords
 ceux dont le talent aurait le plus clat dans tous les genres.

Quelques jours aprs, nous nous rendmes au Muse des Arts et Mtiers.
Philomnor, qui aimait autant les inventions utiles  l'humanit que
celles qui ne contribuent qu' l'agrment de la vie, tait  chaque pas
dans une perptuelle surprise. Il ne savait ce qu'il devait le plus
admirer des machines innombrables qui avaient enfant de si beaux
ouvrages, ou du gnie crateur qui avait si prodigieusement simplifi
les moyens en multipliant les combinaisons et les rsultats.

Nous verrons quelque chose de plus surprenant, lui dis-je: par un
systme aussi nouveau qu'admirable, une classe, heureusement peu
nombreuse, d'infortuns aveugles de naissance, ont t rendus capables
de se servir de ces machines, de ces mcaniques merveilleuses, et de
connatre tous les secrets de notre industrie. Il y a plus;
non-seulement ils ont t initis  nos lettres,  nos sciences et  nos
arts, mais encore  nos dlassemens les plus compliqus et les plus
susceptibles des calculs d'un esprit fin et dli. Aujourd'hui, par le
seul secours du tact, de l'ouie et de l'odorat, les aveugles lisent,
crivent, calculent, composent de la musique, jouent des instruments, et
font leur partie de dames, d'checs ou de trictrac.

Leurs mains sont devenues assez savantes pour donner aux objets de
leurs travaux les ornemens les plus convenables et les formes les plus
heureuses; pour distinguer les couleurs sans le secours de l'oeil; pour
les mler, les nuancer avec got dans les ouvrages de toutes les
professions qu'ils exercent; et quelquefois ces ouvrages sont
presqu'aussi beaux et aussi parfaits que ceux des artistes pour qui la
nature s'est montre prodigue de ses dons.




CHAPITRE XI.

Marchs publics.--Abus.--Rformes possibles.--Bazars, leur
agrment.--Bibliothque royale, son histoire
abrge.--Bibliothcaires.--Cabinet des mdailles.--Anecdotes curieuses
et importantes sur l'enlvement forc de quelques objets de cette
collection.--Cabinet des gravures.--Galeries des manuscrits.--Histoire
du vol d'Aimon.--Htel de ville.--Sa bibliothque.--Rparer ce monument
municipal; indication des moyens.


En quittant le Muse des arts et mtiers, nous avions travers diffrens
marchs de Paris, notamment celui Saint-Martin et ceux du faubourg
Saint-Germain. Mon jeune tranger avait t trs-satisfait de la belle
distribution des diffrentes parties qui les composent. Nous fmes
surtout frapps de l'excellente police observe pour la vente et le
dbit des denres. Tout irait encore mieux pourtant, lui dis-je, si des
rglemens qui existent, comme je le crois, pour la tenue intrieure et
extrieure de ces difices publics taient plus strictement suivis.
Sans doute, reprit Philomnor, que des mesures de propret y soient
plus soigneusement respectes, et ces vastes btimens auront acquis un
degr de perfection exigible et convenable. En vain d'industrieux
architectes ont sagement prvu ce qui devait tre ncessaire pour
accorder ensemble le got avec la commodit, cela ne suffit pas 
certaines gens.

Dans le vaste bazar du Temple et ailleurs, j'ai remarqu que la plupart
des entres sont offusques par des constructions baroques et bizarres
que se permettraient seuls des visigots ou des vandales.

Cependant puisque j'ai prononc le nom de bazar, il faut avouer, mon
cher ami, que votre sicle a prodigieusement gagn en agrmens de tout
genre; et, sans contredit, vous les devez en partie,  l'ouverture
publique de ces tablissemens qui, par la perfection de vos arts, ne
ressemblent gures  ceux de l'Orient. Ce sont, en tout temps, pour
l'amateur, de vritables succursales de vos Muses, et des expositions
perptuelles de tous les produits de votre industrie nationale.

Avant de nous rendre  la cathdrale et  l'htel-de-ville, Philomnor,
le jour suivant, dsira visiter la bibliothque royale[107], celles de
la prfecture et de Sainte-Genevive. Il fut enchant de la complaisance
et surtout de la vaste rudition des hommes de lettres qui les dirigent,
et dont la mmoire est elle-mme une encyclopdie vivante. Cependant
une rforme y est indispensable. Le moment o finissent les classes de
l'Universit semble exiger imprieusement que les anciens usages soient
maintenus pour l'ouverture des bibliothques situes prs du pays
latin; toutefois les changemens oprs insensiblement dans les moeurs et
les habitudes de la socit doivent ncessairement introduire une
innovation dans les heures de lecture, au moins  la bibliothque
royale; et je crois qu' ce sujet on ne peut mieux faire que de suivre
l'exemple donn par le sage directeur de la bibliothque de la ville, o
les portes s'ouvrent  midi et se ferment  quatre heures. On avait eu
l'attention de communiquer au jeune Grec les livres les plus rares et
les plus curieux; il avait examin de prs le Parnasse en bronze de du
Tillet, le plan des dserts de l'gypte, et les globes de Marly. Le
vaisseau de la bibliothque est trs-beau, me dit Philomnor; je
voudrais cependant que sur ses longues votes on peignt  fresque les
hommes de gnie de tous les ges et de toutes les nations.

Le cabinet des mdailles et pierres graves fixa surtout notre
attention. Ce cabinet tait beaucoup plus riche autrefois, dis-je  mon
ami. Le 16 fvrier 1804, les conservateurs de la bibliothque furent
avertis qu'on avait form le projet de voler les rarets qu'il
renfermait. Ce fut en vain qu'ils sollicitrent du commandant de la
place le rtablissement d'un poste ou corps-de-garde prs l'arcade
Colbert. Ils prouvrent un refus dans une lettre qui leur fut crite;
et ce refus tait motiv sur le peu de troupes disponibles que l'on
avait alors  Paris. Malgr les mesures d'une exacte surveillance, des
hommes profondment pervers russirent quelque temps aprs  placer un
petit baril de poudre dans l'intrieur mme, et sous une des tablettes
du cabinet. Un de ces malfaiteurs, feignant de s'tre donn la mort pour
se soustraire plus facilement aux poursuites de la justice, dvoila dans
une espce de testament cet affreux stratagme. La machine infernale fut
trouve  l'endroit indiqu, et, trs-heureusement, ne produisit aucun
effet. Si l'explosion espre par ces sclrats et eu lieu, le vol des
prcieux antiques se serait fait infailliblement au milieu de la
confusion qu'et caus un pareil vnement. N'ayant pu consommer leur
crime, comme je vous l'ai dit, par suite des remords d'un des complices,
qui taient au nombre de huit, ces bandits n'abandonnrent pas leur
projet; ils profitrent d'une circonstance qui ne les servit que trop
bien.  cette poque, on faisait des arrestations dans diffrens
quartiers de Paris. Ils crurent l'occasion favorable et ne la laissrent
pas chapper. Afin de russir plus srement encore, ils employrent une
prudence raffine. Ils commencrent d'abord par disposer quelques-uns de
leurs camarades en sentinelles autour du btiment de la bibliothque.
Ils lourent un fiacre, et donnrent l'ordre au cocher de faire rouler
continuellement sa voiture dans la rue de l'Arcade, pour qu'on
n'entendt pas les coups redoubls qu'ils portaient  une des croises
du cabinet, avec un long morceau de bois ou petit mt, qu'ils avaient
drob  un navire en station sur la Seine. Ayant pntr par ces moyens
dignes de Mandrin et de Cartouche, dans le prcieux dpt, ces brigands
volrent tout ce qui se trouva dans une des armoires, entre autres les
couronnes des rois lombards, le poignard de Franois Ier, l'agathe de la
Sainte-Chapelle, donne par Charles V en 1573, dite  cette poque le
Triomphe de Joseph en gypte, et reconnue depuis par les savans pour
tre l'apothose d'Auguste; ils s'emparrent encore de la coupe de
Ptolme, qui appartenait  Suger, et qu'un des voleurs cacha prs
Laon, dans le jardin de sa mre; l elle fut retrouve lorsque le
commissaire du gouvernement, Gohier, eut fait arrter les voleurs en
Hollande, au moment o ils taient prts de vendre l'agathe de la
Sainte-Chapelle, qu'on fut oblig de faire remonter  neuf, ainsi que la
coupe de Suger, attendu que les spoliateurs en avaient fondu les
encadremens, et gnralement tout l'entourage.

Ces deux bijoux furent  peu prs les seuls que le cabinet des antiques
put recouvrer. Une grande partie des autres objets enlevs avait t
dj vendue et livre  lord Townley, dont le gouvernement anglais a
depuis achet la riche collection. Mais, reprit Philomnor, tant en
paix avec l'Angleterre, ces objets ne pourraient-ils point tre
rclams? On russirait probablement dans cette ngociation, lui
rpondis-je; je crois les Anglais trop dlicats pour vouloir conserver
des trsors vols, quand ils en connaissent le lgitime propritaire.
Cette perte n'est pas la seule qui ait t faite par cet tablissement.

Sous le gouvernement imprial, des morceaux trs-prcieux ont t
soustraits  ce cabinet par l'autorit qui existait alors; et voil
comment ils en taient sortis.

Un jour, Josphine dsirant avoir trois parures nouvelles, envoya
demander au conservateur des mdailles quatre-vingts pierres graves en
creux et en relief. Cette demande fut d'abord poliment lude par les
directeurs de l'administration, qui firent observer qu'ils ne pouvaient
se dsaisir du moindre antique, sans une permission crite et
trs-prcise du ministre de l'intrieur.

Quelques mois aprs, le gnral Duroc et le joaillier de la couronne,
munis d'un ordre lgal[109], se rendirent  la bibliothque, et
enlevrent tous les objets prcdemment refuss, qui, aprs avoir t 
l'usage de Josphine, passrent depuis entre les mains de Marie-Louise.

En 1814, aprs la prise de Paris, l'empereur d'Autriche eut la
curiosit de visiter le cabinet des mdailles; un des directeurs lui
ayant cont tous les dtails relatifs  la disparition de ces bijoux,
non-seulement Sa Majest promit de les faire restituer, mais elle
ajouta que la princesse sa fille les dposerait dans un lieu sr, o
l'on serait  mme de les retrouver. Pendant long-temps on ignora ce
qu'ils taient devenus; mais les recherches des administrateurs,
secondes par le zle du ministre de la maison du roi, eurent enfin un
plein succs. Tous ces antiques sont retrouvs; et je vous apprendrai
qu'ils ont t trs-certainement remis  M. Thiry de Ville-d'Avray,
premier valet-de-chambre de Sa Majest. Il serait bien  dsirer que ces
rarets, disposes maintenant en pendants d'oreilles, en colliers, en
bracelets, en diadmes et autres ornemens de femme, fussent rintgrs
dans l'ancien local, d'o ils n'auraient jamais d tre distraits..

Nous tions monts au cabinet des gravures, o les plus belles preuves
dans tous les genres couvraient les lambris et recevaient un nouveau
relief de la transparence des glaces et de l'lgance de l'encadrement.
En passant dans la pice destine aux bureaux des directeurs, nous vmes
des chassis que remplissaient du haut en bas de nombreux portefeuilles
renfermant les oeuvres des graveurs franais et trangers de tous les
sicles, depuis l'origine de l'art jusqu' nos jours. Tout  ct,
quelques panneaux de cet appartement taient encore garnis d'estampes
rares, qu'on retrouvait jusque sur les portes, et mme jusqu'au plafond.
Ce local est beaucoup trop resserr, me dit Philomnor, pour renfermer
les curieux et les travailleurs qui viennent y tudier les grands
matres. En effet, nous emes peine  trouver place pour parcourir 
notre aise les chefs-d'oeuvre d'Audran et de Bervick qui nous avaient t
confis. Votre observation me parat infiniment juste, mon cher Grec,
lui rpondis-je; permettez-moi d'en ajouter une autre  mon tour. Cet
tablissement est fort riche, et cependant il peut devenir plus complet
si l'on n'oublie pas d'acheter, lorsque l'occasion s'en prsentera, des
objets presque uniques, puiss, dont les planches sont brises; objets
qui, m'a-t-on assur, ne se trouvent point ici, et que se vantent de
possder en France un petit nombre d'amateurs trs-connus.

De l nous passmes  la galerie des manuscrits, o nous fmes  mme
d'examiner avec un grand intrt tant de prcieux originaux, sacrs ou
profanes; la belle nettet des critures, la finesse des vlins, la
magnificence des reliures souvent blouissantes d'or, de perles et de
pierreries[110], la dlicatesse des vignettes, la ressemblance des
portraits, l'imitation parfaite des sites et des monumens, et surtout
l'clat vari des couleurs, nous firent avouer que nos pres, souvent
ravals par certains auteurs modernes, avaient bien leur mrite, pour
suppler ainsi avec la plume et le pinceau aux dcouvertes de
l'imprimerie et de la gravure qui leur manquaient. On nous montra des
ouvrages tracs sur palmier, et mille autres rarets dans toutes les
langues. Mais ces curiosits nous firent moins de plaisir que la vue des
manuscrits authentiques des Fnlon et des Bossuet, des Racine et des
Svign, et de tant d'autres illustres Franais, dont plusieurs artistes
ont trouv le secret de multiplier  l'infini d'exactes copies, ou, pour
mieux dire, des _fac simile_.

Au moment o nous cherchions  lithographier en quelque sorte dans
notre mmoire l'image distincte de tant d'critures diffrentes, les
lettres de Catherine de Mdicis, que je remarquai dans une des
montres[111], me firent souvenir d'une anecdote trs-piquante et
trs-singulire, dont les preuves m'avaient t communiques par un
effet de l'extrme obligeance de M. Van Praet, un des directeurs de la
bibliothque. Ces lettres, mon cher Philomnor, dis-je  mon Grec,
furent voles ici avec beaucoup d'autres pices trs-importantes, au
commencement du dernier sicle par une espce de Tartuffe sur lequel
mille antcdens auraient bien d veiller l'attention et une prudente
surveillance, surtout  l'poque o La Fontaine crivait:

     ....... La mfiance
     Est mre de la sret.[112]

Cet hypocrite s'appelait Aimon; n en Dauphin, il tudia
successivement  Grenoble,  Turin et  Rome, o il reut les ordres
sacrs. Revenu en France, il fut sept ans cur dans un village, se
dgota de cette pnible fonction, et fit un second voyage  Rome; ce
fut l qu'il conut le projet de changer de religion, projet qu'il
excuta  Berne, o il devint ministre.

De l il se retira  la Haye, s'y maria, fut pensionn par les
tats-gnraux, et pendant cinq ans exera le ministre dans cette
rsidence. Lass de la Hollande, Aimon eut envie de revoir sa patrie, et
trouva les moyens, par les correspondances qu'il y entretenait, d'en
obtenir la permission du roi, auprs de qui on le fit passer pour un
homme qui pourrait rendre de grands services, s'il tait ramen au sein
de l'glise catholique. Il eut donc un passeport de M. le comte de
Pontchartrain, et arriva de Bruxelles  Paris (en 1706), y fit
abjuration du calvinisme, et rentra dans son ancien tat. Il lui fut
mme expdi un brevet du roi pour une pension de six cents francs; et
il fut reu dans le sminaire des Missions trangres par MM. Thiberge
et Brisacier qui en taient les suprieurs. Ce fut  la recommandation
de ces messieurs, aussi bien que de l'abb Renaudot, que ce nouveau
converti trouva un accs libre dans la bibliothque du Roi pendant son
sjour en cette capitale. M. Clment, alors garde de la bibliothque du
roi sous M. l'abb de Louvois, l'y admit comme un homme de lettres et un
ecclsiastique dont il n'y avait point  se dfier. Aimon feignait de
chercher des matriaux pour des mmoires qu'il disait avoir ordre de
faire sur des affaires de religion et d'tat. Non-seulement on eut la
malheureuse facilit de ne lui rien refuser, soit par rapport aux livres
imprims, soit par rapport aux manuscrits[113], mais mme de l'y laisser
travailler  toute heure et sans tmoins. Il abusa trangement de la
confiance qu'on avait en lui. Non content de voler plusieurs manuscrits
entiers, il poussa la mchancet jusqu' dtacher, couper et arracher
une grande quantit de feuillets dans quelques autres volumes qu'il ne
put pas apparemment emporter, entre autres _les Entretiens de
Confucius, l'Arithmtique chinoise, un cahier de Gographie chinois, un
Alcoran en grec et en latin, une trentaine de feuillets des ptres de
saint Paul_, (l'un des plus anciens manuscrits de la bibliothque),
_quatorze de la Bible de Charles-le-Chauve, un manuscrit du mme Roi, et
les Lettres de Catherine de Mdicis, de Charles IX et d'Henri III 
leurs ambassadeurs  Rome_[114]. Aprs une action aussi noire, cet
infme sortit de Paris au mois de mai 1707, muni d'un passeport de M. de
Chamillard, pour se retirer  la Haye, o il alla de nouveau changer de
religion; et ce ne fut qu'aprs l'vasion de ce double rengat qu'on
s'aperut  la bibliothque des vols qu'il y avait faits.

Une enqute eut lieu, on fit des rclamations relatives  ce dlit; et
les objets, que cet escroc avait dj vendus, furent restitus  la
France par milord Oxfort de Mortimer, qui en avait fait l'acquisition.

Nous tions sortis de la bibliothque, en faisant de tristes rflexions
sur la perversit et l'trange bizarrerie de l'esprit humain. Arrivs
prs la place de Grve, Philomnor ne se lassait point d'admirer les
points de vue pittoresques qu'offrent les quais des diffrens bras de la
Seine et les environs de l'le Saint-Louis, surtout lorsqu'on les
contemple sous un ciel vaporeux. Mais, avant de nous rendre  la
cathdrale, dont les tours se prsentaient devant nous, nous entrmes 
l'Htel-de-Ville, pour y voir les images du bon Henri et du grand roi.

Philomnor fut surpris de la simplicit d'un des premiers monumens de la
capitale, et de l'indigence de son muse littraire, o se trouvent des
classiques nombreux, mais o l'on peut signaler des lacunes
considrables dans les autres parties de la littrature. Les fonds
manquent, dis-je; et cependant, mon cher ami, personne n'ignore que la
commune de Paris est prodigieusement riche.

Par suite d'un dplorable systme, on sacrifie des sommes normes  des
colifichets qui ne durent qu'un jour, ou qui sont dtruits au bout de
quelques annes.

Convenez-en avec moi, si depuis cinquante ans on et destin  btir
un nouvel Htel-de-Ville et  se procurer pour les ftes un mobilier
solide; si, dis-je, on et destin la moiti des sommes qui pendant ce
court espace ont t prodigues en pesans chafaudages, en faades, en
temples, en galeries, en rochers, en statues postiches de bois, de toile
ou de carton, en taffetas, en gazes d'or et d'argent, en guirlandes
artificielles et en tant d'autres objets futiles, promptement anantis
et pourtant bien chrement pays[115], quel monument admirable on aurait
 Paris! Cette commune, qui souvent a fait des acquisitions, soit pour
assainir certains quartiers, construire des marchs, ou percer des rues
adjacentes, a jusqu'ici toujours nglig d'embellir son Htel-de-Ville.
Possdant des revenus plus considrables qu'aucune cit de France[116],
il lui serait ais d'acheter ce petit nombre de maisons recrpies qui,
adosses  l'arcade St.-Jean, aboutissent sur le quai de la Grve,
maisons dont la destruction isolerait entirement ce simple et noble
difice, et rendrait la faade extrieure parfaitement uniforme et
rgulire. J'exigerais encore que des statues prises dans les dbris de
nos anciens monumens dtruits, y remplaassent dans les niches, celles
que les Iconoclastes rvolutionnaires en ont fait descendre; et qu'enfin
l'art du clbre Dyle rajeunt, comme  la porte Saint-Martin, sa
gothique architecture.




CHAPITRE XII.

Cathdrale.--Prparatifs pour la fte du baptme du duc de
Bordeaux.--Dcors peu analogues avec la vieille mtropole.--Ornemens
plus en rapport avec l'architecture gothique.--Avantages qui en eussent
rsult.--Note remarquable.--Philomnor assiste  la crmonie du
baptme.--Pice de vers.--Prsages anecdotiques sur le duc de Bordeaux.


Sduits par les brillantes descriptions que les journalistes avaient
donnes des prparatifs immenses faits pour le baptme de S.A.R. Mgr. le
duc de Bordeaux, nous nous rendmes avec empressement  la cathdrale,
le jour mme de la crmonie. L, ds l'entre, nous croyions tre
blouis par une pompe vraiment imposante et religieuse; quel fut notre
tonnement en voyant un chafaudage de pices de charpente cacher la
vnrable faade! Il nous sembla que de longues tentes de forme antique,
en toffes clatantes, semes de fleurs de lys et bordes de franges
d'or, eussent t moins dispendieuses en main-d'oeuvre, plus riches, et
plus analogues au monument, que ce portique de bois dor et de toiles
frachement peintes, qui, malgr les ogives, les petites tours, les
crnelures et les enjolivemens de toute espce, n'en paraissait pas
moins bizarre, prs de ces murs tout noircis par les sicles. Introduits
dans l'intrieur, les dcorations produisaient au premier coup-d'oeil le
plus grand effet; ces lustres de cristal, ces candlabres o brlaient
des milliers de bougies, ce dais superbe du velours le plus fin, ces
riches tapis, cet autel en arc de triomphe, ces gnies portant les
insignes du prince, cette chapelle de vermeil, ces draperies amarante et
fleurdelyses, ces toffes d'or et d'argent qui couvraient les murs et
les tribunes de la nef, ces guirlandes de fleurs qui s'enlaaient autour
des colonnes et retombaient en longs festons; tout cet ensemble, j'en
fais l'aveu, blouissait d'abord le spectateur. Remis de notre premire
surprise, nous nous demandmes si tous les dtails taient bien d'accord
avec une crmonie aussi grave et aussi importante, une crmonie qui
allait pour ainsi dire consacrer  jamais les destines de la
monarchie? Sans mriter le nom de frondeur partial et caustique, une
partie de ces ornemens, me dit Philomnor, ne seraient-ils point plutt
convenables  une salle de bal leve  la hte, telle que celle de
l'Htel-de-Ville, qu' l'antique mtropole de Paris? A-t-on cru faire
quelque chose de merveilleux, en peignant provisoirement en couleurs
barioles les croises des traves qui se trouvent au-dessus du
sanctuaire? Pourquoi du provisoire, lorsque la magnificence royale se
dployait dans toute sa plnitude? et puisque l'argent ne manquait pas,
n'et-il pas mieux valu employer des verres de couleur, solidement
assurs, et qui eussent mis ces croises parfaitement en harmonie avec
les rosaces admirables et autres vitraux de la cathdrale? Au moins,
long-temps aprs la fte, le souvenir de l'vnement le plus heureux et
t marqu par une restauration aussi utile qu'indispensable. D'aprs un
principe incontestable, la solidit des choses que l'on paie
trs-chrement, peut seule concilier la magnificence avec l'conomie.
Tous les hommes d'un got clair en diront autant; mais, soit par
insouciance, soit par un intrt sottement calcul[117], cette sage
maxime est sans cesse oublie. Je suis bien loign de proscrire de nos
temples les fleurs et les feuillages artificiels dans nos crmonies
religieuses; l'imitation la plus parfaite des trsors de la nature est
le plus lgitime hommage que l'homme reconnaissant puisse offrir  son
ternel bienfaiteur; aussi n'est-ce pas l'usage, mais l'agencement, que
j'oserai blmer ici;  ces petites guirlandes beaucoup trop recherches,
 ces petites roses clairsemes sur satin blanc, on reconnat trop la
main de mesdames Mre et Germont[118].

Plaisanterie  part, lui rpondis-je, j'eusse prfr faire rgner
uniquement dans les hautes tribunes de l'difice des cordons immenses de
verdure; et plus bas j'aurais plac des vases de porcelaine et d'albtre
antique, remplis des plus belles fleurs de la France. Que signifient ces
trophes de drapeaux reprsents sur des planches chancres, lorsque la
ralit et d remplacer ces plates images? Bon Dieu! qu'eussent fait de
moins les maires et adjoints d'une petite ville ou les marguilliers
d'une succursale champtre? Que signifient encore ces armoiries et ces
anges en peinture qui les soutiennent, lorsque les manufactures de notre
bonne ville de Lyon eussent pu fabriquer de riches tentures, et faire
broder en or et en argent sur la moire et le velours ces cartouches et
autres accessoires?  quoi donc nous servirait notre prodigieuse
industrie, si son luxe n'tait pas tal dans nos ftes? Ces dcorations
qui, pendant un certain temps, auraient vivifi les ateliers de nos
grandes cits, n'eussent point t phmres, et auraient pu tre
conserves pour d'autres crmonies aussi dsires que solennelles,
tandis que de toutes ces dpenses trs-considrables en main-d'oeuvre, il
n'en restera rien, presqu'exactement rien, que les dessins[119]. On ne
me contestera pas d'ailleurs qu'il est toujours dangereux de mettre le
genre gothique en contact avec le style moderne, et qu'il faut viter
toute macdoine architecturale. L'ordre gothique ne supporte que des
ornemens graves, nobles et majestueux, que des ornemens relatifs aux
poques hroques de notre histoire; et l'artiste oblig de travailler
en quelque sorte avec le gnie maure ou arabe, doit ncessairement
marcher avec lui, sans s'carter de la route trace; il doit se
soumettre aveuglment  ses inspirations. Les marbres vrais et non
imits, les bronzes, les tapisseries, les toffes en laine, en soie, les
crpines d'or, les couleurs les plus tranchantes, telles que
l'carlate, le pourpre, le bleu d'azur, sont les seuls dcors qui
puissent s'allier avec ce genre grandiose, aussi pompeux que svre.
D'aprs un contraste aussi frappant entre ce qui existait autour de nous
et ce que trs-certainement le bon got aurait proscrit, nous cherchmes
d'o pouvait natre l'enthousiasme subit qu'avait produit le premier
coup-d'oeil; nous trouvmes que le temple tirait infailliblement sa
magnificence de la prsence du monarque lgislateur, des princes, des
princesses, de la runion des grands de la cour, des premires autorits
de l'tat, et en un mot, de tout ce que la France offre de plus
distingu dans les rangs divers de la socit. Quelle voix humaine
exprimera cette sensation qu'prouvrent tous les coeurs vraiment
franais, en voyant s'avancer dans le temple de Dieu les deux orphelins,
et surtout ce nouveau Joas[120], ce prcieux rejeton de tant de rois
qui, par le mouvement trs-marqu de ses petits bras, tmoignait la
satisfaction qu'il prouvait  la vue de cette brillante assemble. Non,
aucune expression ne peut rendre la respectueuse admiration dont on fut
gnralement saisi en croyant deviner les inclinations prcoces du royal
enfant, lorsque, pendant la crmonie, nous vmes le jeune Henri se
montrer presqu'insensible aux objets blouissans dont il tait entour,
et jouer continuellement avec les dcorations du mrite et de l'honneur
que ses mains faibles et hardies saisissaient sur la poitrine de son
aeul. L'heureux prsage, mon cher Philomnor, dis-je aussitt!
n'est-ce point Achille ddaignant les vaines parures, les colliers, les
bracelets offerts par Ulysse  sa curiosit, et dcelant subitement son
sexe et son mle courage par le choix d'une pe?




CHAPITRE XIII.

Suite du mme sujet.--Description du choeur de Notre-Dame.--tat
dplorable des autres parties de cette basilique.--Continuelles
mutilations qu'elle prouve.--Ornemens mesquins.--Voeux de l'auteur pour
cet difice et les autres glises qui sont  construire et 
rparer.--Obstacles qui doivent contrarier ses plans.--Il est ncessaire
d'agrandir la place de la cathdrale.--loigner l'Htel-Dieu de cette
enceinte.--Motifs de cette mesure.--Emplacement favorable pour cet
tablissement.


Nous avions vu la cathdrale avec des embellissemens de circonstance;
quelques jours aprs, nous voulmes la revoir, lorsqu'elle fut dgage
de ce clinquant passager, et qu'elle eut repris sa forme naturelle.
Arrivs  Notre-Dame, le choeur et le sanctuaire nous parurent des
morceaux achevs; seulement je remarquai que les sculptures des stalles,
des chaires piscopales et les marqueteries du pav sacr taient
brises[121] ou cailles en quelques endroits, et rclamaient une
dpense ncessaire. Quelle magnificence dans les grilles, o l'or moulu
se marie avec l'acier le plus poli! s'cria mon Grec. Que le groupe de
Couston est imposant et parfait! Quelle majestueuse dignit dans ces
monarques prosterns! Comme les tableaux sont analogues au lieu et
correspondent bien avec le tout! Quelle distribution sublime dans
l'difice! Quelle hardiesse dans l'lvation des votes! Quel fini
minutieux jusque dans les plus petits dtails de ce genre gothique! Mais
la nef, les ailes, les chapelles exigent une rparation rflchie et
mdite. Oui, repris-je en soupirant, tout se ressent ici des ravages
de l'athisme; sa main de fer, sa main dvastatrice y est encore
empreinte, et son passage n'y est effac qu'avec la plus mesquine
parcimonie[122]. Malgr le grand nom de certains peintres, vous
conviendrez avec moi que des tableaux prissant de vtust, ne sont
plus  leur vritable place dans cette majestueuse mtropole. Ils vous
paratront uniquement propres  servir de modle dans une cole de
peinture. Je crois encore que l'on doit sans dlai, et surtout sans
aucun scrupule, envoyer dans quelque succursale de village ces petits
saints de pltre[123] de dix-huit pouces de hauteur, si ridiculement
guinds sur les pidestaux des autels des bas-cts.

tait-ce ainsi que nos pres dcoraient leurs temples, o l'or,
l'argent, l'ivoire, l'bne et les pierreries taient employs. On va,
dit-on, faire des travaux considrables  ce monument. Formons un voeu,
et je dsire qu'il soit entendu de tous les vrais Franais du royaume.
Ah! que pour un objet aussi auguste on nglige les froids calculs d'une
sordide conomie. Que sous les votes sombres de cette antique
cathdrale on reconnaisse la premire basilique des Gaules! Que la
mlancolie s'y nourrisse de souvenirs touchans et de douces esprances!
Que les vitraux, dpositaires du courage des martyrs, s'y refltent en
mille couleurs sur le porphyre et l'albtre des tombeaux hroques
rendus par un ordre royal  leurs premiers asiles. Que les plus riches
marquetteries soient prodigues dans son enceinte. Que nos marbres les
plus varis recouvrent les marbres factices de ses colonnes. Que des
mosaques immortelles dcorent ses murs si nus et si tristement
dpouills. Que les statues et les tableaux de nos plus grands matres,
sagement distribus, soient toujours d'accord avec le style solennel de
cette vnrable mtropole. Que, tromp par ce pompeux spectacle, le
voyageur surpris se croie transport sous les dmes de Saint-Pierre de
Rome.

Quel enthousiasme! s'cria mon Grec; toutefois je l'excuse, et mme je
le partage. L'amour dont vous tes anim pour la gloire de votre pays le
rend bien lgitime; cependant je crains que l'indiffrence apathique et
routinire, la plus mortelle ennemie des arts, ne soit long-temps un
obstacle insurmontable  l'excution de plans qu'il faudrait galement
suivre pour l'embellissement de Sainte-Genevive, de la Madeleine et de
Notre-Dame de Lorette. Qu'y gagnerez-vous? Vos projets feront sourire de
piti nombre de gens importans qui, pourvu qu'ils aient toutes les
jouissances ncessaires  leur bonheur, s'embarrassent fort peu de
rformes, d'amliorations et d'embellissemens dans les lieux publics.
Ont-ils le temps d'y songer? Bien rents, bien pays, occups de ftes
et de plaisirs, tous leurs momens sont pris. Et s'ils nous entendaient,
peut-tre vos patriotiques observations passeraient  leurs yeux pour
des crimes, ou tout au moins pour une espce d'usurpation sur les
devoirs de leurs charges.

On nous avait conduits au trsor, trs-curieux[124] en 1814, et qui
l'est beaucoup moins aujourd'hui. Aprs avoir contempl les portraits
des Juign et des Dubelloy, nous tions sortis de cette auguste
enceinte; nos yeux ne se lassaient point d'admirer encore la faade de
cette premire basilique de France que nous venions de visiter avec un
si grand intrt. Le parvis de cette cathdrale, dis-je  mon ami, est
beaucoup trop petit. Ce temple tant spcialement choisi pour y clbrer
toutes les crmonies religieuses de la cour, il est essentiel pour la
sret publique et la dignit nationale, que le local soit propre au
dveloppement d'un grand appareil civil et militaire. On sentira, un
jour, je l'espre, la ncessit d'largir cette place sur tous les sens,
en transportant ailleurs l'hpital dit l'Htel-Dieu, et en faisant
tomber des groupes de maisons jusqu' la rue du March Palu; alors ce
monument aurait des accs et des dgagemens convenables. Si je vous ai
parl d'loigner l'Htel-Dieu, les raisons les plus puissantes m'y ont
dtermin; par des lois trs-sages on a dfendu la spulture dans
l'intrieur des villes. Croit-on avoir par  tous les inconvniens qui
rsultent d'exhalaisons corrompues, lorsque prs de la cathdrale, au
centre d'une population nombreuse, on conserve un hpital qui serait
beaucoup mieux plac, sans doute, pour les malades mmes, s'il tait
transfr dans une atmosphre plus facilement renouvele, dans un
endroit isol et surtout trs-loign de la cit, quartier o l'on ne
respire point cet air pur, cet air vital, si ncessaire pourtant aux
malades et aux convalescens? Aussi votre Dupaty, me dit Philomnor,
a-t-il crit avec beaucoup de justesse: L'air est pour la sant le
premier des alimens, et le premier des remdes pour la maladie[125]. Je
proposerais donc de transporter l'Htel-Dieu, soit au-dessous de la
pompe  vapeur du Gros-Caillou, soit en face du pont de l'cole
militaire, sur ce cteau qui domine les fondemens d'un palais
presqu'aussitt dtruit que commenc. Bti sur un plan conforme  sa
destination, cet hpital, favorablement situ au dessous du cours de la
Seine, relativement  Paris, jouirait abondamment des eaux du fleuve,
sans que les habitans de la capitale eussent lieu de se ressentir, et
consquemment de se plaindre, de l'infection pour ainsi dire
stationnaire dans les environs de pareils tablissemens.




CHAPITRE XIV.

Le pays latin.--Lecteurs ambulans.--Les arts ont singulirement gagn
dans la classe des riches bourgeois de Paris, et mme dans celle des
artisans.


Nous tions entrs dans le pays latin. Un usage adopt depuis peu par
quelques hommes de lettres, usage trs-remarquable d'ailleurs dans
d'autres quartiers de Paris, frappait Philomnor; je veux parler de la
nouvelle manie de ceux que l'on appelle lecteurs ambulans. Une des
singularits de l'poque, me disait-il, et que j'observe  chaque pas,
c'est de voir avec quel soin extrme certaines gens y conomisent le
temps, tandis qu'un petit nombre d'aimables tourdis le perdent chaque
jour sans regret, et sont mme fort embarrasss de son emploi. L'amour
de l'tude est le vrai cachet du sicle; c'est une passion dominante qui
a gagn tous les tats, toutes les classes, toutes les conditions. On
prendrait vos rues et vos boulevards pour les portiques
d'Acadmus[126]. Il n'y a point l d'exagration lui dis-je, mon cher
grec: souvent on est heurt par un jeune rudit qui, les lunettes sur le
nez, tient, d'un air important, un _Touquet_ d'dition compacte.
Quelques savantes mme contribuent  propager cette mode un peu
pdantesque.  peine sont-elles dans une promenade publique, que les
Mditations de M. de Lamartine, le Solitaire ou l'Ipsibo sortent du
ridicule. Ces ouvrages romantiques remplacent l'ventail. Jusqu'ici le
nombre de ces lectrices en plein vent tait petit, il augmente chaque
jour, surtout dans les alles sombres du Luxembourg et des Tuileries. 
chaque coin de rue, la marchande de fleurs et de fruits l'caillre et
le portefaix ont une brochure  la main, tandis que le jockei, prenant
l'impriale d'une berline pour un puptre, y dvore le livre jaune ou le
livre bleu: enfin depuis l'humble sellette o repose sous la brosse tel
journal que l'artiste offre si attentivement  la pratique, jusqu'
l'lgante calche o le lgislateur se rendant  son poste, examine les
bulletins distribus la veille, tout lit dans Paris.

Non seulement la lecture, mon cher Philomnor, est devenue un plaisir
indispensable pour le peuple franais, j'ajouterai que le got des
beaux-arts fait le charme du plus modeste rduit. Il n'est pas rare de
voir dans les ateliers telle apprentie assez verse dans la musique pour
dchiffrer l'ariette nouvelle, et tel jeune artisan franchir lestement
sur le violon la difficult pour laquelle jadis on avertissait nos
pres. Chose remarquable, on voit plus d'une jeune femme travailler le
jour dans un magasin ou mme dans un restaurant, et dbiter le soir un
rle au Mont-Parnasse,  Charenton, ou figurer dans les choeurs des
petits spectacles.

J'ajouterai que l'ducation des filles de nos riches artisans est
souvent aussi soigne que celle des classes les plus leves; les arts
d'agrment sont si communs dans la bourgeoisie de Paris, qu'on
compterait plus facilement ceux qui les ngligent que ceux qui les
possdent; la raison en est simple; quoique l'or s'apprcie beaucoup
dans ce sicle, une heureuse exprience a souvent appris que les talens,
ressource puissante dans l'adversit, ont fait contracter d'excellens
mariages et sont quelquefois la seule dot de la beaut.




CHAPITRE XV.

Montagne Sainte-Genevive.--Bibliothque.--Leon d'un professeur du
collge de France.--tonnement du jeune Grec sur l'emploi du
local.--Anecdote prussienne.--La Sorbonne et sa restauration.


Nous avions dirig notre course vers la Montagne-Sainte-Genevive, pour
visiter la bibliothque trs-intressante par la collection de livres
rares, de bustes, de tableaux[127] des hommes illustres dont les
souvenirs semblent encourager la jeunesse  suivre la carrire qu'ils
ont si glorieusement parcourue; la disposition du vaisseau nous parut
trs-commode pour les lecteurs en toute saison. Au sortir de la
bibliothque, je proposai au curieux Philomnor de le conduire  une
leon du collge de France pour y entendre un professeur aussi connu par
la dlicatesse de son got, la finesse de ses aperus et par ses
ouvrages justement estims, que par une littrature immense sans morgue
et sans pdantisme. Le jeune Grec fut satisfait de la leon du
professeur; il et bien voulu lui faire quelques observations sur
certains principes qui n'taient pas tout--fait d'accord avec les
siens; sa modestie l'en empcha; il se contenta, en sortant, de
critiquer  juste titre la petitesse de l'tablissement. Quoi!
disait-il, voil donc le sanctuaire o se dveloppent les derniers
prceptes de perfection que les Muses donnent  leurs nourrissons!

Vous aviez une salle dcore de colonnes et de festons; quelle
bizarrerie! comment l'a-t-on dfigure par des chafaudages et des
amphithtres du plus mauvais genre? n'est-il pas singulier que pour y
parvenir, on soit oblig de traverser des vestibules qui, sous le bon
plaisir de je ne sais quelle autorit, sont devenus des remises? Si le
pristyle d'un des principaux temples des lettres et des sciences sert
maintenant  cet usage, comme tout vient avec le temps, il ne faut pas
dsesprer de voir bientt s'y tablir une curie, et alors on serait
tent d'inscrire comme en Prusse sur le fronton, lorsque le mme abus
se fut introduit prs de son muse: _Musis, Mulisque templum._
Contenez votre indignation, lui dis-je; indiquer de pareilles
inconvenances, c'est les faire disparatre. La Sorbonne, ajoutai-je,
dont cent auteurs vous ont parl, va bientt sortir de ses ruines
dplorables et devenir le premier foyer de l'instruction publique.

Dj plusieurs salles sont prpares pour diffrens exercices, et
principalement celle que l'on destine  la distribution des prix
accords aux jeunes lves de l'universit; de nombreux amphithtres,
commodes et bien draps, la rendent trs-propre  cet usage. On a tout
fait pour piquer l'mulation, et pour inspirer l'amour et le dsir de
cette gloire solide et raisonnable que donne la culture et l'tude
approfondie des connaissances humaines. Des peintres habiles ont pay un
juste tribut aux protecteurs des arts, des sciences et des lettres; en
traant sur les panneaux de la vote quelques traits les plus saillans
de leur histoire, ils ont acquitt la dette de la patrie reconnaissante,
et gnralement du monde savant. Ces mmes artistes nous ont offert sur
les lambris les portraits fort ressemblans de ces hommes immortels, qui,
dans tous les sicles et dans tous les pays polics, ont fait natre ou
rpandu les lumires de la civilisation par leurs dcouvertes et leurs
crits. Dans cette enceinte se trouve la meilleure compagnie; on s'y
rencontre tour  tour avec Homre et Platon, Dmosthnes et Archimde,
Molire et Buffon, Racine et Descartes, Mallebranche et Bossuet, Fnlon
et Leibnitz, Delille et Lavoisier, et beaucoup d'autres de cette trempe;
mais y conservera-t-on ces statues si mal faites, d'une substance si
frle et si peu digne de figurer dans le musum central de toutes les
acadmies du royaume? Je ne le crois pas: le caractre du Grand-Matre,
et son got exquis m'en sont garans; qui connat mieux que sa Grandeur
la nature du vrai beau et la mesure des convenances? Malgr quelques
traces de mauvais got, l'architecte, comme vous le voyez, a suspendu
sur les faades extrieures de l'difice quelques guirlandes d'une grce
exquise, et lui a imprim des formes graves qui, dans ses cours
silencieuses, inspirent le recueillement et un respect involontaire.




CHAPITRE XVI.

La Sainte-Chapelle.--Le Palais.--Incohrence de ses diffrentes
parties.--Chemines, tuyaux.--Procd anglais pour absorber et utiliser
la vapeur des poles.--Embellissemens possibles pour le tribunal
suprme.--Terre-plein du Pont-Neuf.--chafaudage monstrueux prs d'un
des plus beaux monumens de Paris.--Chambre de cassation.--Statue de
d'Aguesseau de l'Hpital.--Monument Malesherbes.--Galeries du Palais
telles qu'elles sont et telles qu'elles devraient tre.


En quittant le faubourg Saint-Jacques nous apermes le sommet des
aiguilles de la Sainte-Chapelle, si clbre dans l'histoire de nos rois,
pour son architecture pittoresque, et depuis par le chef-d'oeuvre de
Boileau. Pendant un temps, on avait eu le projet de la rtablir et de
l'ouvrir au public. Nous osons croire que la restauration[128] d'un
monument si important ne sera point toujours indfinitivement ajourne.
Cependant aprs une marche rapide, nous tions entrs dans l'le de la
Cit.

 travers cette grille magnifique et quelques chtives baraques souvent
couvertes de lambeaux, vous entrevoyez, mon cher Philomnor, dis-je 
mon Grec, l'antique palais de la premire magistrature franaise,
gothique sjour de nos rois, o, soit au dehors, soit au dedans, tout
est aussi incohrent, aussi baroque, aussi trangement contradictoire
que les codes divers qui jadis rgissaient nos provinces. Mais comment
se fait-il que le plus bel ouvrage de serrurerie franaise n'ait pas t
remis  neuf depuis la restauration? Probablement les armes de France,
sculptes sur un globe d'azur, et les fleurs de lys qui dcoraient cette
superbe grille[129], n'ont point t dtruites; pourquoi ne pas les y
replacer? Par contre-coup, reprit Philomnor, que ne fait-on
disparatre ces chemines ingales[130] et surtout ces tuyaux qui,
lancs, plis, recourbs en cent faons, couvrent les toits de ce
palais et de mille autres difices? Inexplicable absurdit! on regratte,
on reblanchit certains monumens, et la vapeur des poles noircit dans un
hiver les travaux de la campagne prcdente. Il serait plus sage de
profiter du moyen connu par lequel on dirige et conduit cette mme
vapeur dans les souterrains; on ferait mieux encore, en adoptant un
procd avantageusement connu et pratiqu en Angleterre dans plusieurs
tablissemens, o la fume refoule sur elle-mme est contrainte de se
consumer dans le foyer dont elle est sortie: l tout est profit et sans
aucun inconvnient. Du cot de la place de la Cit, la faade du temple
de la justice nous parut trop simple dans ses ornemens, et contraster
dsagrablement avec son perron majestueux.

Point de bas-reliefs[131], point d'inscription[132]: il faut deviner
quel est ce monument. Le premier sanctuaire des lois doit avoir des
emblmes dignes de lui. On pourrait rendre supportable, que dis-je?
admirable, l'entre qui fait face au Pont-Neuf; le moyen le plus simple
serait d'agrandir la cour du ct de la Seine, et de rendre cette
enceinte plus rgulire en achetant quelques vieilles maisons pour les
dmolir. Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'il serait indispensable de
transporter ailleurs ce corps-de-garde en planche construit presque au
pied de la fontaine de Desaix, et qui dfigure si horriblement la place
Dauphine; alors, les plaideurs, lasss de tant de courses souvent
infructueuses dans la salle des Pas-Perdus, se consoleraient sans doute,
en contemplant dans un paysage arien l'image de ce bon roi, pour qui
la droiture et l'inflexible quit taient des vertus aussi chres  son
coeur que l'amour de ses peuples.

On devait excuter en pierre de liais un arc de triomphe construit en
bois  l'poque de l'inauguration de la statue; par bonheur, cette
conception bizarre qui et gt un des plus beaux sites de l'univers,
n'a point t ralise. Mais puisqu'alors on avait des fonds de reste en
caisse pour une construction aussi dispendieuse, n'est-il pas tonnant
qu'on n'ait pas eu depuis de plus heureuses inspirations? Pourquoi
n'a-t-on pas rig aux quatre coins du monument, des faisceaux d'armes,
sur ces pierres destines  recevoir dans les rjouissances publiques
des ifs de lumire, pierres qui, par leur saillie permanente, risquent
chaque jour d'occasioner la chute des curieux, tout occups d'examiner,
dans les moindres dtails, un des morceaux les plus remarquables de la
sculpture moderne[133].

Mais quoi! reprit le jeune Grec, on a tout fait d'abord pour dgager la
place o les Franais ont lev la statue d'Henri IV. Un poste militaire
a mme t dtruit; quel mauvais gnie a pu donner l'ide d'y placer, en
entaillant le parapet, l'immense chafaudage d'un escalier en bois
conduisant  des bains? Quelles raisons a-t-on prsentes pour ne pas
isoler entirement cette presqu'le? Comment parmi les membres du corps
municipal, o l'on remarque tant d'hommes de mrite et de bon got, ne
s'est-il pas lev une seule voix pour rclamer contre cette
construction barbare? On devrait bien revenir sur une pareille
concession, et dplacer cette masse informe qui cache une partie de la
frise. Je voudrais, rpliquai-je, que votre observation ft connue.
Sa justesse serait apprcie. Mais rentrons dans l'intrieur du palais;
que de nombreuses censures j'aurais  faire! Il faudrait ici rparer des
plafonds; l prolonger certaines salles; ailleurs mnager d'autres
entres; plus loin laguer de mesquins embellissemens et en crer de
plus adapts au local; partout ne serait-il pas ncessaire de dployer
dans ce palais la magnificence nationale, et d'inspirer par la grandeur
des dcors une vnration religieuse pour l'autorit suprme qui y rend
ses oracles; telles sont mes vues, je les crois saines. Pour me borner,
je ne vous parlerai que du tribunal de la cour de cassation dont le
mobilier est d'ailleurs trs-convenable.

Il est triste de ne pntrer que par des pices irrgulires dans une
salle beaucoup trop basse; en vain on y chercherait ces votes
retentissantes si favorables  la voix de l'orateur;  peine,
quelquefois, voyez-vous les juges; le sige mme du prsident est si peu
lev, qu'il est presque de niveau avec le parquet.

Je vais rpter ici les critiques fates dj au Corps lgislatif et 
la Sorbonne. On n'y voit que des d'Aguesseau et des l'Hpital de
pltre. Les images de ces grands hommes devraient bien y tre faites
d'une matire aussi prcieuse et aussi durable que leurs actions et
leurs crits. D'ailleurs, le gouvernement en a donn l'exemple dans le
monument[134] rig au plus vertueux des Franais, et au sujet le plus
dvou, l'immortel Malesherbes. Je suis bien de votre avis, reprit
Philomnor; mais vous me permettrez de froisser quelques intrts
particuliers; je les respecterais, si dans mon opinion ils ne devaient
pas cder  un intrt plus majeur, celui de la chose publique. En
traversant ces longues galeries, je vous demanderai quels rapports
existent entre ces nombreux artisans et les ministres de la justice?

Quoi! dans ce lieu mme, o d'aprs Molire et Boileau, je ne croyais
sentir que le doux parfum des pices, l'air est infect par les odeurs
les plus dsagrables. Croyez-moi; il n'est plus permis de transiger
avec de pareils abus; hsiterait-on  expulser ces ateliers et ces
magasins si dgotans, si ridicules et si dplacs? Assez d'autres
asiles leur sont ouverts soit dans les environs o dans les autres
quartiers de Paris; il n'existe aucune raison solide pour les y
conserver. Dtruisez donc des usages introduits par la barbarie, tolrs
par le mauvais got et consacrs par la cupidit. Rparez les fautes des
sicles passs, et les ravages d'une rvolution dont l'audacieuse folie
osa, m'a-t-on assur, briser ici ou livrer aux flammes les images de vos
plus illustres anctres. Que ces nombreux artisans, que ces marchands de
colifichets et de jouets d'enfans disparaissent ensemble, et que je
puisse revoir  leur place les statues et les portraits de ces sages
lgislateurs, de ces magistrats intgres, de ces orateurs loquens dont
la gloire immortalisa votre patrie, et dont les doctes ouvrages
contribuent si puissamment  mon bonheur.




CHAPITRE XVII.

Fte publique.


C'tait la veille d'une des ftes les plus solennelles de France: nous
avions parcouru les diffrens quartiers de la capitale, et pris part 
la joie universelle. Les spectacles gratis du matin, les jeux de toute
espce de la journe, les chanteurs des ponts, les baladins des
carrefours, les mts de cocagne, les orchestres et les danses en plein
air, enfin l'immense population qui se pressait, s'touffait dans les
carrs et les avenues des Champs-lyses avaient successivement fix
l'attention de mon curieux observateur. Arrivs  temps pour la
distribution des comestibles, Philomnor s'tait singulirement diverti
en voyant cette pluie de cervelas, de poulets rtis, de ptisseries, de
sucreries de toute espce, volant au-dessus de nos ttes, tombant pour
ainsi dire des nues presqu' nos pieds, au milieu d'une jeunesse
bruyante et tumultueuse qui ramassait et se disputait, avec la plus
franche gat, tous ces dons de la munificence nationale. Aprs avoir
assez long-temps considr la patience et l'opinitret de ces hommes
robustes qui, groupps et monts les uns sur les autres, s'efforcent
d'approcher leurs camarades les plus entreprenans des fontaines
d'abondance, pour y remplir quelques cruches de ce vin empourpr, qu'ils
se partagent et boivent ordinairement ensemble, Philomnor me dit: Il
est des instans o les visages barbouills de lie de ces nombreux
rivaux, leurs gestes, leurs attitudes, leurs propos, leurs apostrophes,
leurs dfis, leurs exclamations et leur rire immodr me causent la plus
singulire des illusions: je me figure voir Thespis et sa troupe
joyeuse; oui, mon ami, je crois assister  la naissance de la comdie
grecque sur quelque place d'Athnes. Toutefois, j'aurais dsir qu'en
faisant leurs libations, ces braves gens se fussent content de
s'inonder rciproquement d'une liqueur si chrement conquise, comme cela
arrive souvent  ma trs-grande satisfaction. Cette espiglerie est sans
aucuns rsultats fcheux; mais ne pourrait-on point les faire consentir
 se mnager davantage dans les assauts qu'ils livrent  leurs
adversaires. Pour moi, j'exigerais qu'on leur dfendt expressment de
lutter  coups de poings et  coups de brocs. Que la police prenne une
mesure aussi sage, et ces malheureux ne sortiront plus de cette espce
de combats, quelquefois trs-gravement blesss et presque toujours
meurtris et sanglans. Autrement, je vous l'avoue, ces bacchanales
populaires doivent inspirer aux coeurs humains et sensibles plus de
dgot que de plaisir.

Je remarque encore, ajoutait-il, un trs-grand inconvnient dans le
partage des prodigalits de votre gouvernement, o tous ceux qui sont
privs d'une honnte aisance me semblent devoir participer; et
malheureusement, je m'en suis aperu, le maladroit et le faible sont
carts par la foule et n'obtiennent rien: tout est saisi, tout est
enlev par le plus actif et le plus fort. Rassurez-vous, mon cher ami,
repris-je aussitt: cette ingalit du sort est en partie compense; ces
dons d'apparat ne sont que le luxe d'une libralit toute franaise.
Ailleurs des secours publics ou secrets ont t abondamment accords 
tous les misrables dans les diffrens arrondissemens de cette grande
cit. On peut le dire hardiment, car le fait est parfaitement exact. Il
n'y a pas un indigent dans Paris, pourvu qu'il soit connu des autorits,
qui,  pareil jour n'ait vritablement cess de l'tre.

Cependant il se fait tard; pressons-nous de dner dans les environs des
Tuileries, ensuite nous verrons ce soir un superbe feu d'artifice,
prcd d'un concert o doivent figurer les plus clbres artistes de
l'Europe. Vous sentirez, j'en suis sr, votre noble coeur s'lever, se
transporter aux refrains hroques de notre Chant franais. Vous serez
encore charm d'entendre des fanfares, des symphonies militaires
excutes sous les croises du chteau par les lgions parisiennes, et
les troupes de la garnison, dont les diffrentes musiques se succderont
pendant une partie de la nuit.

Jamais soire n'avait t plus belle; jamais un ciel toil n'avait t
plus pur et plus calme. La douceur de la temprature nous invitait 
jouir de tant de plaisirs runis, et nous descendmes dans ce jardin o
l'odeur suave des orangers, et de mille autres fleurs parfumait l'air,
tandis que les oreilles taient enchantes par les plus ravissants
accords, et les yeux blouis par la plus brillante illumination.

Une autre crmonie devait avoir lieu le jour suivant, et nous prommes
de nous y trouver ensemble.




CHAPITRE VIII.

Inauguration de la statue de Louis-le-Grand[135] sur la place des
Victoires.--Description de la crmonie.--Pice de vers.


Un vieillard centenaire, contemporain de Louis XIV, assistant 
l'inauguration de sa statue, et versant des larmes de joie et de bonheur
en revoyant les augustes traits d'un monarque auquel il avait eu le
privilge de survivre, ce vieillard, ce dbris vivant du grand sicle,
nous parut un des plus beaux ornemens de la fte. Le discours de M. le
prfet, o respirait l'loquence du coeur, celle d'un vrai Franais, y
avait ajout un nouveau lustre. Je regrette cependant, dis-je 
Philomnor, qu'on n'ait pas suivi le mme programme qu' la conscration
du monument lev au bon Henri. On y mit beaucoup plus de pompe, on y
dploya plus de magnificence; le roi y prsida; les princes, les
princesses, toute la cour, les grands dignitaires et les autorits de
Paris assistrent  cette crmonie. La garnison de la banlieue dfila
devant celui

     Qui fut de ses sujets le vainqueur et le pre,

au bruit de salves continuelles, et d'une musique non interrompue qui
lectrisait toutes les mes. Je sais que de pareils honneurs ont t
rendus  l'image de Louis, sur la place des Victoires. Mais on y a vu
trop peu de troupes; le cortge n'tait pas assez nombreux, et par l
mme assez imposant. On simplifie trop, rpliqua Philomnor, la
grandeur nationale,  des poques o il faut frapper la multitude et
l'blouir d'un grand clat. On ne se souvient pas assez qu'il faut
non-seulement parler  l'me, mais encore plus aux sens. Quel effet
produisaient ces planches chancres, et ressemblant aux enseignes de
l'Auvergnat et des Indiens des boulevards? Votre comparaison est
parfaitement juste, repris-je. Pourquoi ne s'est-on pas souvenu que nous
avons au muse d'artillerie des trophes d'armes excuts sous le rgne
du grand roi, et qu'il tait si facile de transporter momentanment
autour du pidestal le jour de la crmonie? je dis momentanment, car,
selon moi, quatre phares de bronze allums chaque soir, et supports par
les emblmes de la guerre et des arts, devraient remplacer les nations
enchanes que l'on y voyait autrefois, et qui ornent aujourd'hui la
faade des Invalides. Elles taient encore bien ridicules, ajouta mon
Grec en m'interrompant, ces toiles bleutres dont on cherchait  couvrir
la statue, et que tant de mains impuissantes tchaient de soutenir avec
de faibles gaules si subitement brises quelques instans avant
l'ouverture de la fte. M. l'ordonnateur a-t-il oubli, dans ce sicle
de lumires, les plus simples lois de la mcanique? Qui empchait de
placer aux quatre coins de la place, dans les croises les plus leves,
des poulies, et d'y faire glisser des fils de fer solides, qui se
seraient rattachs  une magnifique couverture jete sur le monument.
Sans l'appareil dgotant des chelles et d'ouvriers  demi vtus, avec
ce moyen peu dispendieux, on et, au premier signal, soulev le voile,
qui, en se repliant majestueusement dans les airs, aurait form un dais
en draperie sur la tte de l'homme immortel.

Nous restmes quelque temps devant ce hros, qui, sur son cheval
belliqueux, semblait s'lancer dans la carrire de la gloire.

Saisi comme malgr moi d'une inspiration subite, je paraphrasai ainsi un
quatrain compos sur l'rection de cette statue par le clbre Bilecocq,
btonnier des avocats de Paris.

     Sta, Lodoix, nec enira nova te certamina poscunt;
     Sanguine sat crevit Gallorum laurus; oliv
     Prtendit ramum populis felicior hres;
     Sta, Lodoix, cessare potes: Mars ipse quiescit.

     Arrte!  grand Louis, ton superbe coursier;
     Nul rival ne t'appelle aux champs de la victoire;
     Tu l'as dit, trop de sang fit crotre ton laurier[136].
     Oh! plus heureux ton fils! cet auguste hritier
     Des bons rois qu'a chants la muse de l'histoire,
     Offre au peuple qu'il aime un rameau d'olivier.
     Repose, tu le peux, au temple de mmoire:
     Quand Mars teint sa foudre, il repose avec gloire.




CHAPITRE XIX.


De l'ancienne salle de l'Opra.--Translation des acteurs au thtre
Favart.--Ncessit sentie d'une salle provisoire.--La salle de la rue
Richelieu ne doit pas tre regrette.--Quel emploi convenable on et pu
faire de cet difice.--Quelques mots sur Monseigneur le duc de
Berri.--Anecdotes et rapprochemens singuliers.--De la nouvelle
salle.--Censure piquante et nave d'un homme du peuple.--Mot heureux
d'un littrateur trs-connu.--Pourquoi l'on a choisi et prfr l'htel
Choiseul pour y mettre l'Opra.--Facilit de mieux placer ce thtre.--
quel difice de Paris ressemble la faade de la nouvelle Acadmie de
musique.--Faade latrale de la rue Pinon.--Quelques abus dtruits,
d'autres conservs.--Intrieur de la salle.--Usage accidentel des
cinquimes loges.--Grandes loges.--Parterre trs-commode.--Lustre
magnifique.--Foyer.


Pour faire diversion aux mercuriales continuelles de Philomnor, je lui
proposai d'aller  l'Opra. On y joue, lui dis-je, une pice
trs-intressante, qui, sans avoir le merveilleux d'_Aladin_, aura pour
vous un mrite plus direct. La scne est dans votre ancienne patrie;
vous verrez Pricls et Aspasie et le ballet de _Clary_. Il n'est pas
tard; nous aurons le temps de jeter un coup-d'oeil sur l'ancienne salle
de la rue Richelieu, maintenant abandonne. Depuis la fermeture de ce
thtre et la translation des acteurs  Favart, nous n'avons eu pendant
quelque temps un Opra qu'en miniature; les chanteurs et les cantatrices
accoutums  dvelopper leur voix dans un local plus vaste, taient
entirement dsorients; les danseurs surtout s'y trouvaient beaucoup
trop  l'troit pour y excuter, dans les ballets, les figures varies
de la chorographie. Dans la crainte assez fonde de laisser perdre
d'heureuses traditions, on se dcida  btir une salle provisoire dont
on dut hter l'excution. Sans cette imprieuse ncessit, il et mieux
valu sans doute sacrifier de suite quelques centaines de mille francs de
plus, et reculer de quelques annes ses jouissances, pour en avoir de
plus relles. La faade de l'ancien opra, me dit le jeune Grec,
n'avait rien qui annont le pays des prestiges, et sous aucun rapport
cette masse ou carrire de pierres ne peut tre regrette. Que
fera-t-on des btimens de l'ancien Opra, ajouta-t-il? Dfinitivement,
dtruira-t-on cet difice? comme l'avait jadis conseill un brave
militaire, inspir par le dsespoir et l'indignation. Suivra-t-on
l'exemple de Charles IX, qui, conseill par Catherine de Mdicis, fit
abattre le chteau des Tournelles, parce qu'Henri II, son pre, avait
perdu la vie dans un tournois sous les murs de ce palais? Je ne
l'ignore point, lui rpondis-je, une loi rcente a dcid positivement
que ce spectacle serait ras et deviendrait une place publique; ne
puis-je cependant, avec le respect d aux ordonnances manes de
l'autorit royale, ne puis-je reprsenter que cette disposition
lgislative est trop peu d'accord avec cet esprit conservateur qui fut
le caractre distinctif de l'auguste victime?

Lguons plutt  la postrit la plus recule le souvenir du prince que
la nation pleure et regrette, par un tablissement qui rappelle ses
gots les plus chris; la France applaudirait sans doute  la cration
d'un monument nouveau pour elle, qui complterait dans l'ancienne
Acadmie des arts une collection trs-imparfaite dans la plupart des
lieux publics. Que le temple des muses devienne en quelque sorte un
Panthon o seront uniquement rassembls les portraits et les statues
des hommes et des femmes les plus clbres dans les lettres, la peinture
et la musique; qu'au milieu de cette biographie anime, la sculpture
consacre les traits de cet excellent prince, de cet infortun duc de
Berry, qui, mme aprs son funeste trpas[137], semblerait encourager
encore les arts qu'il aima, qu'il se plut  cultiver et qu'il honorait
d'une protection spciale et signale.

Je le sais, reprit Philomnor, ce prince crivait avec une grce
admirable, tait adroit dans beaucoup d'exercices, jouait de plusieurs
instruments et peignait la miniature.

Le temps s'tait coul rapidement; le sujet de notre conversation en
avait abrg les instants. L'emplacement de votre opra provisoire,
est-il mieux choisi, me demanda le jeune Grec? L'architecte aurait-il
corrig les dfauts si gnralement critiqus, m'a-t-on dit, dans
l'ancienne salle? Non, lui dis-je, pas entirement: le local est tout
aussi mal choisi; et pour ne rien vous dguiser, on avait toutes les
facilits de faire beaucoup mieux; d'abord un difice semblable, bti
exprs, doit tre reconnu au premier coup d'oeil,  la seule disposition
convenable des diffrentes parties qui le composent; la faade de ce
thtre a beaucoup de rapports avec celle d'un restaurateur de la place
du Chatelet, dont l'enseigne est _au Veau qui tette_. Toutefois, il faut
rendre justice  qui de droit, l'entrepreneur a fait placer huit muses
au-dessus de la corniche; mais, hlas! comme l'a dit un homme de
beaucoup d'esprit: _Sur neuf, il n'en manque qu'une, celle qui prside
 l'architecture_. Malheureusement encore, l'tranger qui veut se
rendre  pied  l'Opra, doit long-temps chercher ce monument, prendre
des informations pour le dcouvrir, mme dans les deux rues o se
trouvent les entres, qui de loin se confondent avec celles des htels
voisins[138]. Il faut tre tout prs pour s'apercevoir de l'existence de
ce spectacle.

Un grand appentis, nanmoins trs-utile, dfigure beaucoup la faade
principale, qui donne sur la rue Pelletier, lorsque ddaignant les
rpugnances, les prventions et les sots prjugs de certains artistes,
on tait  mme de la tourner sur une place mnage du ct des
boulevards; d'ailleurs si l'achat de quelques maisons et t trop
dispendieux, qui empchait d'lever l'Opra sur le terrain de l'htel
_Grange-Batelire_, dont le pristyle dgag par une esplanade, et
form le plus beau point de vue pour la rue Richelieu? et si j'en crois
un architecte, l'acquisition du sol n'et rien cot, puisqu'il
appartient au gouvernement.

Des jardins, qui se prolongent jusqu' la rue de Provence, eussent
facilit presque sans frais, dans certaines occasions, des illusions
naturelles qui ne sont que factices et souvent impuissantes sur la
nouvelle scne. On rpond  cela par de plus solides raisons.
Qu'importe? l'administration n'a-t-elle pas un htel magnifique?
Et-elle t aussi bien loge que dans les splendides appartemens de son
excellence monseigneur le duc de Choiseul? Certainement cette
considration doit paratre trs-importante pour le public. Mais
revenons, mon cher ami,  la salle de la rue Pelletier; en tournant par
la rue Pinon, sa faade latrale aurait bien d tre traite avec un peu
plus de soin par l'entrepreneur; les croises ouvertes de ce cot,
petites et grandes, saillantes et bouches, hautes et basses, arrondies
et carres, avec ou sans balcons, ne feraient-elles pas croire que
l'architecte, pour parler en style de maon, a voulu faire de la
musique[139], et crire  sa manire une partition d'opra?

 Perrault!  Mansard! vous n'tiez pas si savans, s'criait Philomnor
en riant aux clats. Quant  l'intrieur du thtre, repris-je, on a
supprim quelques abus. Ainsi les spectateurs ne courent plus aucun
danger, pour obtenir des billets d'entre les jours de reprsentations
extraordinaires; on n'y est plus culbut, comme dans la vieille salle;
on n'y est plus expos  tre bless par les gendarmes, vol par les
filous[140], ou cras dans la presse, en voulant franchir et emporter
comme d'assaut ces barrires en zig-zag, si drisoirement opposes
encore  la curiosit du public. Mais malheureusement, lorsqu'on a pass
le premier tage, les escaliers sont troits et obscurs. On ne peut
expliquer pourquoi celui de l'Odon n'a pas servi de modle. Est-on
entr dans la salle proprement dite, la forme en est lgante et
gracieuse; les peintures de la vote sont bien excutes: car il faut
rendre justice  qui le mrite; et le plus beau lustre qui ait jamais
clair une salle de spectacle, y produit un effet surprenant; des
colonnes canneles y soutiennent l'difice; mais on a proscrit ces
colonnes creuses que tout homme de bon got critiquait si justement au
thtre de la rue Richelieu; et qui, perces comme les cases d'un
colombier, taient devenues l'asile de tant de sensibles tourterelles.

On n'a pas cette fois cout les conseils d'un sordide intrt, mais
ceux d'un got pur et clair. Cependant, faut-il le dire? n'est-il pas
scandaleux que ces cases troites aient t remplaces l'hiver dernier 
l'Opra provisoire par les cinquimes loges, o, le bouton mis une fois
dans la serrure, personne ne pouvait plus entrer. Ignore-t-on que les
jours de bal ces loges ont eu le mme emploi que les boudoirs du numro
113, au Palais-Royal.

Dans les autres loges du pourtour de la salle, ceux qui sont placs
aux derniers rangs, se plaignent de voir et d'entendre mal. Il n'en est
pas de mme du parterre o les banquettes sont mieux tages que dans
les autres spectacles de la capitale: le foyer, trs-vaste, mais trop
troit, o se remarquent sur glace des pendules d'un nouveau genre[141],
serait trs-beau si des peintures taient excutes sur les lambris ou
du moins au plafond, si des bustes et des vases taient placs sur les
pidestaux qui les attendent et les attendront peut-tre encore
long-temps.




CHAPITRE XX.

La salle d'Opra provisoire rend indispensable un thtre solide et
durable.--La France est lasse de colifichets.--Quelles sont les raisons
de ce dgot?--Colyse antique.--Les obstacles  l'rection d'un opra
permanent doivent tre nuls.--Singularit.--Projets.--Panoramas de la
scne perfectionns.--Vaucansons modernes.--Moyen d'assainir la
salle.--Illusions en tout genre.--Thtre de Bologne, de Milan, de
Parme.--Il est  craindre que le provisoire ne soit
incommutable.--Concours, non des lves architectes, mais des artistes
matres pour une salle dfinitive.


La description assez dtaille que je vous fais de cette salle, mon
cher ami, et la juste critique que je me permets d'exercer sur le fond
et les accessoires ont bien d vous faire pressentir que ce ne sont plus
des salles de spectacles leves en six semaines, et mme dans une
anne, qu'il faut  la France; encore moins des thtres composs de
quelques planches peintes, vernies et dores, et uniquement embellies
par des colonnes de bois et des statues de pltre  peine supportables
dans un thtre provisoire. Nous sommes blass sur tous ces fragiles
colifichets. Aprs avoir contempl les Colyses[142], les Arnes
antiques et les thtres plus modernes de l'Italie, nous soupirons aprs
des monumens qui leur ressemblent, et qui mme fassent oublier leur
richesse et leur clbrit. Quel vrai franais refuserait dans un budget
les sommes ncessaires? Voudrait-on, comme je l'ai entendu, opposer
l'intrt de quelques villes dpartementales? Paris n'est-il pas la
vritable patrie de tous les amis des arts? Cette mtropole de la France
n'est-elle pas le centre commun o doit briller plus qu'ailleurs la
puissance du monarque et de la grande nation qu'il reprsente?

Singularit frappante! nous possdons des chefs-d'oeuvre dramatiques
suprieurs en tout genre aux productions immortelles de l'antiquit et
mme des temps modernes, et nous n'avons pas un seul thtre, qui, pour
sa solidit, son tendue, sa magnificence relle, souffre la
comparaison avec ceux de Rome, de Corinthe et d'Athnes[143]. On reste
confondu d'tonnement, quand on rflchit aux faibles moyens de ces deux
dernires villes, compares  la puissance colossale de notre belle
France.

Je conviens avec vous, reprit Philomnor, qu'un thtre durable devient
absolument ncessaire  Paris; il faudra donc l'lever sur une grande
place susceptible de tous les dgagemens possibles. D'lgans portiques,
orns de colonnes, devront en entourer les vastes perrons. Ces portiques
seront disposs de manire que les voitures puissent, sans embarras,
entrer sous leurs votes spacieuses; circuler et sortir, aprs avoir
dpos  l'abri de toutes les injures du temps les personnes qu'elles
auront conduites  ce spectacle.

Au dedans, la profondeur de la scne facilitera les moyens d'y
appliquer les nouvelles dcouvertes de l'optique, et d'y crer au besoin
des panoramas plus parfaits, d'o seraient loigns ces cygnes, ces
chameaux, ces bergeries de carton, grossires impostures de l'art,
vritables jouets de grands enfans, et qui sont cependant les crations
merveilleuses de certains Vaucanson[144] du sicle. On sait assez que
dans l'tat actuel des choses  l'Opra, la plus mauvaise lorgnette
dtruit cet enchantement puril. Il sera facile de suppler  la
faiblesse de pareils moyens. Il suffit de faire travailler  l'Opra les
mcaniciens de quelques thtres mlodramatiques; la Pie voleuse, le
Songe, seraient les garans de leurs succs.

Alors, comme  Bologne[145], le fond du thtre pourrait s'ouvrir et
prsenter de vritables paysages en perspective; avec une semblable
disposition, indpendamment des moyens connus et indiqus par la
physique, il serait facile de renouveler et d'assainir l'air impur et
mphitique de la salle. Alors, comme  Milan, on serait  mme, lorsque
la pice l'exigerait, de faire manoeuvrer un escadron de cavalerie dans
une plaine riante[146] et sur des montagnes couvertes d'ermitages, de
bois, de torrens, de cascades.

Alors, comme  Parme[147], on ferait voguer des vaisseaux sur un lac
dont les ondes ne seraient plus uniquement des toiles mobiles et de
froides peintures. La plupart de ces innovations indispensables pour un
thtre solide et permanent eussent paru bien dispendieuses pour un
thtre provisoire; aussi me serais-je bien gard d'en avoir propos
quelques-unes pour la salle nouvellement btie, si nous n'avions pas
sujet de craindre que le provisoire ne devienne permanent.

Ah! sans doute, il serait urgent de mettre au concours, non pas de
quelques lves[148], mais des matres, le plan d'une salle d'Opra qui
pt rivaliser de beaut avec celles de tous les pays civiliss. Il
serait mme essentiel de dcerner un prix  l'architecte qui, en
laguant de sa composition les ornemens frivoles, y runirait la
grandeur, la solidit, la richesse et tous les accessoires capables de
rendre ce monument national, le plus beau, le plus commode, et le plus
somptueux de l'univers. Avec quel plaisir l'oeil y contemplerait les
granits, les bronzes, les cristaux et les marbres varis de nos
dpartemens!

Comme tous les ordres d'une architecture arienne s'y runiraient sans
confusion et se prteraient un mutuel clat! Sans aucune inscription,
que je regarde pourtant comme ncessaire, l'tranger, saisi, transport,
reconnatrait aussitt presque involontairement le temple des arts.




CHAPITRE XXI.

Emplacement d'un thtre durable.--Projets du prince du Ligne,
magnifiques, mais impossibles--Notice sur cet amateur des
arts.--Quartier superbe de Paris, si l'on et suivi ses plans.--Arc de
triomphe de l'toile, l'achever et le consacrer  la
paix.--Champs-lyses.--Comment les embellir.--Planter des jardins
d'hiver, qui manquent  Paris.--Jardins d'hiver de Vienne et de
Ptersbourg.--Description de ceux qui se trouvent dans cette dernire
ville.--Esprances de l'auteur.--Rfutation du plan d'un homme de grand
mrite.--Monument de la Bourse.


On parat embarrass sur le choix de l'emplacement d'un thtre
durable, et tel que nous en avons donn une lgre esquisse. Des
considrations d'un grand poids, dveloppes par un publiciste clbre,
ont d faire abandonner le projet autrefois propos par le prince de
Ligne[150], de btir une salle d'Opra  l'entre des Champs-lyses,
o nul obstacle  cette poque n'et empch d'y placer paralllement le
Thtre-Franais, et ces deux difices eussent complt les
embellissemens de la place Louis XV.

Avant les malheurs de la rvolution, ce projet pouvait tre regard
comme heureux. Ces deux salles, places prs de la Seine, eussent t 
porte de tous les secours en cas d'incendie. L'architecte aurait eu
tout l'espace ncessaire pour reproduire sur le terrain de grandes
conceptions. Ces deux difices, bien percs  l'orient, auraient t
trs-favorables pour y tablir au rez-chausse des jardins d'hiver qui
manquent  la France. En effet, reprit Philomnor, jardins
pittoresques, montagnes de tous pays, jeux de tous les climats,
spectacles dans tous les genres, tous les plaisirs, en un mot, se
trouvent  Paris; et cependant n'est-il pas trange qu'aucun riche
capitaliste ne se soit pas avis jusqu'ici de planter dans un local peu
loign du centre de la ville, un jardin o la nature, les arts et
l'industrie sembleraient runir leurs efforts pour faire natre et
conserver au milieu des frimas, la douce temprature et les fleurs du
printemps[152]?

La situation de ces thtres  l'une des extrmits de Paris et
peut-tre excit de violentes rclamations. Je prsume que l'ingnieux
auteur de ce projet avait fait entrer dans ses calculs la proximit des
deux quartiers les plus opulens de Paris, le faubourg Saint-Germain et
la Chausse-d'Antin, les nombreux dbouchs, le charme et le mrite de
la situation. Que de beauts eussent t apperues en sortant du jardin
des Tuileries! le pont Louis XVI, le corps Lgislatif, le Garde-Meuble
et le temple de la Madeleine, les deux monumens scniques dont je vous
ai parl, et dans la perspective l'arc de triomphe de l'toile, dont
l'achvement si dsir ternisera le gnie fianais, ce gnie fcond et
inpuisable, aussi habile  buriner sur ces nouveaux portiques les
triomphes de nos guerriers et les trophes de nos victoires, que les
jouissances de la paix.

Cet arc de triomphe, reprit mon ami, est le plus grand qui existe au
monde, et il est plus qu' moiti construit; il serait bien digne par
ses majestueuses proportions de transmettre  nos neveux le souvenir de
la concorde universelle, et de l'union de tous les Franais.

Supposez, mon cher Philomnor, les galeries du Louvre termines, une
vaste place orne de portiques immenses devant la colonnade de
Perrault[153]. Supposez que la rue projete par Louis XIV est enfin
aligne jusqu' la barrire du Trne... et vous conviendrez avec moi
que Paris, sur la rive droite de la Seine, effacerait les plus belles
villes du monde. Dans les Champs-lyses, ajoutait le prince de Ligne
que je vous ai dj cit, qui sans cela ne mritent pas ce nom, je veux
voir le buste ou la statue questre des hros  qui la France doit ses
victoires, Cond, Turenne, MM. de Vendme, Luxembourg, quelques Rohan,
quelques Montmorency, un Duguesclin, un Du-Guay-Trouin, Bayard, le
charmant Gaston, le modeste Catinat, l'avantageux Villars, le malheureux
Crqui, l'heureux Saxon[153].

Et moi, s'cria Philomnor, j'y dsirerais, contempler les ducs de
Reggio, de Feltre, de Tarente, de Bellune,  ct des Lescure, des
Laroche-Jacquelin, des Sombreuil et de tant d'autres braves qui ont
illustr nos armes. En se rendant  ce monument, il n'est pas un
guerrier qui ne ret la touchante impression des vertus les plus
hroques; la gloire ancienne et la gloire moderne sembleraient
l'environner de tous ses rayons.

Vos projets sont charmans, mon cher Grec, lui dis-je; ils feront
fortune un jour peut-tre plus que ceux du prince de Ligne. De tristes
souvenirs, comme je vous l'ai dit, ont en quelque sorte proscrit les
thtres sur la place Louis XV; et quelque grands que soient les plans
de ce gnral, ils ne pourront jamais tre excuts. Au surplus,
d'autres endroits dans Paris offrent des emplacemens favorables qui
permettront  l'architecte de se livrer aux plus sublimes inspirations,
et d'y faire natre les merveilles de l'imagination la plus fconde.

Concevons-en donc la flatteuse esprance; on profitera d'une longue
paix[154] pour lever des difices dignes enfin de la nation franaise.

Au surplus ces derniers plans doivent sembler prfrables  celui des
architectes, et mme des hommes de lettres[155] qui voudraient mettre
l'Opra dans la nouvelle Bourse, et qui, malgr la loi rendue et les
raisons invincibles qu'on leur oppose, n'ont pas abandonn l'espoir de
l'y placer.

Quelque prpondrante que soit leur opinion, je ferai d'abord observer
que ce btiment, trs-bien situ pour son usage, s'achve maintenant 
l'abri d'une loi propose par Sa Majest, et accueillie par les
Chambres, et qu'il est construit en partie aux frais du commerce de
Paris, qu'on ne pourrait dpossder sans l'indemniser en toute justice
de ses avances. De plus, on conviendra sans peine que Paris, dont
l'influence est si importante sur les autres places de l'Europe, doit
avoir pour ses oprations de finances, un difice qui ne le cde en rien
aux bourses de Londres, d'Amsterdam, et de Ptersbourg.

En second lieu, ce btiment, trs-beau sans doute, a bien ce ton grave,
mle et svre, parfaitement propre  son objet; mais il n'aura jamais,
quoi qu'on fasse, ce genre de magnificence pompeuse que nous avons
exige pour un premier thtre, destin  reproduire au-dehors et
au-dedans tous les prestiges de la ferie[156]; cette magnificence que
rclame le perfectionnement de nos arts, que nos voyages et nos
conqutes nous ont fait connatre et dsirer en France dans les difices
uniquement consacrs au luxe.

Enfin, une dernire rflexion sur la conservation du btiment de la
Bourse  sa premire destination, est, je crois, sans rplique; il n'y a
pas lieu d'en douter; le palais du commerce franais perdrait de sa
solidit, si, d'aprs l'avis de prtendus conomistes, on se dcidait 
y placer le grand thtre lyrique; on serait forc d'y creuser de
profonds souterrains qui n'existent pas et qui mettraient  dcouvert,
et pour ainsi dire  nu les fondemens des colonnes qui environnent le
monument; et vous n'ignorez pas que des souterrains profonds sont
indispensables pour recevoir les normes et nombreuses machines qui,
dans leurs jeux multiplis et journaliers, occasioneraient peut-tre en
peu de temps l'branlement ou la chute d'un difice qui ne fut jamais
dispos pour devenir une salle d'Opra.




CHAPITRE XXII.

Philomnor au spectacle de l'Opra.--Ses nombreuses questions.--Acteurs,
actrices,--MM. Drivis, Bonnel, La Feuillade, Nourrit, Adolphe, Las,
Dabadie, Lecomte.--Anecdote sur Lavigne.--Mmes Branchu, Grassari,
Javareck.--Les doublures jouent plus souvent que les premires
cantatrices.--Admirable talent de Mme Albert qui depuis sa rentre n'a
pas eu de rle dans les pices nouvelles.--Rsultat fcheux du cong sec
donn  Mme Fay.--Trait aussi ridicule que dsavantageux entre la
direction du thtre de Londres et celle de l'Opra de Paris.--Chef
d'orchestre.--Les instrumens couvrent beaucoup trop les
voix.--Rcompense propose pour une ingnieuse
dcouverte.--Pirouettes.--MM. Paul, Albert.--Danse grave.--Singuliers
contrastes.


Cependant l'heure du spectacle s'avanait: nous pressmes notre marche,
et nous emes l'avantage d'tre parfaitement placs au thtre
provisoire. Philomnor, dont jusqu'ici le silence n'avait t interrompu
que par les explosions de la surprise et de l'admiration, profita des
entr'actes pour m'accabler de questions sur les acteurs et les actrices
qui venaient de conqurir son bruyant suffrage.

Je vous dirai peu de chose des acteurs et des actrices du grand Opra,
mon cher Philomnor; presque tous sont si parfaits dans leur genre,
qu'on pourrait mme, sans craindre d'affaiblir la troupe, en dtacher un
ou deux jeunes artistes pour renforcer la socit de Faydeau, qui
souvent fait de grandes pertes. L'opinion publique les a dj signals,
et je ne suis ici que son interprte.

O trouver un timbre de voix plus grave, plus plein, plus sonore, plus
majestueux que celui de Drivis? La haute-contre de Nourrit, toujours
pure, toujours juste, douce et flexible, prend tous les tons pour vous
sduire; Adolphe, son fils et La Feuillade enchantent votre oreille par
des sons o respire tout l'clat et la fracheur de la jeunesse. Sans en
avoir la comique gat, Dabadie remplace, aussi bien qu'il est possible,
ce Las inimitable dont le talent fit si long-temps les dlices de la
France. Mais qu'est devenu Lecomte, dont le genre tait si gracieux?
Faut-il que des intrigues de coulisses aient loign Lavigne, ce
chanteur que l'on n'a point remplac, et dont le port et les mles
accens rendaient avec tant de dignit les rles de Trajan et de Fernand
Corts? Evnement assez bizarre! on dit qu'une cantate excute
ordinairement par Lavigne, et que Drivis avait toujours chante depuis
son absence, fut en partie la cause de sa dmission. Cet acteur avait
beaucoup perdu, ajoutait-on, de ses moyens en province. Le sjour de
Paris, de bons modles, de nouvelles tudes les lui auraient rendus.
Depuis peu, d'ailleurs, il a jet le gant  ses adversaires; comme le
berger de Virgile, il a propos le combat du chant; hsitera-t-on
toujours  l'accepter?

On a renvoy Mme Allan Ponchard, qui valait beaucoup mieux que d'autres
qui ont t conserves. On a donn un cong sec  Mme Fay; combien
d'opras du plus grand mrite, tels qu'Armide, Alceste, sont mis 
l'cart parce qu'il n'existe pas d'actrices qui puissent les chanter. De
nouvelles pertes font natre de nouveaux regrets. Comment par le refus
d'une lgre augmentation de traitement[157] que l'administration
accorde  un danseur[158], a-t-on forc pendant quelque temps  s'exiler
de Paris cet incomparable Drivis, dont les meilleures doublures ne
peuvent remplir le vide? Je vous ferai remarquer un autre abus.

Si j'en excepte Mme Grassary, on ne fait gure jouer au grand Opra que
des doublures surannes, ou des dbutantes sorties du conservatoire,
parmi lesquelles se distinguent Mme Dabadie et Mlle Javareck[159]; mais
chaque jour on regrette de n'y voir paratre, qu' de trs-longs
intervalles, Mme Branchu; et il est bon de vous faire observer que
l'Opra, tout riche qu'il est, n'a pas dans ce moment-ci un seul sujet
qui puisse chanter et excuter aussi bien qu'elle le rle
d'Hypermnestre[160] et de la Vestale, parce que ces rles exigent,
non-seulement une grande cantatrice, mais de plus une excellente
tragdienne; vous ne serez donc pas surpris d'apprendre, mon cher
Philomnor, que toutes celles qui ont os aborder ce double emploi y ont
jusqu'ici compltement chou. D'ailleurs, je puis vous l'affirmer, Mme
Branchu n'a point dsir ni consquemment sollicit sa retraite[161];
elle connat trop bien toute la puissance de ses moyens, qui, loin
d'avoir baiss, ont acquis une perfection que savent apprcier les vrais
amateurs de la bonne musique. Je puis ajouter que les lgers
dfauts[162] qu'une svre critique lui reprochait, ont entirement
disparu. Jamais peut-tre sa voix n'eut plus de charme, de vigueur, de
force, de douceur et d'expression que dans sa dernire apparition sur la
scne. Esprons que l'autorit surprise par les secrtes insinuations de
quelques ennemis jaloux, nous mettra plus souvent  mme d'admirer un
sujet aussi prcieux. Lorsqu'on runit, comme Mme Branchu, les plus
rares talens aux qualits les plus estimables de son sexe, on mrite
d'tre long-temps conserve  ce spectacle, ne ft-ce que pour servir de
modle aux jeunes femmes qui se destinent  parcourir la mme carrire.

Rarement encore on entend Mme Albert, qui jusqu'ici n'a point obtenu
d'emploi dans les opras nouveaux, o elle serait si bien place. Cette
cantatrice possde incontestablement une des plus belles voix de
l'Europe. Lorsqu'elle chante, on croit entendre tour  tour, les
inflexions lgres, les intonations et les cadences perles du
rossignol. Comme Mlle Georges, elle a mis  profit les momens de
l'absence; et comme la belle reine de l'Odon, cette charmante actrice
doit, en reparaissant plus souvent, obtenir les applaudissemens les plus
mrits. Vous devez regretter, mon cher Philomnor, de n'avoir pas
encore apprci son merveilleux talent. Je saisirai avec empressement
l'occasion de l'entendre, me dit le jeune Grec; peut-tre d'ailleurs
cette occasion sera-t-elle moins rare un jour. Il est  prsumer que
l'autorit suprieure finira par connatre ces misrables coteries qui
malheureusement ont assez d'influence pour retenir dans l'ombre des
cantatrices d'un mrite transcendant, mais qui _n'ont pour protecteurs
que leurs talens et une conduite modeste et rserve_[163]; elle finira
sans doute par djouer ces sourdes cabales qui semblent travailler au
renvoi de vos premiers artistes. Lorsque par des raisons gnralement
connues, ajoutai-je, on produit sans cesse des mdiocrits naissantes ou
sur le retour, dont la voix est faible ou voile, et dont les moyens
dramatiques sont d'une nullit parfaite; lorsqu'on ne cherche pas mme 
recruter des actrices suprieures, telles que Mme Montano, qu'on
abandonne aux _dilettanti_ des dpartemens, ou telles, que Mlle Demeri,
dernirement enrle dans les bouffes, pour de l passer plus
facilement, comme Mme Fodor sur les thtres des pays voisins; en
faisant subir au public des privations aussi vivement senties, on a cru
prvenir les dsertions  l'tranger par une transaction passe entre
l'Acadmie royale de Paris et le thtre de Hay-Market de Londres, pour
ne pas s'enlever, dit-on, rciproquement les premiers sujets de la
danse. Ne trouvez-vous pas, mon cher Grec, le mot _rciproquement_ d'une
justesse remarquable? Comme s'il existait en Angleterre un danseur qui
ost faire assaut de grce et de lgret avec Paul, Albert, Ferdinand
et Coulon; et puis, le bel arrangement qui livre en hiver Mme Anatole
aux Anglais, et dans les beaux jours du printemps Paul et Mlle Noblet!
N'existait-il point d'autres moyens de les retenir, qu'en s'imposant
d'aussi pnibles sacrifices? O sont les compensations pour la France?
et la sagesse de l'administration se bornerait-elle uniquement  des
concessions pusillanimes? Au surplus, mon cher ami, quel que soit
aujourd'hui votre enthousiasme pour l'Opra, et le ballet que vous avez
vu reprsenter, trouvez bon, je vous prie, que j'engage le chef
d'orchestre  ne pas couvrir autant par les trombonnes, les tambours et
les trompettes, la voix des chanteurs et surtout des cantatrices. Il est
fcheux d'entendre quelquefois des sons qu'on pourrait appeler des cris
et des hurlemens. Des talens aussi rels que ceux de Drivis, de Bonnel,
de Nourrit, de Mmes Albert, Branchu, Grassary, le Roux, Quiney, n'ont
pas besoin, pour enlever les suffrages, de monter sur un diapason aussi
ridicule que dsagrable pour les spectateurs. Oh! combien cependant
mriterait une rcompense honnte l'artiste ingnieux qui aurait
dcouvert le secret infaillible d'empcher certaines actrices de chanter
faux! Vous pouvez avoir raison, me dit mon Grec; j'inviterais  mon
tour trs-srieusement MM. les chorographes  diminuer le nombre des
pirouettes. Quand on danse comme Albert, quand on voltige comme Paul,
ces tours de force, qui ont tant de rapports avec les singeries des
baladins de vos boulevards, sont inutiles pour mriter de justes
applaudissemens, et sont tout au plus des signaux de ralliement pour MM.
les claqueurs solds.

 merveille, mon cher Grec: trs-certainement, pour les vritables
amateurs, la danse grave n'a pas perdu ses attraits; peut-tre se
montre-t-elle trop rarement  l'Opra; et cependant l'on aimera toujours
 contempler le dveloppement majestueux des forces d'un nerveux
Hercule, opposes  la molle souplesse de nymphes et d'Amours que les
Grces devraient accompagner sans cesse. Trop souvent ici ces Amours ont
outrepass l'ge de l'enfance; trop souvent ils ont perdu ces traits
pleins de malice et de finesse que leur prte la riante imagination des
potes; quelquefois mme des figures qui semblent empruntes au burin de
Calot, se rencontrent  peu de distance d'une tte que l'on croit avoir
admire dans les productions immortelles du pinceau de l'Albane.




CHAPITRE XXIII.

Art mimique.--Son origine.--Rhume d'Andronicus.--Systme admirable des
immortels abbs de l'pe et Sicard.--Rflexions d'un
encyclopdiste.--Mmes Heinel, Guimard, Gardel et Clotilde.--On doit la
perfection de la pantomime  Mlle Bigottini.--Portrait de cette actrice
dans le ballet de Clari.--Mmes Courtin, Fanny Bias, Anatole,
Marinette.--MM. Albert, Montjoie, Ferdinand.--Pantomimes de MM. Franconi
dans leurs tournois.


Tout en blmant avec vous, mon cher Philomnor, des taches aussi
lgres dans un aussi riant tableau, je ne puis m'empcher de rendre
hommage  l'art mimique qui semble avoir eu la destine et l'emploi de
la peinture sur verre, long-temps perdue et dernirement retrouve. Je
parle uniquement de la pantomime asservie aux rgles dramatiques,
autrement on me chicanerait  bon droit sur une pareille assertion; la
pantomime tant, comme vous le savez, la premire langue de l'enfant de
la nature. En tout temps et sans interruption les signes[164] furent
l'idiome du sauvage. La pantomime scnique, si parfaite chez les
Romains, nglige depuis et perfectionne en France, semble mettre 
jour toutes les affections de l'me et leur donner les plus vives
couleurs. Je me rappelle qu'une trs-petite cause, le rhume d'un
comdien, mit  Rome la pantomime en faveur. Andronicus, pote et
acteur, qui publia sa premire pice deux cent quarante ans avant l're
vulgaire, fut l'inventeur de l'art mimique. Ayant prouv un enrouement,
il imagina de faire rciter son rle par un esclave, tandis qu'il
faisait les gestes; telle fut l'origine de la pantomime. Quelque loge
que l'on puisse faire de cet art, me dit Philomnor, les auteurs de
votre Encyclopdie en ont fait, ce me semble, une trs-juste critique
que je puis vous citer: De la pantomime rien ne reste, disent ces
savans, rien ne reste que des impressions quelquefois dangereuses; on
sait qu'elle acheva de corrompre les Romains; au lieu que de la bonne
tragdie et de la saine comdie il reste au moins d'utiles leons.

Un gouvernement sage aura donc soin de prserver les peuples de ce got
dominant des Romains pour la pantomime, et de favoriser les spectacles,
o la raison s'claire, o le sentiment s'pure et s'anoblit.

On doit, repris-je, on doit surtout une nouvelle cration du genre 
Mlle Bigottini; avant elle, Mlles Guimard, Heinel, et de nos jours, Mmes
Gardel et Clotilde, avaient bien, si l'on veut, copi le caractre
idal et potique des divinits de la fable; mais d'aprs le tmoignage
de ceux qui, depuis longues annes, ont suivi l'Opra, aucune actrice
n'avait port la pantomime au degr de perfection o cet art est parvenu
depuis que Mlle Bigottini s'est empare des premiers rles. Jamais
personne ne sut unir plus de grces  une sensibilit plus touchante.
Jamais, comme vous l'avez vu, l'action du geste et le simple jeu de la
physionomie n'ont t plus expressifs, n'ont rendu avec plus de vrit
toutes les nuances du sentiment, les remords de l'erreur, l'amertume des
regrets, la terreur du chtiment, et l'ivresse d'un bonheur inespr; en
un mot, cette expansive nergie de toutes les passions qui agitent,
bouleversent ou transportent le coeur humain; et ce qui est bien plus
remarquable, dans aucun sicle, avant cette incomparable mime, le
spectateur n'avait pu suivre avec autant d'intrt le fil et le
dveloppement d'une intrigue, ni mieux devin les incidens, les pisodes
et le dnouement. Mademoiselle Bigottini est, il est vrai, parfaitement
seconde par Mmes Courtin, Fanny, Anatole et Marinette; par MM. Albert,
Montjoie, Ferdinand et par cet essaim lger de danseurs et de danseuses
dont les talens n'ont point de rivaux en Europe.

La pantomime doit encore beaucoup  MM. et  Mme Franconi qui, dans
leurs tournois, nous ont offert des tableaux d'histoire d'une
ressemblance d'autant plus vraie et d'autant plus nergique, que
l'instinct cultiv d'animaux peu dociles et jusqu'alors peu susceptibles
d'une ducation aussi savante, semble se runir au gnie de leurs
matres pour mieux tromper le spectateur qui se croit rellement
transport au milieu mme o l'action s'est passe et que la scne
reproduit  ses yeux.




CHAPITRE XXIV.

Promenades nouvelles de Philomnor dans certains quartiers de
Paris.--trange malpropret.--Chantiers de la capitale.--Ponts sans
cesse obstrus.--Abus toujours renaissans malgr les
ordonnances.--Relguer strictement certaines professions dans des
marchs communs.--Raisons de cette mesure.--Fontaine de
Grenelle.--Colonnade du Louvre.--Intrieur et cour du mme
palais.--Guinguettes et magasins de pltres-modles.--Carrousel.--Salle
de runion des trois pouvoirs.--Plan de ce temple des lois.--Faire
disparatre les mnageries de ce quartier, et pourquoi.


Un matin, j'avais t prendre Philomnor  son htel, et plusieurs fois
dans nos courses nous avions travers la Seine. Pourquoi, me dit-il,
cette ternelle et rvoltante malpropret dans le centre ou dans les
faubourgs de Paris? pourquoi dans certains endroits de la Cit et du
Marais ne fait-on pas nettoyer certaines petites rues dont l'odeur peut
corrompre davantage l'air impur que l'on y respire? pourquoi
laisse-t-on si long-temps encore ces monceaux de terre et de pltras
ncessaires peut-tre dans un temps d'hiver[166], inutiles dans les
autres saisons, et dont le moindre inconvnient est de mettre de niveau
la chausse et le trottoir, et de faire verser, dans un moment de
presse, les voitures les plus solides. Incontestablement si l'intrt et
la sret gnrale de tous les citoyens doivent l'emporter, dans un tat
bien organis, sur la commodit individuelle, mes observations
s'tendront galement sur ces chantiers sans nombre qui, dans presque
toutes vos rues, rtrcissent la voie publique. Quel est celui qui en
passant prs des ouvriers n'a pas craint d'tre aveugl, ou mme
gravement bless par les clats de pierre qui jaillissent sous les coups
de marteaux? Ne serait-il point utile, pour prvenir tous les accidens,
de fixer dans plusieurs endroits vagues des chantiers communs, d'o les
pierres quarries et prtes  tre places, seraient transportes aux
lieux o l'on btirait?

Je suis tonn, ajoutait-il, que l'on permette, sans ncessit,
l'tablissement de ces piles de bois, de ces sables, de ces ustensiles,
de ces niches, de ces siges[167], sur un des plus jolis ponts de Paris,
celui qui de l'Institut conduit au Louvre. Je n'y passe point sans qu'il
n'en soit encombr. Il me semble, mon cher ami, que les quais, les
boulevards, les Champs-lyses doivent suffire  ces marchands ambulans,
 ces artistes prcieux,  ces mendians de profession qu'on voit chaque
jour, au mpris des rglemens, couvrir la plupart des ponts, qui
devraient tre tenus libres. Je rclamerais au moins ces lois de police
pour le pont Royal, celui des Arts, du Jardin du Roi, de
l'cole-Militaire, et de Louis XVI. Ce dernier, qui, comme l'on sait,
doit tre remis  neuf et orn de belles statues de nos guerriers,
devrait bien tre gard perptuellement par des sentinelles, et dgag
des ignobles baraques qu'on voit aux extrmits.

En traversant diffrentes rues, le jeune tranger fut singulirement
choqu d'un autre abus introduit  Paris pendant la rvolution. Une
tolrance qui a sans doute les plus graves inconvniens, tant au
physique qu'au moral, a souffert que certains _artistes_ trs-habiles
dans la dissection, sortissent des lieux o la sagesse de nos pres les
avait si prudemment consigns, et vinssent se placer dans nos plus
belles rues; il n'est pas rare de voir d'innocens animaux gorgs,
suspendus prs de la boutique du parfumeur, de la marchande de modes et
de nouveauts.

Pour des raisons que je ne fais qu'indiquer  votre sagacit, mon cher
Philomnor, il me semble qu'aprs avoir loign du centre de Paris les
thtres du carnage, et les avoir relgus aux extrmits, mme hors des
barrires, il me semble, dis-je, qu'il serait trs-consquent d'en
confiner exclusivement les victimes dans les nombreux marchs de la
capitale, et de n'en point tolrer la vente ailleurs. Tous les amis
des convenances, seront de votre avis, mon cher Philomnor.
Qu'eussiez-vous dit, si nagure, vous eussiez vu comme moi l'choppe la
plus vile place comme exprs au pied de la belle fontaine de la rue
Grenelle? En voyant les restes sanglans que l'on vendait tout prs de
l'immortel chef-d'oeuvre de Bouchardon, je me croyais revenu au temps du
paganisme. Et cependant, repris-je, vous n'ignorez pas que le sang ne
coulait gure sur les autels des bienfaisantes naades, et que des
fruits, des gteaux et des libations de vin taient presque les seuls
dons que la pit offrait ordinairement  ces divinits champtres.

Tout en continuant notre promenade, nous arrivmes au prs du Louvre.

Quand disparatront entirement[168], me dit mon Grec, ces planches
vermoulues qui masquent, mais dfendent toutefois si utilement, la belle
colonnade de Perrault? Jusqu' quelle poque nous obligera-t-on  monter
presque sous les toits pour l'admirer dans son ensemble? En attendant le
moment o l'on fera les dblaiemens indispensables pour mettre les
alentours du palais en rapport avec la majest de cet difice, n'a-t-on
pas les moyens de le laisser apercevoir tout  fait et sans aucun
obstacle  travers une ceinture de grilles[169] aussi simples
qu'lgantes? Ne dtruira-t-on point aussi, repris-je, des maisons que
l'on dit achetes depuis long-temps par le gouvernement, pour donner 
la faade du nord de ce palais une entre plus spacieuse? Cette
dmolition est urgente et doit mme paratre absolument ncessaire pour
la sret publique[170]. Quand cette vaste cour sera-t-elle embellie par
des gazons d'une frache verdure? Quand substituera-t-on des fontaines,
dignes du lieu,  cette pompe misrable qui sans doute y est ncessaire?

Je demanderai encore si la loge d'un suisse, ayant l'apparence d'un
cabaret et un petit criteau servant d'enseigne[171], est absolument
utile et dcente dans le palais splendide des Henri IV et des Louis XIV?
Ce serait bien le cas de rpter ces vers de Voltaire, crivant en 1749
sur le mme sujet:

     Quel barbare a ml sa bassesse gothique
      toute la grandeur des Grecs et des Romains?
     .............................................
     Faut-il que l'on s'indigne alors que l'on admire![172]

Vous avez vu il y a quelques mois la salle que l'on a dispose pour
l'ouverture de la session lgislative, et je me rappelle encore vos
rflexions  ce sujet. Quoique la chambre des pairs et celle des dputs
aient chacune un palais  part pour leurs assembles, je fus forc de
convenir avec vous que nous n'avions pas un seul monument convenable
pour y recevoir ces deux premiers corps de la nation, lorsque le
souverain juge  propos de les runir, et de se rendre au milieu d'eux,
avec sa cour et les grands dignitaires de la France. La salle des
dputs qui, faute de mieux, servait les annes prcdentes  cette
destination, et celle nouvellement construite au Louvre, sont trop
petites et trop resserres pour un concours aussi nombreux et aussi
solennel; ce qui oblige  rduire extrmement le nombre des spectateurs.
Ces salles d'ailleurs n'ont pas suffisamment ce ton de grandeur, et ces
ornemens que semble demander imprieusement la runion des trois
pouvoirs d'une nation de trente millions d'hommes. O ce monument,
devenu ncessaire d'aprs nos constitutions, serait-il mieux plac qu'au
centre de la place du Carrousel, lorsque tous les btimens qui sont
encore debout auront disparu? Ne trouverait-on pas dans ce projet le
triple avantage d'intercepter la vue des deux pavillons du Louvre et des
Tuileries, qui ne sont point parallles; celui d'une facile circulation,
de dbouchs nombreux; et enfin celui d'offrir encore aux races futures
un difice o le mrite de l'emplacement galerait la majest du plan,
la magnificence de l'architecture et la beaut des fontaines
jaillissantes dont on serait  mme de l'environner. Puisse cet difice
s'lever sous notre auguste monarque! Il est digne du roi lgislateur de
signaler son rgne par un monument qui soit pour ainsi dire le
tabernacle sacr des institutions qu'il a daign octroyer  ses peuples.

Alors ncessairement nous verrons s'loigner du Carrousel ces
mnageries qui, malgr l'indignation gnrale, s'taient mme tablies
jusques sous les balcons des Charles IX, et des Henri III[173]. N'y
a-t-il donc plus de place ailleurs pour les jongleurs de toute espce,
pour les perroquets et perruches, les singes mles et femelles[174] qui,
comme l'on sait, copient d'une manire si indiscrte ou si bouffonne
tant d'importans personnages; et ces camlons des Indes ne trouvent-ils
plus d'asiles  Paris que prs le palais des rois?




CHAPITRE XXV.

Quelques rflexions sur les fondateurs de nos principaux
monumens.--cole Militaire.--Quelle pourrait tre sa destination.--Champ
de Mars.--Y lever des amphithtres.--En entretenir et en planter les
terrasses.--Utilit de ces rparations.--Mot trs-vrai de M. de
Lacretelle sur nos ftes publiques.--On doit conserver les difices
levs pendant la rvolution.--Il faut leur imprimer des formes
royales.--Colonne de la Place Vendme.--Arc de Triomphe du
Carrousel.--Tuileries.--tonnement trs-fond de Philomnor.--Statues
des niches et portiques du Palais, des Jardins et Bosquets.--Raliser un
projet de M. le duc de Lvis.--Surveillance trop peu svre au
Carrousel, et en quoi.--Jours de
revue.--Saint-Cloud.--Versailles.--Dvastations non rprimes dans les
parcs et parterres de ces rsidences.--Bains d'Apollon
viols.--Rocailles et ornemens des bosquets ferms et
publics.--Colonnades du Chteau.--Les vrais moyens de restauration n'ont
point t employs dans les bois dtruis en 1815.--Accidens arrivs aux
monumens de Paris.


Beaucoup de monumens ont t construits par les derniers souverains de
la dynastie rgnante; les chiffres des princes qui les ont fait btir en
sont garans; on doit une reconnaissance ternelle  Franois Ier, 
Louis XIV,  Louis XV et  Louis XVI; on en devra plus au roi philosophe
qui, dans les temps les plus difficiles, a suivi les plans tracs par
ses aeux, avec le projet de les achever et de les embellir. Cependant,
comme il est plus important de maintenir ce qui existe que de crer, je
voudrais que l'difice le plus marquant du rgne de Louis XV,
l'cole-Militaire, difice dont la splendeur fixait l'admiration de tous
les trangers, pour l'lgante distribution de ses portiques et surtout
pour ses grilles d'un travail et d'un fini unique, cesst de rester une
caserne, o les dgradations se multiplient d'un jour  l'autre et
ajoutent encore  celle du temps et d'une rvolution dvastatrice. Eh
quoi! la chancellerie de la Lgion-d'Honneur a son palais; pourquoi
l'ordre royal et militaire de Saint-Louis n'aurait-il point le sien dans
cet htel bien digne d'y recevoir un chancelier et ses archives? C'est
selon moi le seul moyen de tirer cet ancien tablissement de l'tat de
dlabrement o il est rduit, si Sa Majest ne le rend pas  sa
primitive destination.

Les vrais partisans de la monarchie seront d'accord avec vous sur ce
point, me dit Philomnor en m'interrompant. Tout prs, comme le peuple
roi, vous avez, je me le rappelle, un vaste Champ-de-Mars; souvent les
Parisiens y sont attirs par des volutions militaires, de grandes
revues, une distribution de drapeaux, quelquefois par des banquets
populaires ou des courses publiques. Malgr un emploi si frquent, 
peine a-t-on song  prvenir les dsagrmens qui rsultent de son grand
loignement de toute habitation; grave inconvnient, dont vos
compatriotes m'ont appris qu'on s'tait compltement aperu le jour de
son inauguration. On y est brl par un soleil ardent, et souvent inond
par des averses inattendues, avant d'avoir pu regagner la ville. Au lieu
de ces pavillons provisoires, petits, crass, insignifians, que
n'a-t-on construit en regard deux difices en forme de citadelle, qui
dans les crmonies serviraient  recevoir les autorits et  recueillir
le reste de l'anne tout le mobilier, que l'on sentira, un jour, je
l'espre, tre indispensable pour les ftes que l'on y donne, telles
que des tentes nombreuses que l'on dresserait, et que l'on terait 
volont, des draperies, des jalons, des filets, etc., en un mot tout ce
qui serait reconnu utile pour l'agrment, la sret et la commodit
publique[175].

On a bien exhauss le terrain dans le pourtour de son enceinte. Ces
travaux immenses produisent maintenant peu d'effet; des boulemens ont
eu lieu, le terrain s'est affaiss, par suite de la ngligence que l'on
a mise  rparer les terrasses. Les derniers rangs des curieux voient
peu et sont souvent privs de cette espce de spectacle. Votre
gouvernement employerait dont trs--propos, dans la morte saison,
quelques ateliers pour soutenir, relever, distribuer en gradins ces
amphithtres de verdure, et surtout pour abriter par de nouvelles
plantations les nombreux spectateurs qui assistent chaque anne  ces
runions nationales.

Ami de la vnrable antiquit, je n'en suis pas moins, mon cher Grec,
le conservateur zl de tout ce qui a t fait de bon, mme pendant le
trop long interrgne de nos rois. Tous les vrais Franais sont loin
d'tre des Vandales. Jamais ils n'imiteront les aptres de l'anarchie.
Laissons donc subsister ce qui dans tous les temps sera toujours beau,
lorsqu'il ne conserve plus d'emblmes incompatibles avec notre
gouvernement: ne peut-on pas imprimer des formes royales  certains
monumens, levs aux dpens de la France, qui ont t dgrads par suite
de l'invasion de 1815, et principalement ceux qui se trouvent placs
prs de la rsidence du souverain?

Quand le gnie de la victoire, un pied en l'air, les ailes dployes,
tenant dans sa main la trompette hroque, semblera-t-il s'envoler du
sommet de la colonne de la place Vendme, et rpandre en tous lieux
l'clatante renomme de nos armes?

 l'arc de triomphe du Carrousel les bas-reliefs ont t arrachs.
C'tait le droit du plus fort; il n'y reste plus rien qui retrace celui
qui le fit lever: le moment est sans doute arriv de remplacer ces
bas-reliefs par des marbres, o nos sculpteurs pourraient reprsenter
les faits mmorables des Victor, des Moncey, des Macdonald et des
Lauriston.

Les allis ont enlev les chevaux de Corinthe, qui faisaient un si bel
effet dans l'endroit o ils taient placs. Un nouveau quadrige qui, je
l'avoue, n'aurait pas le mrite de l'antiquit, mais qui serait plus
parfait peut-tre, s'il tait travaill par la main de nos artistes,
serait bien capable de nous consoler de cette perte. En descendant les
Renommes on a bris la corniche du monument[176]; n'est-il pas urgent
de rparer ces accidens de la maladresse et de l'imprudence?

Nous avions pntr dans la cour. Philomnor remarqua, avec douleur, sur
les murs et les colonnes du palais l'empreinte des boulets et des balles
dirigs contre cette auguste demeure de nos rois, dans des journes
d'excrable mmoire. Il et voulu que des rparations peu coteuses
effaassent des souvenirs aussi dchirans. Il et voulu encore que tous
ces Romains, si noircis par le temps et si horriblement mutils, placs
sous les galeries avec la Vnus et le Faune qui accompagnent le
vestibule (ct du jardin), fussent absolument remis  neuf, comme une
dcoration essentielle du palais.

Ne serait-il point utile de raliser une ide trs-heureuse de M. le
duc de Lvis? Il faudrait que la terrasse du ct de la rivire, o se
remarquent de bonnes copies d'antiques, ft encore orne de fleurs et
d'arbustes, et servt de promenade particulire au chteau.

Au-dessous, et dans toute la longueur de cette longue terrasse,
exhausse de quelques pieds, dit cet honorable pair, on serait  mme de
pratiquer un immense mange destin aux princes, qui pourraient ainsi
prendre commodment en hiver l'exercice du cheval, dont ceux qui
commandent aux peuples ne doivent jamais perdre l'habitude[177].

Les jardins des Tuileries, reprit Philomnor, sont gnralement bien
tenus[178]. Aucuns marbres cependant ne devraient y tre briss ou
renverss[180]. Quelquefois les statues des bosquets et des terrasses
ont perdu des doigts, une main, un pied; il serait bon de leur rendre
sans dlai des parties qui leur furent enleves par la malveillance la
plus barbare, et qui sont le complment de leur beaut. Hlas!
repris-je, comment d'autres malheurs n'arriveraient-ils pas? ils sont
souvent la suite d'une tolrance indiscrte ou d'une surveillance peu
rigoureuse.

En voulez-vous des exemples dont tout Paris est tmoin. Fait-on une
revue au Carrousel, aussitt des hommes  souliers ferrs se portent et
montent sur les pidestaux de l'arc de triomphe, en cornent les
pierres, sans que personne les en empche; il est facile  ce sujet de
convaincre les plus incrdules. Donne-t-on des ftes  Saint-Cloud, 
Versailles ou dans quelques autres maisons royales, les pices de
verdure extrieures, et mme celles des parterres ferms qui dcoraient
au printemps les bords des eaux ou des bois enchants qui les
environnent, disparaissent en partie sous les pas des promeneurs, et ne
prsentent plus  l'oeil afflig que des tapis arides, desschs et 
moiti dtruits. Des gardes plus nombreux, s'il le fallait, seraient
bien utiles pour leur conservation; et je crois que personne n'aurait
lieu de se plaindre si ces surveillans foraient le public  suivre les
chemins tracs et  respecter les ornemens de ces beaux lieux.

J'ai t tmoin d'un abus heureusement rform  Saint-Cloud. Souvent
le dieu du fleuve, la nymphe de la cascade, son urne mystrieuse,
taient couverts de curieux qui, en montant et en descendant, brisaient
ou risquaient d'endommager ces divinits fragiles, outrages, qui faute
de gardiens plus multiplis, arrivent souvent dans nos Muses[181].

On a fait plus; qui le croirait! des profanateurs ont gravi jusque sur
le sommet du rocher de Versailles; ils ont viol la grotte sacre, dite
des bains d'Apollon, et ravi la main du dieu qui y prside avec tant de
grce et de majest; le mme dlit a t commis sur les statues des
diffrens frontons de la mme rsidence royale, o les colonnes des
pavillons[182], endommages dans leur longueur, doivent veiller
l'attention spciale de l'architecte et exiger le travail des plus
habiles ouvriers.

Je le rpte, ne serait-il pas prfrable de se mettre  l'abri de
pareils accidens plutt que d'tre condamns  les rparer? Ailleurs,
souvent, faute de sentinelles, les bas-reliefs de nos fontaines servent
de jouets  l'enfance inconsidre, et sont exposs aux plus dsolantes
mutilations[183].




CHAPITRE XXVI.

Guichets des Tuileries.--Passages infects par des
immondices.--L'invention de M. Dufour, perfectionne par de nouveaux
essais, devrait tre gnralise dans tout Paris.--clairage mesquin du
Palais, les jours de rception.--Projet plus digne de la majest du
lieu.


Nous sortions des Tuileries, et nous tions prs de traverser un des
guichets, je vis Philomnor respirer un flacon d'essence de Chypre. Je
ne puis m'empcher de m'en plaindre tout haut, murmurait-il avec
chagrin; est-il concevable que dans tous les quartiers de cette
mtropole des arts, et principalement si prs du palais du roi, les
guichets et les passages soient salis, dgrads et mme empests[184]
par des immondices qui excitent des cris et des rclamations presque
universels, sans qu'aucune autorit songe  s'opposer  cette espce de
profanation. Que dites-vous encore, ajouta-t-il de ces petits lampions
qui, le soir, clairent l'entre des Tuileries, aux jours de grande
rception. Deux gnies de bronze, soutenant deux phares magnifiques,
annonceraient, ce me semble, un peu mieux, la majest royale.




CHAPITRE XXVII.

Philomnor se rend  Faydeau.--La scne de ce thtre a trop peu de
profondeur.--Les pices anciennes devraient tre remontes 
neuf.--Dcouvertes de M. Paul.--Opra d'_Aline_.--Projet de vritables
illusions.--Foyer.--Actrices.--Mmes Lemonnier, Boulanger, Paul, Leclerc,
Casimir, Pradher, Rigault, Letellier, Desbrosses, Belmont.--Regrets sur
Mme Duret.--Mme Lemonnier et M. Martin, dans les _Voitures
verses_.--Mme Boulanger dans _Emma_, et Mme Pradher dans le
_Solitaire_.--Tableau trs-difiant de ce thtre.--Note sur les moeurs
de l'poque.--En dpit de Huet, Visentini, Ponchard, Alexis et
Darancourt, on s'aperoit qu'il y manque un Elleviou.--cole mutuelle de
chant.--Ses avantages, ses inconvnient.--De belles voix ne suffisent
pas  ce thtre.--Acteurs propres  remplacer Elleviou.--Anecdote sur
Lecomte.--Notice sur Elleviou.--Gots de nos grands acteurs pour la vie
champtre.--Description de la maison de campagne de Larive.--Quelques
mots sur les jardins de Talma.--Anecdote singulire sur Larive.


Insensiblement nous dirigions notre marche vers Faydeau, o l'on devait
donner _Aline_ et _les Voitures verses_. Pendant le dner, que nous
prmes chez Champeaux: Quelques-unes des remarques que nous avons
faites sur le grand Opra, dis-je  mon Grec, sont applicables au
thtre Faydeau, o l'exigut et le peu de profondeur de la scne
rendent plus sensible le charlatanisme de certaines dcorations. Je
n'ignore pas que, par un procd nouveau, l'ingnieux Paul nous a donn,
dans _Joconde_ et autres pices, des effets de lumire vraiment
surprenans. Lors du grand concours des produits de l'industrie
franaise, nous avons vu cet artiste, qui fut un des meilleurs comdiens
de ce spectacle, exposer deux essais en petit de sa dcouverte dans les
galeries du muse du Louvre. Ces moyens de succs, tout favorables
qu'ils sont, ne suffisent pas, lorsque d'autres parties d'imitation
grossirement contrefaites, font absolument manquer le grand ensemble.
Presque tous les opras anciens de Grtry semblent exiger des
dcorations neuves qui donneraient un charme de plus  ces productions
immortelles.

Pour prouver ce que j'avance, prenons pour exemple, le paysage du
second acte d'_Aline, reine de Golconde_, que vous verrez reprsenter
ce soir.

En vain, dirai-je au directeur, vous m'avez fait entendre les pipeaux,
la musette ou le galoubet; en vain la douce voix des bergres du midi de
la France se mle aux sons rustiques de ces instrumens; en vain je
partage les jeux varis et les danses lgres d'une jeunesse foltre, je
vois des arbres  trente pas; et ces arbres sont des dcoupures
enfantines. Apprenez donc l'art de mieux tromper mes yeux; prolongez ces
lointains;  ces arbres en peinture plate, substituez des arbres en
relief, des bouquets de fleurs artificielles qui disputent de fracheur
 la plus belle nature. Que ces cascades ne soient plus sans
mouvement[185]; et si le local ne vous permet pas d'introduire une
rivire sur la scne, supplez  la nature par les secrets de
l'industrie; avec des gazes d'argent, avec des cristaux transparens et
mobiles, faites couler sous ce pont hardi, ou jaillir de ces roches
escarpes, des eaux cumeuses ou limpides; osez plus; que par intervalle
j'entende le bruit d'un torrent qui se prcipite, ou le doux ni murmure
de cent paisibles ruisseaux; que sur leurs bords heureux j'aperoive
encore l'carlate de la grenade, et le vert sombre de l'olive
s'entremler avec les pommes d'or de l'oranger. Alors, c'en est fait, je
ne suis plus  Paris; thtre, orchestre, spectateurs, tout  disparu
pour moi, en un instant; et,  peu de frais, vous m'avez transport sous
le beau ciel de la Provence[186].

Entre les deux pices nous montmes au foyer, qui nous parut mesquin.
Nous tions sortis du spectacle, o les acteurs avaient mrit plus
d'loges que de censures. Philomnor,  qui j'avais fait connatre les
noms des principaux sujets de ce spectacle, me dit: Jamais on n'a vu
briller, je le prsume,  la mme poque, un aussi grand nombre
d'excellentes actrices  Faydeau. Mmes Rgnault, Lemonnier, Boulanger,
Paul, Rigault, Pradher; MM. Ponchard, Leclerc, Casimir, Le Tellier;
quelle runion de talens divers! Ajoutez, rpliquai-je, Mme Duret, que
probablement nous n'entendrons plus, et dont l'organe enchanteur tait
si suave, si flexible et si dlicieux. Des passe-droits sans nombre, des
dgots bien peu mrits, l'ont loigne de la scne de ses triomphes.
Si la voix de Mmes Desbrosses et Belmont commence  s'affaiblir, ces
actrices n'en sont pas moins par leur jeu parfait absolument ncessaires
dans cet ensemble presque unique.

Parmi les nouveauts joues  ce thtre, il serait difficile
d'entendre un morceau mieux rendu et qui donne la preuve d'une
cantatrice plus consomme dans son art, que le duo des _Voitures
verses_, excut en solo, si j'ose m'exprimer ainsi, par Mme Lemonnier;
duo charmant o cette cantatrice, tout en se prparant aux ruses de la
coquetterie, imite tour  tour le brillant tenor d'un lgant sducteur
et la douce voix d'une virtuose dont la culture a perfectionn les
modulations et les accens. Effectivement, rpliqua vivement
Philomnor, j'ai remarqu ce morceau, il est vraiment ravissant. Vous
serez pour le moins aussi satisfait, repris-je, lorsque vous entendrez
quelques jolis airs du _Solitaire_ et d'_Emma_, o Mmes Pradher et
Boulanger rivalisent de grce et de talent. Avant de vous conduire 
Faydeau, j'avais oubli de vous avertir, mon cher ami, que ce thtre
est, pour ainsi dire, le temple de l'amour conjugal, ce qui est
infiniment difiant. Aprs une longue continence et un noviciat
trs-orageux, la plupart des actrices ont voulu tter du mariage; aussi
ont-elles le train le plus modeste, presque toutes vont  pied; et la
mchancet ne peut interprter ici dfavorablement le luxe des
quipages; ces dames n'ont point comme certaines danseuses du grand
Opra, le privilge de rouler avec fracas dans un landeau magnifique...
Et de se voir pompeusement inscrites, ajouta Philomnor, jusque dans
les journaux trangers, comme les bienfaitrices de l'humanit
souffrante. Remarquez, mon cher ami, repris-je aussitt, que les moeurs
de ce sicle se sont singulirement amliores en apparence, Dans
presque toutes les classes de la socit on ne rougit plus de s'appeler
du doux nom d'poux; un mari n'a plus l'air embarrass, comme
autrefois, en se trouvant  la promenade ou au spectacle, avec sa femme
et ses enfans; il n'est plus du bon ton d'tre irrligieux ou libertin;
et dans les liaisons que blme une morale svre, on met dans ce moment
plus de secret et de dcence; par contre-coup, les femmes entretenues,
mme de haut parage, sans tre moins avides, sont devenues plus
conomes. Il serait peut-tre difficile de signaler  Paris parmi elles
une Duth ou une Dufresne moderne; sans ddaigner l'argent comptant qui
s'coule si rapidement, elles prfrent des rentes solides, de bons
contrats; leur fait-on des avances, elles consultent des praticiens
clairs; averties par l'exemple de leurs devancires[187] et les
conseils de matrones exprimentes, elles s'assurent de bonne heure un
sort heureux pour ces tristes jours o leur beaut fltrie n'existera
plus qu'en peinture et en souvenirs. Mais je m'aperois, mon cher Grec,
que ce petit pisode me fait oublier de vous parler des acteurs de ce
thtre.

Aprs avoir perdu pour jamais Moreau et Chenard, nous avons vu
s'loigner Martin, ce chanteur unique, qui savait, avec tant d'aisance,
varier les airs les plus vulgaires et leur donner la vogue de la
nouveaut; heureusement, D'Arboville nous console, s'il est possible, de
sa retraite prmature; Huet, Visentini, Frol, sont certainement de
trs-bons comdiens.

Mais pourquoi, malgr la voix mlodieuse de Leclerc, l'inimitable
mthode de Ponchard, et les esprances que donne le jeune Alexis,
s'aperoit-on qu'il manque un acteur essentiel  l'Opra-Comique? je
veux dire un Elleviou. Preuve dmonstrative qu' ce thtre, de belles
voix, quoiqu'essentiellement de rigueur, ne sont pas la seule chose
importante; que de plus il faut de beaux dehors et de grands moyens.
Pour moi, je crois que l'on n'a pas assez explor les thtres de Paris
et des dpartemens.

L'esprance doit nous consoler, mon cher ami; si un Elleviou parfait
manque dans ce moment-ci  Faydeau, l'cole mutuelle[188] de chant, et
le mloplaste[189], feront sans doute un jour disparatre cette pnurie
de chanteurs qui runissent une belle voix et des grces extrieures aux
autres agrmens de la taille et de la figure.

L'active surveillance que les directeurs de ces deux mthodes
appliques  la musique, exercent chaque jour sur les organes d'un
trs-grand nombre d'individus, doit ncessairement donner l'veil sur
des talens qui, sans ces procds nouveaux, seraient rests
trs-vraisemblablement inconnus et dans l'oubli.

Me serais-je tromp? Lecomte, que nous avons vu au grand Opra, ne
serait-il pas minemment propre  remplir ce vide? D'ailleurs cet acteur
avait t lev pour. Faydeau: ce serait donc le remettre  sa
vritable place, qu'il abandonna  son retour de Londres o il avait
fait une excursion lucrative. Des bords de la Tamise, il ne fit qu'un
saut sur les planches de l'Acadmie de Musique. Que je vous plains, mon
cher Philomnor, de n'avoir jamais vu jouer Elleviou! Fils d'un mdecin
de Bretagne, cet acteur ayant vu reprsenter une pice de thtre 
Favart, se dcida sur-le-champ pour l'tat de comdien. Personne plus
que lui ne runissait tous les dons ncessaires pour y devenir parfait.
Des traits rguliers, une figure blouissante de jeunesse et de
fracheur, des cheveux blonds naturellement boucls, une taille haute,
des formes qui paraissaient tre celles d'Apollon, tel est le
signalement qu'on et pu donner d'Elleviou[190]. Ajoutez  ces avantages
une voix lgre, agrable, flexible, conduite avec un got qui lui tait
propre; le ton de la meilleure socit, les airs d'un lgant de la
premire classe; la suffisance du plus ptulant tourdi; enfin
par-dessus tout une grce, un naturel qui ne se trouvait qu'en lui; et
vous aurez une ide complte de cet incomparable acteur. Dix ans aprs
avoir contract un mariage avantageux avec une dame de la plus douce
physionomie et de la plus charmante tournure, Elleviou abandonna le
thtre. Des motifs d'intrt personnel, le dsir de se rendre prs de
son pre, peut-tre aussi celui de quitter la scne au milieu de ses
triomphes, et d'emporter les regrets universels d'un public idoltre de
ses talens, engagrent Elleviou  une retraite prmature. Vivement
pris des charmes de la vie champtre, il s'arracha au tourbillon de
Paris et se fixa dans une terre sur les bords du Rhne; l, il ne
s'occupe plus que des soins d'une vaste culture, et d'embellir le plus
dlicieux sjour.

Je dois remarquer  ce sujet que la plupart de nos grands acteurs ont
presque tous eu les mmes inclinations pour la vie des champs. MM.
Larive, Talma, Lafont, Drivis et beaucoup d'autres ont prouv la
justesse de cette observation.

Je vous ai cit Larive; cet acteur que nous ne reverrons plus, a su
conserver jusque dans un ge avanc ces moyens brillans qui lui avaient
fait une renomme si clatante dans les beaux jours de sa jeunesse; et
il nous l'a prouv lorsqu'en 1814 il reparut sur la scne de Favart dans
le rle de Tancrde. Ce fut pour y faire une bonne action, pour jouer au
bnfice des malheureux, qu'on le vit quitter sa riante solitude de
Montmorency, maison de plaisance dont les embellissemens lui ont cot
des sommes normes, et qui ressemble assez  un de ces palais que l'on
dit avoir t jadis btis par les fes. Place sur le penchant d'une
montagne qui doit toutes ses beauts  la nature, et d'o l'on aperoit
les points de vue les plus varis et les plus magnifiques, sa maison est
entirement revtue de coquillages et de rocailles arranges avec un art
admirable. L'intrieur de l'difice, o nos meilleurs architectes et nos
peintres les plus fameux ont dploy les trsors de leur gnie, est
meubl avec le got le plus exquis; on y remarque surtout les portraits
des plus clbres acteurs et actrices de son temps. Sa bibliothque y
fixe l'attention de l'ami des lettres. Presqu'entirement compose de
pices dramatiques, elle renferme encore beaucoup d'autres ouvrages
aussi prcieux que bien choisis. Entre-t-on dans le parc, au sommet mme
de la colline, couronne de hautes futaies, une rivire arrose des
jardins dont le Virgile franais[191] semble avoir plant les masses et
dessin les contours: tantt le fleuve paisible coule doucement 
travers les fleurs des prairies ou s'gare sous de frais ombrages;
tantt il gronde en bouillonnant sur des lits de rochers, y roule en
nappes d'argent, et plus loin se prcipite en cataractes imptueuses;
descendu dans un lac, il s'lance enfin en mille jets d'eau, et retombe
en pluie bienfaisante autour d'un pavillon dlicieux qui dcore le plus
riant paysage. Tel est ce lieu charmant bien digne d'tre dcrit par la
plume de Pline, et dont je ne fais que vous donner une lgre esquisse.

Le caractre des jardins de Talma est, dit-on, plus sombre et plus
propre  nourrir ses tragiques inspirations. Quoique Larive ait
absolument cess de chausser le cothurne tragique, il se plat  donner
des leons[192] et des conseils aux jeunes artistes; sa mmoire est
encore extrmement fidle et riche de faits et d'anecdotes; souvent il
se plat  les raconter, et peu de personnes ont dans leur manire de
narrer un tour plus piquant et plus original. Je fus visit, disait-il
un jour  un jeune Amricain dont le souvenir m'est bien cher, je fus
visit par un de ces hommes qui se sont miraculeusement sauvs au milieu
du torrent rvolutionnaire, quoiqu'ils aient constamment occup des
places lucratives. Qu'avez-vous fait, mon cher Larive, lui disait le
savant M. de ***, depuis votre retraite de la scne? Larive qui,
pendant les jours de la terreur, avait t tourment, perscut, plong
dans les cachots, reprit subitement l'attitude majestueuse d'un hros de
thtre, et lui rpondit par ce vers foudroyant:

     J'ai vcu dans les fers, et vous avez rgn[193].

Voici un fait plus singulier, contait encore Larive  cet ami dont je
vous ai parl: je sortais du thtre; j'avais jou Ladislas dans le
Venceslas de Rotrou; encore tout mu, tout agit, tout pntr de
l'nergie, de l'exaltation que m'avaient inspire les vers de mon rle,
je rentrai chez moi; j'avais besoin de repos; je me couchai; je crus
voir dans ma femme la belle Cassandre, je vous laisse  deviner le
reste; mais au bout de neuf mois, jour pour jour, Mme Larive accoucha
d'un fils. Si l'exprience ne me le prouvait  chaque instant, le
croiriez-vous, Monsieur? ce fils est le vivant portrait du prince que
j'avais reprsent, du prince avec lequel je m'tais pour ainsi dire
tellement identifi, que lui et moi ne faisions qu'un. Aussi, Monsieur,
ne vous tonnez pas si je lui ai transmis avec la vie, non-seulement le
port, les traits, la physionomie historique de ce jeune Polonais; chose
bien plus tonnante! il a reu l'me de ce hros, il a ses gots, ses
passions imptueuses, ses indomptables penchants; en un mot, mon fils
est Ladislas; oui, Monsieur, c'est lui-mme. Tel est le prdcesseur du
premier tragdien de notre sicle.




CHAPITRE XIV.

Palais-Royal.--Passages vitrs.--Muse des rues.--Enseigne.


Demain, mon cher Philomnor, dis-je  mon Grec en le quittant, on
reprsente _Hamlet_ et _l'cole des Femmes_ au grand thtre national;
si vous voulez, nous entendrons les premiers talens de la scne
franaise et peut-tre du monde entier, je veux parler de Talma, de
Mlles Mars et Duchesnois. Lorsque vous aurez essuy les pleurs que le
sombre dsespoir du prince de Danemarck et les remords touchans de sa
mre vous auront fait rpandre, vous verrez avec quel art l'Agns la
plus parfaite sait exprimer toutes les nuances du sentiment et de
l'ingnuit.

Philomnor accepta la partie, nous nous donnmes rendez-vous au
Palais-Royal; et  l'heure marque, le jeune Grec m'y attendait. Les
formes de ce palais, lui fis-je observer, ont bien chang avec le temps
et avec les habitudes des Parisiens. Le Palais-Royal tait
exclusivement, il y a peu d'annes, le centre des affaires et des
plaisirs.  toute minute, l'affluence du public tait telle que l'on
avait peine  circuler dans ces longues galeries qui, actuellement sont
souvent presque dsertes. Et par suite de la mobilit des rvolutions,
nous avons vu supprimer ou transporter, dans les rayons de la
circonfrence de ce palais, des tablissemens[194] que la mode et des
circonstances imprieuses y avaient fixs.

L'lgante commodit des passages vitrs de l'Orme, de Feydeau, du
Panorama et mme du Caire, o la lumire si douce et si favorable
pendant le jour, est le soir si blouissante, a beaucoup nui aux
galeries de ce palais. Ces passages sont des foires perptuelles qui,
par leurs utiles dispositions, contribuent  nous consoler de la
destruction des grands monumens, sur les dbris desquels plusieurs se
sont levs. En toute saison, on y trouve un sr abri contre
l'inclmence de l'air, et tout en s'y promenant, on y jouit du spectacle
des produits varis d'une industrie perfectionne. Ces agrmens runis
devraient bien engager l'administration municipale  multiplier ces
portiques et ces dmes transparens dans les quartiers de Paris o les
cours publiques de traverse sont si sombres et si sales. Vous allez
tre convaincu, reprit Philomnor, que j'ai bien plus de plaisir  louer
qu' censurer sans cesse. Vous avez ici, et dans mille autres endroits
de cette capitale, un trs-grand avantage qui manque  beaucoup de
grandes villes en Europe, et ce titre de supriorit est votre muse des
rues. Un bon tableau, une figure de bronze, un bas-relief, des vases de
porcelaine, pour enseigne, valent bien, ce me semble, le compas ou la
boule d'or, le croissant ou la clef d'argent. Cependant je croirais
qu'une scne du Solliciteur ou de Jeanne d'Arc, serait prfrable au
_Gagne-Petit_ ou au _Pauvre Diable_, et qu'il faudrait toujours choisir
des sujets qui lvent ou charment l'imagination. Malheureusement,
jusqu'ici, la ganterie, la bonneterie et la chapellerie ne se sont point
soumis  cette rvolution gnrale. Et lorsque les autres ngocians ont
presque tous subi la loi du nouvel usage, l'oeil est offusqu par ces
gants normes, ces jambes de gant, ces chapeaux de Gargantua tous
peints en couleur clatante. Et pourtant la suppression de ces gothiques
enseignes ne nuirait en rien au trafic de ces objets. Je suis
quelquefois tonn, ajoutait Philomnor, de rencontrer dans vos rues et
sur vos places publiques des compositions qui ne dpareraient pas les
galeries du Luxembourg. Cela s'explique, lui dis-je, nos meilleurs
artistes, dans leur jeunesse, n'ont pas ddaign d'exposer d'immortelles
productions en plein air; par modestie ils ont gard l'anonyme. Parlez
plus vrai, rpliqua malicieusement mon Grec; en travaillant secrtement
et comme  la drobe pour la lingre, le marchand de nouveauts, le
tailleur, et mme pour de simples artisans aussi ncessaires, certains
peintres ont cru qu' tout ge, il tait trs-bon et trs-sage de
meubler  peu de frais leur garde-robe ou leur appartement. En faisant
l'enseigne de tel restaurateur, en peignant M. et Mme Fricotin[195], ils
se sont trouvs quelquefois trs-heureux de s'assurer pendant l'anne
d'excellens dners pour quelques coups de pinceau. De bons dners ont
leur prix; et il est plus d'un auteur connu, qui, malgr tout le mrite
de ses petits madrigaux, de son roman sentimental ou de ses belles
penses philosophiques, n'a pas obtenu le mme avantage. Les arts, mon
cher ami, les arts conduisent moins  l'hpital que les lettres.




SUITE DU PALAIS-ROYAL.

Souterrains anciens et modernes.--Maisons de jeu.--Embellissemens,
jardins suspendus.


Philomnor finissait  peine ses pigrammes, qu'une musique souterraine
se fit entendre. Qu'est-ce donc? me dit-il; si nous descendions? Il
est inutile, repris-je, de connatre par vous-mme ces caveaux, o l'air
est malsain. Ce concert continuel qui vous sduit, n'est gure
interrompu que par des farces dignes de la foire, la danse d'un Turc,
les grimaces d'un sauvage, et quelques scnes de vaudeville. Je me
trompe, vous y entendriez encore le caquet de vingt femmes du palais,
qui semblent y tenir salon au milieu de la fume des cigares, de la
vapeur du punch et des liqueurs de toute espce. D'aprs cette fidle
esquisse, mon cher ami, votre curiosit doit, je crois, tre bien
affaiblie et dtrompe. Autrefois, d'autres souterrains taient
trs-frquents, m'a-t-on assur, et mme par la bonne socit. Le
caprice vous en prenait-il, on passait plusieurs jours dans un antre
que remplace aujourd'hui ce bassin; et l'on y trouvait un cirque, des
restaurateurs, des cafs, des marchands de toute espce; en un mot, tout
ce qui peut rendre la vie agrable et dlicieuse, si toutefois elle peut
l'tre, lorsqu'en plein midi on est priv d'une atmosphre pure, de la
douce lumire du jour, et qu'on n'est clair qu' la lueur des lampes.
Un horrible incendie, dont mme on rendit complice l'autorit d'alors,
dtruisit de fond en comble cette grotte enchante, qui depuis n'a pas
t rtablie  la mme place, nous avons vu planter un bosquet, ensuite
on l'arracha. On y fit jaillir cette fontaine, peut-tre trop simple.
Je me plairais, me dit Philomnor,  voir autour de ce bassin et de ces
gerbes d'une eau limpide, se balancer le majestueux peuplier d'Italie.
Je voudrais y sentir la douce odeur des myrtes et des rosiers qui, sans
intercepter la vue, seraient sans cesse humects et rafrachis par une
pluie continuelle et bienfaisante.

Votre projet, repris-je, mon cher Grec, serait peu coteux: vivent les
embellissemens dont la nature seule fait les frais! au-dessus de ces
portiques qui entourent le jardin, le soir, des salles resplendissantes
de lumire sont occupes par des jeux publics. Avant la rvolution,
elles l'taient par les plus clbres courtisanes. L, au son d'une
musique enivrante que l'on entend des appartemens voisins, l, mon ami,
vont s'engloutir trop souvent, hlas! les fortunes qui paraissaient les
plus solides, et que l'on voit s'couler rapidement, si je puis
m'exprimer ainsi, au milieu des rceptacles les plus impurs de la
capitale. Vous voudrez bien me permettre de ne pas m'appesantir sur la
cupidit et l'adresse des filous qui s'y rencontrent. Souffrez que je me
taise encore sur la stupidit et le dsespoir de leurs dupes, ou, pour
mieux dire, de leurs victimes. Des malheurs sans nombre dont ces
tablissemens sont la seule cause, font dsirer aux partisans des bonnes
moeurs que le gouvernement soit promptement  mme de fermer pour jamais
ces repaires de tous les vices et de tous les crimes. loignons ce
hideux tableau, rpliqua Philomnor en m'interrompant. La sagesse
comblera le gouffre qu'a creus jadis le plus vil gosme. Reportons nos
regards sur les lgantes sculptures de ce palais, et sur les
embellissemens nouveaux dont il est susceptible. Quel aspect enchanteur
offrirait ce monument immense, si l'on faisait des changemens dans
quelques entres et dans quelques pavillons? Qu'annoncent ces couloirs
troits o l'on se presse, o l'on se heurte, o l'on s'engouffre? Je
crois qu'il serait absolument utile de dgager entirement les passages,
de percer  jour le caf de la rotonde et de donner aux perrons une
largeur plus convenable. Alors, des alles du parterre, vous auriez en
perspective la scne toujours varie, toujours mouvante de la rue
Neuve-des-Petits-Champs et de la rue Vivienne. Proscrivez encore, ajouta
mon Grec, dans l'intrieur, de prtendus ornemens, tels que ces
berceaux, ces treillages[196], ces enseignes et tout regrattage qui ne
serait point gnral et uniforme: alors vous aurez assur  ce grand
difice une beaut nouvelle et durable. Pour donner  la partie du
palais occupe par le prince, cette harmonie dans l'ensemble qui est
tout en architecture, il serait, ce me semble, indispensable
d'exhausser le toit de l'ancien Tribunal, et de le mettre en quilibre
avec la coupole du Thtre-Franais, dont ncessairement on ne peut
diminuer la hauteur.

Dans la seconde cour qui se trouve entre le palais et les galeries de
bois, il faudrait aussi rendre parallles les deux pavillons du centre,
faits pour tre gaux en tout; et dont les frontons semblent nanmoins
avoir t btis sur deux plans diffrens. Cette entreprise est d'autant
plus facile  excuter que des chafaudages sont dans ce moment dresss
pour y faire des rparations, et que l'architecture du pavillon o l'on
travaille n'est mme qu'bauche. Ainsi, point de main d'oeuvre perdue 
regretter, et un degr de perfection  obtenir.

Enfin, que ces galeries de bois si dangereuses pour le reste de
l'difice, surtout en hiver, s'croulent subitement pour faire place 
des arcades transparentes, couronnes par des vases, des balcons, des
trophes, des arcades dont les votes solides soutiendraient une longue
terrasse dcouverte en t, abrite dans la saison froide par des
chssis mobiles, et o, par ce moyen trs-simple, les arbustes et les
fleurs de tous les climats, retraceraient en France ces jardins
suspendus de Babylone, la merveille et l'admiration des sicles.

J'approuve cette ide repris-je: elle tient de la ferie: un gnie de
l'Orient a pu seul la concevoir. Mais vous, mon cher ami, qui tes si
justement persuad que le beau idal en architecture rsulte
essentiellement de l'quilibre dans les diffrentes masses, vous
conviendrez avec moi qu'il ne faudrait pas oublier de lier et de runir
ces jardins en terrasses aux btimens qui sparent les deux cours, par
une galerie, adosse au thtre Franais, et correspondant  celle qui
sert au prince, de salle de rception: l'usage auquel on pourrait
destiner cette galerie rappellerait celles qui ont t dtruites 
diffrentes poques. On pourrait placer avantageusement au
rez-de-chausse, des antiques actuellement si rares dans ce palais, un
cabinet d'histoire naturelle, et un autre des arts et mtiers, que l'on
y voyait avant la rvolution: au-dessus, dans les traves de la galerie
proprement dite, les grandes compositions historiques, commandes par
S. A. S.  nos peintres les plus clbres, y feraient beaucoup plus
d'effet que dans les appartemens o ces peintures se trouvent maintenant
dissmines.

Quoique la collection actuelle de ce palais ne soit pas forme de
chefs-d'oeuvre aussi nombreux et aussi rares qu'elle l'tait autrefois,
on y admire encore beaucoup de tableaux d'un grand mrite dans tous les
genres et surtout les portraits des princes et princesses de la maison
d'Orlans que l'on chercherait vainement ailleurs, entre autres ceux
d'Henri IV dans son enfance, des filles du Rgent et de l'infortune
princesse de Lamballe.

En suivant nos projets, rpliqua Philomnor, on complterait ce qui
existe, on rassemblerait ainsi au centre de cette capitale et dans une
mme enceinte, les prodiges que la nature a fait clore avec tant de
profusion en cent pays divers, et tout ce que les arts et l'industrie
d'hommes suprieurs  leur sicle, ont invent de plus parfait et de
plus divin pour le bonheur de leurs semblables.

FIN DU PREMIER VOLUME.




NOTES

[1: Dans le cas o quelques abus dont il est parl dans cet ouvrage,
auraient t rforms depuis son impression, l'auteur prvient qu'il
n'en est pas moins trs-vrai qu'ils existaient au moment o il les a
signals.]

[2: Que de charmes encor dans leurs restes fltris!

DELILLE. ]

[3: Il reste encore vingt-huit mtopes aux deux faades du temple de
Minerve; une seule est passablement conserve, celle de l'angle
sud-ouest. _Voyage dans le Levant_, par M. le comte de Forbin,
directeur du Muse royal de Paris.]

[4: Au temple d'Erecte, on a pris la colonne angulaire, de sorte qu'il
faut soutenir aujourd'hui avec une pile de pierre, l'entablement entier
qui menace ruine. _Itinraire de Paris  Jrusalem_, par M. de
Chteaubriand, 1er volume.]

[5: Les Anglais ont encore emport la statue de Crs leusine. Les
destructions se multiplient avec une telle rapidit dans la Grce, que
souvent un voyageur n'aperoit pas les moindres vestiges des monumens
qu'un autre voyageur a admirs quelques mois avant lui. _Itinraire de
Paris  Jrusalem_, tome 1er.]

[6:

     Parga s'applaudissait de sa flicit,

     . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

     ... Moment terrible o Parga consterne
     Apprit que d'Albion les dcrets inhumains
     Au joug des musulmans l'avaient abandonne;

     . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

     . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

     Quels sanglots! quels adieux! quels cris se font entendre!
     Vers leurs tristes vaisseaux qu'ils ont peine  marcher!
      la terre natale on les voit s'attacher,
     La presser dans leurs bras, l'arroser de leurs larmes;
     La voix des nautonniers ne les peut arracher
      ce sol qui pour eux n'eut jamais tant de charmes.
     Adieu! s'criaient-ils, adieu! rive fleurie!
     Adieu! terre antique et chrie,
     O nos coeurs ont battu pour la premire fois!
     Adieu! malheureuse patrie...

Ces vers si touchans sont extraits du pome de M. J. P. G. VIENNET,
capitaine au corps royal d'tat-major, chevalier de Saint-Louis et de la
Lgion-d'Honneur.]

[7: Voyez Londres et ses habitans en 1816, et journaux plus rcens.]

[8: Dans le vaudeville _Femme  vendre_.]

[9: Tels sont les heureux rsultats de la musique: la cadence et
l'harmonie subjuguent profondment l'me, et l'branlent avec une force
inexprimable; en lui transmettant des impressions pleines de charmes,
elles communiquent les graces les plus sduisantes  ceux qui cultivent
cet art presque cleste. _Rpublique de Platon_, livre III.]

[10: Nous allons traiter des rapsodes; c'est--dire, de ceux qui
chantent les hymnes et les morceaux choisis des potes; nous parlerons
ensuite de ceux qui les accompagnent, des combats du chant entre les
diffrens choeurs, et de leur introduction ncessaire dans les _ftes
solennelles_. _Platon_, _Trait des lois_, livre VIII.]

[11: Madame la duchesse de Berri s'est form  Paris un charmant Muse
dans le got de ceux d'Italie, o des tableaux anciens et modernes se
trouvent mls avec des vases, des bustes, des rarets de toute espce.]

[12: Le roi des Pays-Bas en a senti le besoin, en arrtant que les
mendians valides seront transports aux colonies par la socit de
bienfaisance.]

[13: Cet homme aussi bienfaisant que modeste qui, sous le voile de
l'anonyme, employait son immense fortune  soulager tous les genres de
malheurs,  rcompenser les vertus les plus ignores et  protger par
des prix d'encouragement les arts, les sciences et les lettres.]

[14: Auquel on joindrait les sommes que le gouvernement affecte
annuellement  cet usage.]

[15: Huit cents ans avant l're chrtienne, Homre fut rduit  mendier
pour vivre.]

[16: Le Camons, n en 1517, prit  l'hpital en 1579.]

[17: Le Tasse, n en 1544; l'indigence et les privations en tout genre
avancrent sa fin en 1595.]

[18: Cervantes, n en 1547, fut accabl de besoins et d'infirmits, et
mourut dans un abandon presqu'absolu en 1616.]

[19: Malfiltre, connu par l'_Ode au Soleil_ et le pome de _Narcisse_,
n  Caen, en Normandie, fut oblig de changer de nom, pour se
soustraire aux poursuites de ses cranciers; mort  Paris, prs le
clotre Saint-Germain-l'Auxerrois, chez la femme d'un tapissier qui
l'avait recueilli par charit.]

[20: Dorvigny, n vers 1734, acteur comique, et auteur de _Jeannot ou
les battus payent l'amende_, de _l'Oncle Valet_, _du Vieux Chteau_, du
_Dsespoir de Jocrisse_, des _Fausses Consultations_, et autres pices;
mort dans un grenier en 1812.]

[21: Dellamaria, n  Marseille en 1778, composa la musique du
_Prisonnier_, de _l'Opra comique_, et expira de faim sur une borne de
la rue Richelieu.]

[22: Gilbert, n en 1751, en Lorraine, victime de trop beaux vers
dirigs contre des hommes puissans, mourut  l'Htel-Dieu, en 1780.]

[23: Ce que je propose est excut chaque jour  Londres par des
compagnies qui achtent les vieilles maisons d'un quartier, et les font
rebtir  leurs frais. Dans ces nouvelles constructions, chaque nouvelle
habitation a souvent un petit jardin attenant. Au centre des places ou
_squares_ est une enceinte entoure de grilles, et orne intrieurement
de gazons, de fleurs, d'arbres et d'arbrisseaux, pour y entretenir la
fracheur et y renouveler l'air, si favorable  la conservation de la
sant. Les charmantes plantations dont je viens de parler, environnent
dans certains squares des statues quelquefois questres[24], mais
presque toujours en marbre ou en bronze. Ces promenades fermes aux
trangers, sont ouvertes aux personnes qui ont acquis le droit d'y
entrer. Dans quelques soires du dimanche, au mois de juin 1815, on
excuta des symphonies  _Portman Square_, malgr l'usage qui proscrit
ce jour-l tout divertissement public  Londres; mais quelques pieux
personnages ayant trouv ces plaisirs trop mondains, ce genre
d'amusement fut dfendu. De riches propritaires encouragent
singulirement les entreprises des compagnies que j'ai cites. Le duc de
Bedfort cda il y a quelques annes un terrain immense plac devant son
htel  des particuliers qui y firent btir un grand nombre de maisons
et des squares. Ces difices composent maintenant une nouvelle ville qui
joint pour ainsi dire Londres  Sommerstown. J'ajouterai que par suite
du march conclu avec les acqureurs de ce vaste domaine, la fortune du
noble lord, dj trs-considrable (sept millions de francs de rente),
doit sous peu devenir immense. Enfin, Georges IV, n'tant que prince
rgent, fit ouvrir une rue devant son palais; c'est la plus belle de la
capitale. Tels sont les effets d'un vrai patriotisme.]

[24: Guillaume III dans Leicester Square; Georges Ier dans Hanover
Square; Georges III dans Saint James Square.]

[25: On contraint le propritaire qui btit sur la voie publique 
recevoir et  suivre l'alignement qui lui est trac par l'autorit
comptente; la mme puissance n'aurait-elle point droit de le forcer 
mettre la corniche de l'difice qu'il construit de niveau avec celle de
son voisin, et d'empcher par l cette ingalit de toitures, toujours
dsagrable pour des yeux amis d'une belle uniformit? Si cette mesure
n'est point, comme je le crois, contraire aux lois et dpend absolument
de la volont municipale, au moins pour les terrains vendus par le
gouvernement et la cit, pourquoi ne la met-on pas  excution dans les
nouvelles constructions des rues Godot et de la Paix? J'ai entendu dire
 des hommes d'un grand mrite que cette uniformit perptuelle des
btimens tait fatigante  la longue (ils citaient Londres comme
exemple); mais jamais l'alignement de l'difice, des fentres et du
toit, ne produira ce dsagrable effet, en supposant surtout que cette
triple exigeance n'exclurait point la diversit des ornemens tels que
pristyles, colonnades, bas-reliefs pour les grands htels et les
palais. La monotonie des autres maisons rendrait ces dcors plus
saillans; mais enfin, et c'est l'objection la plus forte, vous empitez,
ajoute-t-on, sur la libert qu'a tout individu de btir  sa fantaisie;
et je rponds que cette libert reoit un bien plus grand chec et se
trouve blesse bien davantage lorsque, pour largir la voie publique, on
fait perdre au propritaire de telle maison plusieurs toises carres du
sol qu'il habitait. Ce sacrifice, que lui impose la loi maintenant en
rigueur, est trs-rel; celui que je propose est bien moindre; il est
presque imaginaire et fictif.]

[26: On se montre aujourd'hui bien loign de ces ides conservatrices.
Pour prolonger la rue d'Artois jusque dans la rue Saint-Lazare, on vient
de dmolir l'htel Thlusson, un des plus pittoresques de Paris, et mme
l'arcade d'entre, monument qui ne nuisant point au passage, et pu
subsister comme souvenir et dcoration pour ce quartier. On ne sait
encore par quel esprit de vertige on dtruisit; quelques annes avant la
rvolution, la porte Saint-Antoine, restaure sous Louis XIV, et
couverte de bas-reliefs sculpts par Jean Goujon.]

[27: Tour de Saint-Jean-de-Latran, montagne Sainte-Genevive.]

[28: Tour dite de l'Horloge et autres contigus, qui, vues des quais et
des points les plus loigns, font un charmant effet dans la
perspective.]

[29: Clotre Notre-Dame, rue des Chantres.]

[30: Rue des Bourdonnais, enseigne de la Couronne d'or, htel
prcdemment occup par Philippe-le-Bel; par Philippe, duc d'Orlans,
frre du roi Jean; par Gui de la Trmouille; par le chancelier Dubourg,
ensuite par le prsident de Bellivre, et maintenant par un teinturier
et un marchand de soieries. Une tourelle, soutenue par deux colonnes,
quelques sculptures lgantes, s'y dtachent  travers de nouvelles
constructions.]

[31: Htel du cardinal Duprat, rue des Barres.]

[32: Rue Saint-Avoye, o mourut Anne de Montmorency, le sige de la
banque de Law.]

[33: Rue Saint-Antoine, n 143, bti, dit-on, par Henri IV; il fut
galement habit par M. Turgot, dont on y voit le portrait, et par le
marquis de Boisgelin. En 1818 on y trouvait un caf, des billards. Cet
htel, orn de statues en pierre et de peintures, a t parfaitement
restaur par le propritaire actuel. C'est l qu'est place l'cole
spciale du commerce.]

[34: Rue de Seine, o demeurait Turenne, habitation d'un libraire.]

[35: Rue Saint-Antoine.]

[36: Occup maintenant par l'cole spciale des ponts-et-chausses.
L'htel de Carnavalet, rue Culture Sainte-Catherine, n 27, est clbre
par Mme de Svign, qui l'habita quelque temps avec Mme de Grignan, sa
fille, et par les sculptures de Jean Goujon, dfigures dans l'intrieur
de la cour, comme celles du Palais de Justice, rue de la Barillerie, par
d'normes tuyaux de poles qui noircissent l'difice et interceptent la
vue d'une partie des bas-reliefs. Conoit-on bien en 1823 une pareille
barbarie?]

[37: Prsident  qui Boileau adressa une ptre. Cet htel est
malheureusement masqu par quelques btimens modernes peu assortis avec
son antique architecture, rue Pave, n 24.]

[38: Dpt des archives des divers ministres, et imprimerie royale;
d'une architecture remarquable.]

[39: le Saint-Louis, htel o fut tablie une pension, et mtamorphos
depuis en magasin.]

[40: L'intrt de l'art semblerait exiger que l'on prt dfinitivement
de sages mesures pour conserver tant de belles antiquits parses dans
les campagnes de France: entre autres je citerai les forteresses de
Coucy dans le Laonnais; la maison de la reine Blanche si pittoresquement
place dans les bois et sur les bords des lacs de Chantilly. Ne
devrait-on pas imiter la conduite de cet estimable Franais dont je
regrette de ne pas savoir le nom, qui a dernirement achet les restes
magnifiques du chteau de Pierre-Fonds, situ sur la lisire de la fort
de Compigne, dans le seul but de les entretenir et d'en empcher la
ruine totale? Ce chteau, bti par le duc d'Orlans, frre de Charles
VI, en 1390, possd par Henri V, roi d'Angleterre, en 1421, fut
dmantel sous Louis XIII.]

[41: Florissait en 1540; il btit couen.]

[42: On doit  Jules-Hardouin Mansard le dme des Invalides, la galerie
du Palais-Royal, la place de Louis-le-Grand, celle des Victoires, la
cascade de Saint-Cloud, le chteau et la chapelle de Versailles.

Franois Mansard inventa cette sorte de couverture nomme mansarde. Il
donna les plans du portail des Minimes, de la place Royale, de l'htel
des Comptes, de celui de Bouillon, de celui de Toulouse, de l'htel de
Jares, de l'glise du Val-de-Grce, etc.]

[43: Le Ntre, aussi clbre par l'-propos de ses rponses que par ses
talens, fit  Saint-Germain la fameuse terrasse, dessina les jardins de
Versailles, de Clagny, de Chantilly, de Saint-Cloud, de Meudon, et les
dcora de grottes, de colonnades et de portiques.]

[44: Que sont devenues les peintures de cette galerie que les trangers
allaient admirer avec autant de curiosit que celle de Versailles?]

[45: Vendu  trs-vil prix; la bande noire a fait un bnfice norme;
les amateurs dplorent la perte des peintures values  prs d'un
million.]

[46: Relev par la munificence royale.]

[47: Chant dans ces vers de Delille:

     Admirez. . . . . . .
     Chanteloup fier encor de l'exil de son matre.

     _Pome des Jardins_, chant premier.
]

[48: En Normandie, patrie de Malherbe.]

[49: Boileau habitait la cour de la Sainte-Chapelle.]

[50: Racine, rue des Maons.]

[51: En pargnant de tristes dtails sur l'infection de la Seine par
les matires htrognes de la Bivre, des viers de l'Htel-Dieu, des
bains, et des autres immondices sans cesse remues, agites dans le
canal de la Seine par les rames, les avirons des bateaux, les filets des
pcheurs, les oprations de l'extraction du sable, le brisement des
flots aux piles des ponts et le mouvement de la buanderie, qui emploie
un si grand nombre de bateaux emplacs dans le propre thalweg du fleuve,
je passerai sous silence les rsultats affligeans des autopsies
cadavriques, les pidmies nombreuses arrives  Paris par
l'insalubrit de l'eau, suffisamment attestes par des savans du mrite
de M. de Jussieu; je veux mme faire grce du tmoignage des propres
employs des pompes, qui avouent la mauvaise qualit de l'eau qu'ils
fournissent. _Lettre de M. Do. Miroir._]

[52: Ville de boue, du mot _lutum_.]

[53: Le Vatican  Rome en est la preuve.]

[54: Ce dfaut de got, cette absence des convenances, disparatraient
si les vrais artistes taient mieux connus et surtout employs; si l'on
faisait revivre dans la quatrime classe de l'Institut les anciens
rglemens de l'Acadmie, dont avant la rvolution le nombre des
socitaires tait illimit, et o l'on n'obtenait ce titre qu'aprs
avoir disput l'_honneur d'y tre admis en faisant un chef-d'oeuvre_. Un
des grands ridicules de la nouvelle organisation, est, selon nous, que,
pass trente ans, on ne puisse plus concourir pour les grands prix de
peinture, sculpture, architecture, comme s'il n'existait pas des talens
qui n'acquirent leur vritable dveloppement que dans l'ge mr. Un
autre article, infiniment prjudiciable  l'art, doit tre remarqu. On
n'obtient plus le droit de professer  soixante ans, ge o l'exprience
a runi le plus de prceptes et o la mmoire est si riche
d'observations. Il semble, comme l'a dit M. Deseine, qu'on ait oubli
que ce fut  cet ge que Lebrun peignit ses batailles d'Alexandre, et
que Julien avait plus de soixante-dix ans lorsqu'il mit la dernire main
 sa statue du Poussin; et qu'enfin Bouchardon, arriv fort tard  la
rputation d'un homme de mrite, fit la statue de Louis XV. (_Notice
historique sur les anciennes acadmies de peinture, sculpture de Paris,
et celle d'architecture._)]

[55: Cette armure avait appartenu  M. l'abb de Tressan, dcd 
l'Abbaye-au-Bois, ensuite  M. le duc de Saulx-Tavannes, pair de France,
mort en son Htel, rue de Fleurus.]

[56: Dnomination que les Italiens ont donne aux jaspes et  certains
albtres qui se distinguent par une multitude de nuances vives analogues
 celles des fleurs; c'est l'onix des anciens. La _Minralogie_
applique aux arts par M. Brard, ancien directeur des mines en Savoie,
tome 2, page 402.]

[57: Nous n'avons vu jusqu'ici au Muse qu'un seul portrait de la
collection de M. Crawfurt, celui de Bossuet, par Rigault; on a depuis
achet, pour le Luxembourg, la Psych de Grard; mais nous avons vu
livrer  l'tranger, pour seize ou dix-huit mille francs, la vie de
l'Amour[58], en six tableaux, qui auraient si bien dcor notre Muse
moderne. Ces Amours, dont les figures et les attitudes taient si
varies, si dlicieuses, sont actuellement en Russie.]

[58: Vente du gnral Rapp.]

[59: C'est, m'a-t-on assur, un amateur franais qui en a fait
l'acquisition.]

[60: On peut les voir chez un marchand, quai Malaquai.]

[61: Le Christ au tombeau.]

[62:  l'htel de l'Hpital, rue du Temple, n 108.]

[63: Callot ne voulut peindre ni les vainqueurs de sa patrie, ni les
batailles remportes sur son souverain.]

[64: Un fait nouveau vient appuyer mes conjectures:

Le hasard vient de faire dcouvrir dans un champ prs d'Avalon (ville
trs-ancienne de Bourgogne, dont il est fait mention dans l'Itinraire
d'Antonin) l'enceinte d'un temple antique, parfaitement dessin par des
murs qui ont deux ou trois pieds de haut, une grande quantit de statues
mutiles de marbre blanc de la plus rare beaut, et beaucoup de pices
de cuivre et d'argent, toutes marques au coin des empereurs romains.

M. Caristie, architecte du gouvernement, fera bientt sur ces
prcieuses dcouvertes un rapport  l'Institut.

Esprons aussi que le cabinet des mdailles s'enrichira de quelques
pices, peut-tre rares dans sa collection, et que le Muse de Paris
fera restaurer les statues, dans le cas o elles aient rellement cette
_beaut rare_ qu'on a cru y apercevoir.]

[65: Voyage de M. de Forbin dans le Levant.]

[66: Cocherau, auteur d'un tableau reprsentant un _atelier de
Peinture_, mort le 16 aot 1817, sur la cte d'Afrique.]

[67: M. de Forbin a rapport pour le Muse royal deux fragmens assez
beaux de statues de femmes, un casque de bronze de la plus belle
conservation, une urne, deux petites chanes d'or (page 13) et un vase
dit trusque; en tout, frais de transport compris, pour 28 mille francs,
(p. 24.) Voyage dans le Levant.]

[68: Voyage dans le Levant, page 316.]

[69: M. de Forbin l'avoue lui-mme, la Sicile est pour ainsi dire une
mine d'objets d'arts. La lampe de bronze, d'une forme lgante, qui
s'teignit dans un spulcre, claire aujourd'hui, dit-il, la chaumire
du ptre d'Enna. _Souvenirs de la Sicile_, page 182. Le roi de Naples,
ajoute-t-il, a presqu'autant de statues que de sujets, _idem_ page 25.
Voyez encore les pages 109, 113 et 114.

M. de Forbin a rapport de Sicile des dessins, plusieurs vases
d'Agrigente, deux belles mdailles d'Agyrium et un torse en pltre,
qu'il doit  la politesse soigneuse de monsignor Ciantri Panitieri.
_Souvenirs de la Sicile_, pages 94, 99 et 181.]

[70: M. Durville.]

[71: Une souscription fut ouverte  Rome comme l'on sait, pour les frais
que ncessitaient les travaux; beaucoup d'trangers se firent inscrire.]

[72: Ces tribunes existaient sous Bonaparte; la Chambre alors se
composait de cinq cents membres, qui s'y trouvaient fort  l'aise.]

[73: Deux tribunes seulement ont t rtablies; l'une pour la chambre
des pairs, l'autre pour les ambassadeurs. Il et t facile d'en
replacer d'autres, galement rserves, et  la disposition de MM. les
dputs.]

[74: Sous la rserve de conserver  l'tat les bois ncessaires  la
marine, et la jouissance des mines et carrires, qui ne peuvent tre
exploites que par des dpenses toutes royales.]

[75: Tels que le Henri IV et le duc de Berri de la salle des
Confrences, dont l'inauguration fut pourtant annonce avec tant
d'emphase par certaines feuilles publiques.]

[76: Enlev d'abord, rinstall ensuite, ainsi que celui de Louis XVI,
depuis qu'on y a fait l'inauguration du buste du roi rgnant, sculpt
par le clbre Boso.]

[77: La reine Marie-Antoinette habitait  Paris les appartemens
maintenant occups par Sa Majest Louis XVIII.]

[78: Il vivait alors ce vertueux Franais,  l'poque o ceci fut crit.
En preuve de ce que j'avance, on peut voir  Vincennes le mausole du
duc d'Enghien, et  Saint-Roch l'histoire de la passion, qui, par
parenthse, aurait besoin d'une rparation complte.]

[79: Tels que ceux de la galerie de Dusseldorf.]

[80: Les doigts des deux pieds du fleuve du Rhin personnifi, ont t
nouvellement briss; on ne sait par quel accident.]

[81: Une partie de ces ornemens sont briss depuis les nouveaux
travaux.]

[82: Ce plan a dj t excut en partie en Toscane. M. Dupaty crivait
en 1785:  Florence la salle des pltres est immense. Sur deux lignes
parallles sont rangs tous les pltres des plus belles statues que
possde aujourd'hui l'Italie. (_Lettres sur l'Italie_, tome 1er, pag.
168)]

[83: On remplaa l'Apollon du Belvder, le Gladiateur, le Laocoon et
autres, par des copies en pltre.]

[84: Il est mme probable qu'elle se continue dans le dpartement de la
Seine-Infrieure, vers Forges et Neufchtel. La couleur gnrale est
plus ou moins grise, quelquefois jauntre, varie de traits plus foncs
et quelquefois de points rougetres, dont l'ensemble offre un mlange
agrable, et prsente des accidens multiplis; ce marbre est trs-dur.
Les acides n'ont sur lui qu'une action trs-lente; il est susceptible du
plus beau poli; vu son abondance, on pourra mme l'employer  btir.
(_Gazette de France_, du 25 octobre 1821.)]

[85: Ces bans appartiennent  M. le baron Morel. Il parat qu'on
s'occupe d'employer ce marbre indigne dans les constructions publiques.
La russite de ce projet sera une noble conqute faite au profit de
l'industrie nationale sur le monopole tranger. (_Le Constitutionnel_,
30 novembre 1821.)]

[86: Mieux informs que nous n'tions lorsque cette remarque fut crite,
nous dirons que ces ornemens ridicules, dj briss, et en partie
dtruits, n'taient que provisoires et seulement en attendant qu'ils
soient excuts en bronze dor. Enfin, si les accessoires de ce monument
n'ont pas t faits en matire plus solide, si les marbres qui doivent
revtir les murailles n'ont pas t placs de suite, il est juste de
n'en point jeter le blme sur M. Deseine; cet habile sculpteur m'a dit
avoir perdu plus de quinze mille francs sur la faon de ce groupe. L'on
doit bien plutt en accuser une autorit que je ne nommerai pas, et qui
seule a mis des entraves  la confection de ces dcors complmentaires.
(_Note de l'auteur._)]

[87:  la cathdrale, on en peut dire autant de la niche o l'on a plac
la belle Vierge des Carmes; l'intrieur de cette niche est peint,
lorsque l'importance du monument exigerait du marbre, du porphyre, de
l'albtre, ou tout au moins du stuc.]

[88: Il parat que ce fut vers le rgne de Franois Ier que l'on
commena  ngliger en France le choix des matriaux, la bont des
cimens, la force des constructions, pour ne s'occuper que de la forme et
de la dcoration. En rapportant d'Italie la belle architecture des Grecs
et des Romains, on aurait d les imiter galement dans les prcautions
qu'ils prenaient pour assurer la dure de leurs ouvrages sous un climat
bien moins dltre. L'gosme fut rduit en systme. On jouissait des
ouvrages des morts, mais on ne voulait rien faire pour les races
futures; aussi la porte Saint-Denis, en 1800, tait plus dgrade que
l'arc de Constantin, Versailles inhabitable, et l'aqueduc de Maintenon,
monument gigantesque, tombait en ruines. (_Voyage de Kamgki_, tome 1er,
pag. 28 et 29, par M. le duc de Lvis.)]

[89: Art parfait en Italie, trop peu cultiv en France; je n'en connais
 Paris qu'un dpt et un atelier. On a fait sonner bien haut la facture
de quelques fresques, c'est--dire des peintures faites sur un enduit de
chaux ou de sable, appliqu sur les murs d'un difice, et l'on nglige
de remettre  neuf les belles peintures presqu'effaces des votes de
Saint-Sulpice et de Saint-Roch. Sans vouloir dprcier le genre de la
peinture  fresque, trs-intressant en soi pour certains lieux, il est
toutefois trop peu durable pour tre admis exclusivement  l'ornement
des plus belles basiliques et des palais de la capitale. La mosaque est
la seule composition vraiment solide; c'est donc cet art que l'on ne
peut trop encourager ni trop prodiguer dans nos grands monumens.]

[90: Vnus Borghse, Trajan, Esculape, etc.]

[91: lve de Michel-Ange, et rparateur des plus belles statues de
l'antiquit.]

[92: La statue tait de deux pices, jointes au moyen de deux forts
tenons en fer. Le Grec, craignant de perdre le fruit de ses travaux,
ajoute M. Durville, en avait fait porter et dposer dans une table la
partie suprieure avec les deux Herms; l'autre tait encore dans la
niche. Je visitai le tout attentivement, et ces divers morceaux me
parurent de bon got, autant cependant que mes faibles connaissances
dans les arts me permirent d'en juger.

La statue, dont je mesurai les deux parties sparment, avait, 
trs-peu de chose prs, six pieds de haut. Elle reprsentait une femme
nue, _dont la main gauche_ releve _tenait une pomme_, et la droite
soutenait _une ceinture habilement drape_, et qui tombait ngligemment
des reins jusqu'aux pieds; du reste, elles ont t l'une et l'autre
mutiles, et sont actuellement dtaches du corps; les cheveux sont
retrousss par derrire et retenus par un bandeau; la figure est
trs-belle, et serait bien conserve, si le bout du nez n'tait pas
entam (on l'a restaur en pltre); le seul pied qui reste est nu; les
oreilles ont t perces et ont d recevoir des pendans. Tous ces
attributs sembleraient assez convenir  la Vnus du jugement de Pris;
mais o seraient alors Junon, Minerve et le beau berger?

O? Tout  ct, peut tre; il serait donc utile de faire en cet endroit
de nouvelles fouilles. M. Durville fortifie mon opinion en rapportant:

Qu'on a trouv en mme temps un pied chauss d'un cothurne et une
troisime main. D'un autre ct, le nom de _melos_ a le plus grand
rapport avec le mot qui signifie _pomme_. Ce rapprochement ne serait-il
pas indiqu par l'attribut principal de la statue?

Les deux Herms l'accompagnaient dans sa niche; du reste, ils n'ont
rien de remarquable. Leur hauteur est de trois pieds et demi; l'un est
surmont d'une tte de femme ou d'enfant, et l'autre porte une figure de
vieillard avec une longue barbe; l'entre de la niche tait surmonte
d'un marbre de quatre pieds et demi environ de longueur sur six  huit
pouces de largeur; il portait une inscription, dont la premire moiti
seule a t respecte par le temps; l'autre est entirement efface;
cette perte est inapprciable; peut-tre eussions-nous acquis par l
quelques lumires sur l'histoire de cette le, que tout prouve avoir t
jadis trs-florissante et dont le sort nous est inconnu depuis
l'invasion des Athniens, c'est--dire depuis vingt-deux sicles.

Au moins eussions-nous appris  quelle occasion et par qui ces statues
avaient t consacres. Nanmoins j'ai copi avec soin les caractres
qui restaient de cette inscription, et je puis les garantir tous,
except le premier, dont je ne suis pas sr.

     ?????S??????G?........?S...
     ????????????????.............
     ????????????.
]

(_Extrait des annales maritimes et coloniales_, mars 1821, pag. 152.)

Peut-tre Tisandre[93], sculpteur, qui fit diverses statues des plus
grands capitaines de la guerre du Ploponse, et que Pausanias cite
comme un habile artiste, est-il l'auteur de cette statue; au moins on a
des raisons pour le conjecturer, d'aprs l'inscription tronque qu'on
voit sur un morceau de marbre spar et formant sa base. On y lisait
_andros_, la premire syllabe a disparu.]

[94: Voyage en Phocide, liv. X. page 180.

     _Note de l'Auteur._
]

[95: Nous retrouvons perptuellement cette nation pour contrecarrer nos
moindres entreprises. Des altercations se sont leves entre nos
voyageurs et les consuls anglais, relativement  la possession du
Zodiaque du temple de Tyntira, ou Denderah, dont les soins, les travaux
et la persvrance de M. Lorrain ont enrichi sa patrie. La cause fut
porte au conseil du pacha d'gypte, qui trancha la difficult en faveur
de la France. J'aime  le croire, l'influence du jeune Osman, favori de
Mhmed, dont nous avons t personnellement  mme d'apprcier  Paris
l'attachement, et je dirais presque le dvouement pour notre pays, aura
sans doute bien contribu  une dcision aussi favorable que juste. J'ai
entendu conter  cet Osman un fait peu connu: Si certains agens de
votre gouvernement s'y fussent bien pris, me dit-il un jour, l'aiguille
de Clpatre ne serait pas  Londres, mais  Paris. Malgr certains
bruits que je crois absurdes, esprons que les Anglais n'obtiendront
pas, par de nouvelles ruses et par des transactions dsavantageuses,
cette grande page de l'Histoire ancienne, je veux dire le Zodiaque de
Tyntira, qu'ils convoitent depuis si long-temps, et qu'ils n'ont pu
conqurir par un droit lgal; autrement la paix avec ce peuple serait
pour nos arts cent fois plus prjudiciable que la guerre.

_Note de l'Auteur._]

[96: _It is known that maritime baths were built at Ostia by the emperor
Claudius, from the fragment of an inscription which was found there with
this statue. From other inscriptions, discovered at the same time, we
learn that these baths were repaired by different emperors down to the
time of Constantine._

Un fragment d'inscription trouv avec cette statue fit connatre que des
bains maritimes avaient t btis par l'empereur Claudius  Ostia.
D'autres inscriptions, qu'on recueillit en mme temps, ont galement
appris que ce monument thermal avait t rpar depuis par plusieurs
empereurs successeurs de Constantin.]

[97: _Numismata rea selectiora maximi moduli  Museo Pisano. Tab. XXV.
f. 3._

Choix des plus grandes mdailles de bronze du Muse de Pise. Table XXV.
f. 3.]

[98: _Ancient painting representing a similar subject was found in the
excavations of the villa Negroni Winckelmann,_ Histoire de l'art chez
les anciens, _tome II, page 336._

Une ancienne peinture reprsentant un sujet semblable, a t tire des
fouilles faites  la Villa Negroni. _Voyez_ Winckelmann, _Histoire de
l'art chez les anciens_, tome II, page 336.]

[99: Beaucoup sont extraits du Luxembourg.]

[100: Madame Le Brun jouit aussi de la mme faveur.]

[101: Notamment celle de Charles IX.]

[102: Comme on a dj fait  la plupart des statues des Tuileries.]

[103: Celui de Pie VII, et celui d'une ngresse.]

[104: Un dit dfrait le droit de matrise aux orfvres, bnistes,
horlogers, menuisiers runis  cette manufacture o l'on avait
l'intention d'entretenir soixante jeunes gens exercs dans ces diffrens
arts y compris celui de la tapisserie. _Encyclopdie._

Cette note explique trs-clairement le sujet d'une tenture qui sans elle
serait inintelligible. Louis XIV y est reprsent visitant les Gobelins
avec Colbert, et examinant tour  tour non-seulement des tapisseries,
mais des vases d'or et d'argent magnifiquement cisels, des pendules,
des toffes et des meubles de la plus grande richesse.]

[105: Ds le treizime sicle, le Chtelet de Paris rendit une sentence
en faveur des tapissiers de haute lisse contre les tapissiers
sarrasinais qui travaillaient les tapis  la faon du Levant.

Cet art, comme l'on voit, n'est pas rcemment introduit en France.]

[106: Henri IV avait dj tabli une manufacture de tapisseries, 
l'instar de celle de Flandre, sous la direction des sieurs Comans et de
la Planche. _Encyclopdie._]

[107: Avant St. Louis et depuis, les clercs et les moines taient
presque les seuls qui sussent lire; et personne ne leur enviait le petit
nombre d'ouvrages dont ils taient possesseurs et dont ils faisaient de
continuelles copies. La bible, quelques traits des pres de l'glise,
des canons, des missels, des livres historiques et de plain-chant
formaient dans ce temps toute la bibliothque de nos rois. Saint-Louis,
qui semble avoir eu pendant quelque temps le projet de crer un dpt
public de livres, n'y donna point de suite, puisqu'il lgua sa
bibliothque aux Jacobins. Le roi Jean n'avait que six volumes de
science et d'histoire et trois ou quatre de dvotion. La bibliothque
royale fut vritablement fonde par Charles V, qui plaa une collection
de neuf cents dix volumes, collection immense pour le temps, dans une
tour du Louvre,  la vote de laquelle il ordonna qu'on appendt trente
petites lampes d'argent, afin qu'on y pt travailler  toute heure.

Sous le rgne dsastreux de Charles VI, elle fut disperse par le duc de
Bedfort qui, pour mieux voiler ses dprdations, acheta pour une somme
modique tous les livres qui la composaient (et que personne n'avait le
droit de lui vendre pendant l'absence et la proscription de l'infortun
et glorieux Charles VII). Par ordre du duc de Bedfort, de ce prtendu
rgent de France, tous ces livres furent envoys en Angleterre avec les
archives du royaume dposes galement dans la tour du Louvre. Cette
bibliothque fut rtablie par Charles VIII, et augmente de manuscrits
apports de Naples, de la bibliothque de Ptrarque, de celle du duc de
Milan, du cardinal Strozzi, et surtout de beaucoup de livres imprims.
Elle s'accrut sous Louis XII des livres que le duc d'Orlans avait dans
son chteau de Blois. Franois Ier incorpora cette collection  celle
qu'il avait commenc de former  Fontainebleau; elle devint ensuite
trs-considrable par l'achat qu'il fit faire d'auteurs grecs et latins.
Henri II contribua encore plus  son augmentation par l'ordonnance qui
enjoignait aux libraires de fournir un exemplaire en vlin et reli de
chaque livre dont on leur accorderait le privilge. Henri IV fit revenir
cette bibliothque  Paris, et y ajouta celle de Catherine de Mdicis.
Elle fut d'abord dpose dans une salle du collge de Clermont; ensuite
dans une grande salle des Cordeliers; sous Louis XIII elle fut
transporte dans une maison de la rue de la Harpe o elle fut
singulirement enrichie de manuscrits syriaques, turcs, arabes, et
persans. Colbert la plaa dans la rue Vivienne et fit runir dans le
mme local les autres curiosits[108] qu'elle contient. M. de Louvois
lui destinait les btimens de la place Vendme; ce projet s'vanouit
avec lui. De la rue Vivienne elle fut dfinitivement transfre dans un
dmembrement du palais du cardinal Mazarin o elle se trouve
aujourd'hui. _Extraits de M. de St. Victor et de M. de Jouy._

M. Van Praet a bien voulu m'apprendre que la Bibliothque royale
contient actuellement quatre cent cinquante mille volumes imprims et
pareil nombre de pices fugitives places dans des cartons, et plus de
cent mille manuscrits. L'intrieur de l'tablissement ne peut tre mieux
tenu; et le jardin, o l'on admire une Diane de Houdon, vient d'obtenir
depuis peu des ornemens trs-soigns. _Note de l'Auteur._]

[108: Par les ordres de Louis XIV, M. Vaillant parcourut plusieurs fois
l'Italie et la Grce, il en rapporta une infinit de mdailles
singulires. Cette collection augmentera chaque jour. M. de
Saint-Sauveur rapporte en France neuf cents mdailles grecques, parmi
lesquelles il y en a plusieurs en or, en argent, indites, et qui sont
dignes de fixer l'attention des antiquaires et des connaisseurs.]

[109: Un dcret imprial fut rendu tout exprs  ce sujet.]

[110: D'autres manuscrits sont couverts de velours et de bas-reliefs en
vermeil, en cuivre dor et en ivoire, cisels d'une manire admirable
pour le temps.]

[111: Espce d'armoires couvertes de verres o sont exposs les
manuscrits les plus curieux dans toutes les langues connues.]

[112: _Le chat et un vieux rat_, Fable VIII, livre 3.]

[113:  quelques expressions prs, tout ceci est tir d'un manuscrit de
la bibliothque.]

[114: En sus les _Registres des taxes de la chancellerie romaine;
trente-cinq feuillets d'un autre manuscrit des ptres de St.-Paul_.]

[115: Ftes rpublicaines et impriales.]

[116: Soixante-quatre ou soixante-cinq millions de revenus, assure-t-on;
on en avoue prs de cinquante.]

[117: Ne corrigera-t-on jamais nos architectes de cette frivolit de
plans qui, malgr nos rvolutions successives, semble tre un mal
hrditaire et incurable? La fte nautique de la Villette en est une
preuve toute rcente; on croirait que nos dcorateurs n'ont pas la
moindre ide de l'lgance des yachts hollandais. Cependant, personne
n'ignorait que la cour devait assister  l'ouverture du canal, et se
promener sur le bassin. Les Franais qui ont un peu voyag et fait par
eau un trajet plus long que celui de Paris  Saint-Cloud, se
contenteront-ils de ces draperies  demi uses, de ces guirlandes
fltries et de ces frles colonnes de papier granit? Deux simples
pyramides en marbre, dpositaires d'une inscription, n'eussent-elles pas
mieux conserv l'poque de cette imposante inauguration. Au surplus
l'amour-propre des directeurs de la fte devrait tre un peu
dcontenanc, puisque, mme pendant la crmonie, les vents se sont
insolemment jou de cette architecture mesquine et ridicule.]

[118: Fameuses marchandes de modes de Paris.]

[119: Vus  la dernire exposition.]

[120:
     Telle au milieu des nuits la fconde rose
     Fait renatre les fleurs d'une plante puise;
     Telle, en nos coeurs fltris l'aurore du bonheur
     Fait briller un sourire au sein de la douleur,
     Change les jours de deuil en des jours d'allgresse,
     Les pleurs du dsespoir en des transports d'ivresse;
     Il est n, ce Joas que demandaient aux cieux
     Des Franais runis les soupirs et les voeux;
     Il est n; vous, soldats, que chrissait son pre,
     Veillez sur ses destins pour consoler sa mre;
     Et que sous vos lauriers, qui couvrent son berceau,
     S'lve en paix ce lys chapp du tombeau;
     Ce lys qui va fleurir  ct de la rose
     Dont ma voix a chant la grce  peine close;
     Ce lys qu'Amour prdit, espoir consolateur
     Que semblait menacer le plus affreux malheur.
     Qu' jamais le bouton de cette fleur chrie
     S'entr'ouvre en parfumant notre belle patrie,
     Et que le peuple, heureux sous le sceptre des rois,
     Bnisse les Bourbons, leurs vertus et leurs lois!
]

[121: Ces accidens arrivent souvent au milieu des prparatifs que l'on
fait pour les crmonies publiques et pendant le dmnagement que ces
ftes occasionent. Dans ces momens ceux que ces soins regardent s'en
rapportent peut-tre trop  des subalternes, et la surveillance relative
 la conservation des ornemens inhrens  l'difice devient presque
nulle; pourvu que les lustres et les candlabres soient solidement
fixs, pourvu que la tenture tienne et qu'elle soit drape avec grce,
peu importe au dcorateur ou au tapissier que le marteau qui assure le
clou fasse sauter en l'air un fleuron, une rosace, dont la fracture rend
si malheureusement incomplte la sculpture la plus belle et la plus
riche.]

[122: On a reblanchi cette glise, lorsque le mastic de Dill tait le
seul enduit qui lui convnt; prs de neuf ans se sont couls depuis la
restauration, et ceux qui ont vu la cathdrale sous M. de Juign, ont
peine  la reconnatre, tant sa tenue est nglige. En vain, on y
cherche les effets du bon got, d'une propret svre, et ce bel ordre
qui embellit les plus petits objets. Eh! que ne dirais-je pas si,
bravant la crainte d'tre tax de censeur minutieux, j'entrais dans une
foule de dtails; ici, la plupart des tableaux sont sans encadrement,
mais en revanche de petites images ou gravures en ont de bois dor. L,
telle chapelle a continuellement l'air d'un garde meuble: plus loin,
tout est poudreux et fltri, et aprs avoir fait l'an dernier, avec le
plus grand soin, jusqu'aux moindres ogives des totures, on ne
s'aperoit pas que le placement et le dplacement brusque de siges
entasss en pyramide contre les bas-reliefs du quatorzime sicle qui
sont adosss au choeur, risquent chaque jour d'ajouter de nouvelles
mutilations  celles dj trop nombreuses du temps et de l'impit. La
loueuse de chaises, je le sais, n'est pas oblige d'tre amateur des
arts; mais les conservateurs de cette basilique ne devraient-ils pas
l'tre pour elle? et s'ils ferment les yeux, rien,  mon avis, ne peut
excuser leur insouciance.]

[123: Et mme d'autres plus grands de la mme matire, dont on dcore
avec tant de magnificence, St.-Sulpice, St.-Louis en l'le; cette manie
gagne partout.]

[124: On y voyait alors la chapelle en nacre, du roi de Sardaigne, qui
lui a t rendue; et les insignes de Charlemagne, reports depuis au
Garde-Meuble de la couronne. On ne montre plus au trsor de Notre-Dame
que les vases sacrs et les ornemens d'glise.]

[125: _Lettres sur l'Italie_, tome 1er, page 103. Description de
l'hpital de Pise.]

[126: Acadmus, citoyen d'Athnes, dont la maison servit  enseigner la
philosophie; il donna son nom aux trois sectes de Platon, d'Arcsilas et
de Carnade.]

[127: Entre autres un portrait charmant de Marie Stuart.]

[128: On y fait dans ce moment quelques rparations.]

[129: Cette grille n'a pas mme l'entretien le plus ordinaire, et
ressemblera bientt aux cltures en fer du Jardin des plantes et de
quelques autres endroits publics, que la rouille mine et dvore faute
d'une couche de peinture que l'on prodigue ailleurs avec si peu de
convenance.]

[130: Marmontel a fait cette censure avant moi dans la description d'un
palais, o, dit-il, l'irrgularit choquante des chemines gothiques se
perd dans le couronnement. (_L'heureux divorce_, Contes moraux.)]

[131: Car je ne puis faire entrer en ligne de compte deux gnies qui
soutiennent les armes de France.]

[132:  ce sujet, on peut faire une observation trs-vraie, et qui
devrait tre l'objet d'une utile rforme; un coup de pinceau
presqu'inaperu indique le palais de l'Institut et de la Chambre des
Pairs; tandis que l'enseigne du moindre marchand est en lettres de
cuivre dor; et cependant, o serait-il raisonnable de placer le luxe et
la magnificence?]

[133: On s'tonne encore  juste titre, que le sol du terre-plein ne
soit pas plus solidement uni et qu'il n'ait pas t mtamorphos en un
jardin ferm. Combien n'est pas encore insignifiante cette seconde
balustrade  hauteur d'appui si pauvrement dessine, et qui d'abord
tait si peu propre  garantir des enfans vifs et ptulans, qu'on s'est
vu forc aussitt de garnir cet espce de balcon d'un treillis en fil de
fer parfaitement semblable  ceux que les plus modestes propritaires
font mettre aux croises basses des rez-de-chausse! Enfin, comment
n'a-t-on pas substitu deux pavillons gaux et plus dcens  cette
petite gurite et  cette loge pitoyable, puisqu'on les croit
ncessaires?]

[134: Salle des Pas-Perdus ou grande salle du palais.]

[135: Ce roi le fut en tout. Cependant les historiens, les biographes,
les auteurs de mmoires ont laiss dans les esprits beaucoup
d'incertitude sur la taille de ce monarque; des discussions assez vives
s'lvent mme quelquefois dans la socit  ce sujet, parmi des
personnes que leur naissance et leur ge auraient d mettre  porte de
conserver sur ce point des traditions prcises. Les uns le font petit,
d'autre grand, ceux-ci d'une taille moyenne; M. l'abb Lafont d'Aussonne
a fait un ouvrage intressant par ses recherches sur ce fait si
contest; mais, le docteur Guy-Patin, auteur trs-vridique, a fix tous
les doutes; appel auprs de Louis XIV pour donner une consultation,
lorsqu'en 1558 sa majest tomba malade  Calais, il crivit:

Le roi est un prince bien fait, _grand_ et fort, qui n'a pas encore
vingt ans. _Lettres choisies de Guy-Patin_, page 229, lettre 71;
dition de 1685.]

[136:

     J'ai trop aim la guerre.

Paroles mmorables de Louis XIV mourant.]

[137: On a fait une remarque singulire: le jour o l'on descendait ce
prince protecteur des arts dans les caveaux de Saint-Denis, un des vases
de porphyre plac sur un des pilastres du grand escalier des Tuileries,
se dtacha subitement, tomba avec un fracas pouvantable, et, en
roulant, brisa les degrs qu'il couvrit de dbris et de ruines. Ce vase
n'a point t remplac; et le jour de la naissance de S. A. R.
Monseigneur le duc de Bordeaux, on a dcouvert des eaux thermales 
Chteau-Chinon, les commencemens d'un tablissement romain, une
trs-belle salle revtue de marbre et trois rservoirs d'o l'eau
jaillit en abondance.]

[138: Ce qui rend trs-vraisemblable ce mot si naf: un commissionnaire
des boulevards, interrog par un Anglais qui demandait o tait le
nouvel Opra, lui rpondit: Tout droit, monsieur, la troisime porte
cochre  droite Aussi M. Alexandre de la Borde s'est-il judicieusement
plaint qu'on ait dpens prs de quatre millions pour un difice de pans
de bois et de moellons rencoign dans une rue troite, et sans saillie.]

[139: Voyez l'explication de ce mot; _Maison rustique_, ancienne
dition.]

[140: Ceci n'est pas sans exception;  la seule reprsentation au
bnfice de Lays, soixante-treize vols ont t commis. Un dentiste, M.
***  qui l'on avait escamot une montre du fameux Breguet, estime 2000
francs, tant venu faire sa dclaration, le papier timbr manquait ce
soir-l au bureau de la police.]

[141: Le secret en appartient  son auteur M. Pegaud.]

[142: Le Colyse tait un thtre de Rome, bti sous Vespasien.]

[143: Voyez Bollin, et le _Voyage du jeune Anacharsis_ de l'immortel
Bartelemy.]

[144: Vaucanson, n en 1709, mort en 1782, fit un joueur de flte, un
canard qui prend le grain, le digre et le rend; un joueur de tambourin
qui joue une vingtaine d'airs. Je me souviens, dit M. Colnet, que
lorsque cet habile mcanicien se prsenta  l'Acadmie des sciences, les
mathmaticiens l'accueillirent assez froidement, car ils n'avaient pas
une trs-haute ide de son talent. Voulez-vous, Messieurs, leur dit-il,
que je vous fasse un gomtre? D'Alembert plit, et se garda bien de
l'en dfier. _Gazette du 23 septembre_ 1821.]

[145:  Bologne, au fond de la scne, est un grand terrain vide, au
moyen duquel on peut tendre le point de vue, et faire entrer des
animaux, des chars, dans de certaines volutions. _Voyage philosophique
et pittoresque_, de M. Petit Radel, _en Italie_, tome Ier, page 239.]

[146: Ceci m'a t cont par des gnraux qui ont command  Milan
pendant nos guerres d'Italie. (_Note de l'Auteur._)]

[147: Bti par le prince Alexandre Farnse, qui le fit construire il y
a environ trois sicles. Ce thtre est immense. Selon le Voyageur
franais, il peut contenir 12,000 personnes; selon M. Pelil Radel 4  5
mille. On y a mnag des conduits d'eau vers le _proscenium_, au moyen
desquels l'eau de la Parme, qui est dans le voisinage, pourrait inonder
tout l'intervalle entre le bas du thtre et le spectateur. Alors ce
grand espace devenait une naumachie que l'on couvrait de gondoles
dores. La rflexion des sons est si exacte sur les contours, que d'un
bout  l'autre on entend distinctement toute personne qui parle 
demi-voix sur le thtre, sans que la succession des sons produise la
moindre confusion. Les deux entres de la salle sont formes par deux
arcs de triomphe sur lesquels il y a deux statues questres. Elles
reprsentent Alexandre et Ranuce Farnse. Il y a douze rangs de gradins
dans son pourtour; au-devant est une balustrade dont les acrotres ou
pidestaux supportent des gnies qui ont des torches en main. Ces
dtails sont tirs d'un _Voyage ancien en Italie_, du _Voyageur
franais_, et du _Voyage historique et pittoresque_, par M. Petit
Radel.]

[149: Sans les exclure toutefois:

     Le talent n'attend pas le nombre des annes.
]

[150: Le prince de Ligne, n dans le dix-huitime sicle, fut un gnral
aussi distingu par sa bravoure et ses exploits militaires que par ses
talens en littrature et les crits qui en ont t le fruit. Ayant fait
un voyage en France, il y perfectionna ses tudes et eut le plus grand
succs  la cour de Versailles[151]. On a de lui un mmoire
trs-curieux, plein de vues profondes et de vastes plans destins 
embellir Paris. La magnificence seule, crivait-il, soutient une
monarchie: allez en Russie; voyez l'glise d'Isaac, les temples, les
htels, les ponts de marbre et les quais de granit, le rocher de la
statue de Pierre-le-Grand; calculez les richesses, la population,
l'industrie des deux pays et le reflux de la circulation, et rien ne
vous arrtera. (Mmoire, tome II.) Oblig de retourner sur les bords du
Borystne, le prince de Ligne regrettait vivement de vivre loin des
Franais, et s'affligea sincrement de nos dsordres politiques. Il
avait perdu dans ses dernires annes une fortune considrable; prs de
mourir (1814), et dsirant laisser  ses frres d'armes un tmoignage de
son attachement, il lgua ses manuscrits au corps qu'il commandait.]

[151: Biographie universelle.]

[152:  Saint-Ptersbourg, le jardin d'hiver du palais de l'Ermitage,
entirement couvert et environn de vitrages, est une haute et spacieuse
serre chaude o il y a des alles sables; elle est orne de parterres
de fleurs, d'orangers, d'arbustes, et peuple d'une infinit d'espces
d'oiseaux de diffrens climats, qui volent en libert d'arbre en arbre.
Tout cela produit un effet d'autant plus agrable, qu'il contraste
singulirement avec la plus triste saison de l'anne. _Voyage
philosophique, pittoresque et littraire, fait en Russie_, tome Ier,
traduit du hollandais par ***.]

[152: Si jamais, dit Piganiol, le grand projet qu'on avait fait pour le
Louvre, pendant que M. Colbert tait sur-intendant des btimens, tait
excut, on dmolirait l'glise de Saint-Germain-l'Auxerrois, la maison
du clotre et celles de quelques rues voisines, pour faire sur
l'emplacement une grande et magnifique place  laquelle le Pont-Neuf
aboutirait, et qui, dgageant l'avenue du Louvre, mettrait dans un beau
point de vue cette superbe faade, dont Claude Perrault a donn le
dessin, et qui est le plus beau morceau d'architecture moderne.
_Description de Paris_, tome 2, page 128. Ce projet a t prsent 
plusieurs reprises; d'abord, par de Sainte-Foix, sous le ministre de
Marigny; ensuite, avec de nouveaux dveloppemens, par le prince de
Ligne, et enfin depuis par Napolon.]

[153: _OEuvres choisies, littraires, historiques et militaires_, par le
marchal prince de Ligne. Tome III, page 270.]

[154: Et des indemnits qui seront sans doute le fruit de nos dernires
victoires.]

[155: M. Qua... de Q... homme de lettres, aussi recommandable par son
urbanit que par son rudition.]

[156: Voyez le chapitre XIX de cet ouvrage.]

[157: Le public a jug que cette demande tait juste, ne fut-elle
regarde que comme une rcompense. Toute la question se rduisait 
savoir si le plus habile danseur, dont tout le monde admire la grce, la
vigueur et l'aplomb, devait tre mieux pay qu'un artiste qui runit 
la taille,  la figure la plus imposante, le double talent de chanteur
parfait et de tragdien sublime.]

[158: Albert.]

[159: Cette jeune actrice, qui chante si admirablement dans Aladin:

     Venez, charmantes baadres.
]

[160: Dans les Danades.]

[161: Des chagrins domestiques ont t la cause, bien excusable, de son
absence de la scne. Il y a prs d'un an, Mme Branchu perdit son fils
unique qu'elle aimait tendrement.]

[162: On l'accusait de crier; dans certaines situations, l'orchestre,
souvent trop lev, l'y forait; des avis salutaires, le travail et
l'tude l'ont prodigieusement corrige de cette vicieuse thorie.]

[163: Mlle Quincy. _Miroir_.]

[164: Quel art plus merveilleux et plus utile que celui qui fut invent,
dans le dernier sicle, par l'abb de l'pe, et perfectionn depuis par
l'abb Sicard. Admirable mthode qui remplace, par des signes aussi
rapides que pittoresques, deux sens, l'ouie et la parole, dans
l'individu qui en tait priv, et lui communique le don inapprciable de
connatre nos langues mortes et vivantes, et celui, plus prcieux
encore, du dveloppement de toutes ses facults intellectuelles. La
France doit-tre vritablement glorieuse d'avoir t le berceau[165]
d'une science que l'antiquit n'avait pas connue et que tous les
souverains s'empressent d'adopter et de rpandre aux quatre coins du
monde.]

[165: Car l'ide de ce systme, dit M. de Jouy, n'avait t qu'entrevue
par un moine espagnol nomm Ponce, par le mathmaticien anglais Wallis,
et par Amman, mdecin d'Harlem.]

[166: Pour faciliter, pendant les frimas, la monte des ponts aux
charrettes et tombereaux pesamment chargs; aussi la critique de
l'auteur ne s'exerce-t-elle que sur leur trop longue permanence.]

[167: Jusque, souvent mme, sur le terre-plein du Pont-Neuf.]

[168: Beaucoup de ces cloisons subsistent encore.]

[169: On a bien ferm une portion de l'esplanade qui se trouve entre le
Louvre et la place, avec des grilles en fer; d'autres l'ont t par de
misrables barrires,  peu prs semblables  celles des parcs anglais.
Ces cltures en bois sont, je le prsume, provisoires, c'est le mot;
mais ce provisoire sera-t-il perptuel? manquerait-on de fer et de
serruriers actifs dans la bonne ville de Paris?]

[170:  l'angle de la rue du Coq-St.-Honor.]

[171: On y lit  travers la vitre: _eau-de-vie_; nous croirons encore
que l'enseigne du magasin des pltres-statues pourrait, sans nul
inconvnient, tre enleve pour ne pas interrompre l'uniformit des
ceintres. Ce magasin ne serait-il point mieux ailleurs?]

[172: Lettres de Voltaire.]

[173: Quai du Louvre.]

[174: Nous sommes bien fchs de n'avoir point cd aux rclamations qui
nous ont t faites  ce sujet par des hommes que nous respectons, et
qui se sont hautement plaint qu'en cherchant  loigner les singes, nous
allions empiter sur leurs plaisirs.]

[175: En appliquant au prsent ce qu'un auteur clbre a dit du pass,
cette observation doit paratre bien juste; Malheureusement, a remarqu
M. de Lacretelle, on ne sait employer que du bois pour toutes ces
constructions. Cet expdient qui et rvolt le sicle majestueux de
Louis XIV, devient une loi pour toutes les ftes, mme celles dont le
retour est priodique, en sorte que bien qu'elles soient pour la plupart
extrmement dispendieuses, elles n'ajoutent pas un seul monument  la
magnificence de la capitale. _Histoire de France, Assemble
constituante_, tom. 1er, pag. 360.]

[176: Ct du Carrousel. Mme accident est dernirement arriv  la
belle corniche qui couronne le terre-plein du Pont-Neuf, on ne sait
comment, ct de l'ouest, au-dessous de la balustrade.]

[177: Projet excut dans le _voyage de_ Kang-hi, tome 1er, page 34, par
M. le duc de Lvis.]

[178: Nous en excepterons pourtant l'extrmit des terrasses, ct de la
place Louis XV; les gazons en talus devraient y tre cultivs ou tout 
fait dtruits. Ailleurs, dans les carrs du jardin, les grandes pices
de verdure, couvertes de mousse et d'herbes parasites, sont dans un tel
tat de vtust, qu'il est indispensable de les renouveler entirement.
Du reste, on voit peut-tre trop peu de plantes exotiques dans les
plate-bandes. Except la tulipe, les autres fleurs  ognon ou bulbeuses
du printemps n'y brillent jamais. Mme de Svign y chercherait en vain
les jonquilles qui l'embaumaient  Chantilly[179]. Il serait bon encore
qu'un marbre pur remplat la pierre qui couvre le pourtour des
bassins.]

[179: Lettres 91 et 95 de Mme de Svign, t. 2, d. de 1806.]

[180: Tels que les vases placs sur la terrasse du bord de l'eau, et le
tribunal des juges d'Hippomne et d'Atalante.]

[181: On n'a peut-tre pas assez multipli les grilles qui devraient
entourer les monumens les plus capitaux de nos muses des sculptures
antiques, entr'autres le Gladiateur, le Germanicus, etc.; souvent ces
objets sont placs trop prs de la main tmraire ou coupable de la
sottise ou de la malveillance. Ils sont exposs, je le sais, pour tre
vus et contempls; mais dans l'intrt de leur conservation, il devrait
tre expressment dfendu de les toucher.]

[182: Une partie de ces accidens ont eu lieu  Versailles; en 1815, des
rocailles mme ont t ruines ou enleves pendant que les allis
taient camps dans le parc et dans les bosquets, dont quelques-uns ont
t en partie dvasts; depuis, on a recp et replant. L'ombrage des
grands arbres que l'on a cru devoir laisser subsister, rendra ces soins
inutiles, et sera toujours mortel aux jeunes sujets que chaque anne on
place en vain pour regarnir ces murailles de verdure jadis si belles et
si compactes. Jamais on n'aura de massifs sans lacune, qu'en coupant
certains carrs par le pied et en replantant  neuf.]

[183: Telles entr'autres, celle de Saint-Sulpice et celle de la
Pointe-Saint-Eustache. On en a bien rpar quelques-unes, mais d'autres
ne le sont pas; on a nglig les fontaines des places Saint-Michel, de
Gaillon, de la rue Censier et de l'esplanade des Invalides, dont la
position semble exiger le chteau-d'eau le plus somptueux.]

[184: Puisque nous empruntons tant de choses aux anglais, on doit sentir
combien il est indispensable de naturaliser en France les _Water Closet_
de Londres, ou d'adopter les appareils antimphitiques de M. Dufour,
qui, aprs avoir jadis parfum nos ttes, s'est occup avec un succs
non contest, de dsinfecter l'intrieur et l'extrieur de nos maisons,
et de tous les lieux publics.]

[185: Comme au ballet de _Tlmaque_ au grand Opra.]

[186: Cet enchantement a t depuis ralis  moiti au grand Opra dans
un ballet. Dj on a transport de Faydeau  l'Acadmie de musique,
_Stratonice_; pourquoi n'en a-t-on pas fait autant pour _Aline_? les
plaisirs des spectateurs eussent t complets, si la dlicieuse musique
de l'Opra-Comique et t accompagne des dcorations de M. Cicri et
de quelques parties du ballet.]

[187: On a vu quelques courtisanes, aprs avoir dissip des millions,
solliciter en vain la piti de leurs anciens adorateurs, et mourir,
accables d'infirmits, dans la plus affreuse misre.]

[188: Sans traiter ici des avantages et des inconvniens de l'cole
Lancaster, assez dbattus dans plusieurs ouvrages, n'est-il point 
craindre seulement que cet art, dj trop sducteur, la musique, ne
dtourne la classe pauvre et laborieuse des enfans du peuple, d'tudes
bien plus srieuses et bien plus importantes.]

[189: Art par lequel, avec le secours de tableaux divers, on dmontre et
l'on fait apprendre les principes de la musique.]

[190: On a dans ce moment  Paris, un jeune homme qui se destine au mme
emploi, et qui sous quelques rapports ressemble  ce portrait.]

[191: Delille.]

[192: On sait que Mme Pasta en a reu de ce grand tragdien pour le rle
de _Tancrde_, qu'elle rend avec tant de perfection.]

[193: _OEdipe_, trag. de Voltaire, acte IV, scne II.]

[194: Tels que le Tribunal et la Bourse.]

[195: Anecdote trs-vraie, nom en l'air.]

[196: Qui donnent un air de cabaret  l'entre des deux plus beaux
htels de la place Vendme.]






End of the Project Gutenberg EBook of Voyage d'un jeune grec  Paris (Vol. 
 of 2), by Hippolyte Mazier du Heaume

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that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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